Bruxelles empile les « plans » pendant que les Européens paient les factures

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le 16 septembre à Strasbourg, von der Leyen a annoncé une Alliance pour l’Avenir, un Congrès de l’Europe et un Conseil européen de sécurité : des projets sans calendrier ni budget précis.
  • Pourquoi les 43,8 % des voix accordées à l’AfD en Saxe-Anhalt sont-ils traités comme une pathologie extérieure plutôt que comme un signal politique interne ?
  • L’Italie supprime la vignette automobile pour 14,5 millions de véhicules dès 2027 : une économie immédiatement calculable, là où Bruxelles promet 260 milliards d’économies en 2040.
  • Quelles conséquences réelles pour les candidats des Balkans occidentaux, qui attendent depuis vingt ans, pendant que le Canada reçoit une ovation pour un statut inexistant dans les traités ?

Le 16 septembre à Strasbourg, Ursula von der Leyen a ouvert son discours sur l’état de l’Union par la première phrase du Conte de deux villes de Charles Dickens. Pour Antonio O’Mullony, auteur d’une tribune publiée par Brussels Signal, cette référence résume involontairement le problème : il existe aujourd’hui deux Europe, mais la présidente de la Commission semble surtout parler depuis celle qui vit à l’intérieur des institutions.

La première est celle de la « bulle bruxelloise », faite de grands projets, de nouveaux cadres et d’annonces institutionnelles. L’auteur compte environ deux douzaines de nouveaux actes, alliances, plans, conseils, sommets ou structures dans le discours : une Alliance pour l’Avenir, un Conseil européen de sécurité, une Alliance européenne de l’assurance climatique ou encore un Congrès de l’Europe. Une Europe qui multiplie les dispositifs et les nouveaux noms, avec ses cérémonies et ses applaudissements.

La seconde Europe est beaucoup plus simple : c’est celle où les factures arrivent chaque mois.

L’écart entre les discours et les réalités nationales

Von der Leyen a reconnu que les familles subissaient la hausse du coût de la vie et la crise du logement. Mais elle a immédiatement ajouté que ces inquiétudes étaient « instrumentalisées » pour diviser les Européens, parfois de l’extérieur et « trop souvent de l’intérieur ». C’est précisément ce que critique Brussels Signal : des difficultés très concrètes sont reconnues, mais elles sont aussitôt replacées dans un discours sur les forces qui menaceraient l’unité européenne.

Face aux prix élevés de l’énergie et au coût du crédit, von der Leyen propose notamment de doubler l’électrification d’ici 2040. Selon elle, cette transformation permettrait d’économiser 260 milliards d’euros par an en importations d’énergies fossiles. L’auteur souligne le décalage : 2040 se trouve à quatorze ans, alors que les ménages règlent leurs factures tous les mois.

Le même jour, le gouvernement de Giorgia Meloni décidait en Italie de supprimer en 2027 la taxe annuelle de circulation pour environ 14,5 millions de voitures et de motos. Brussels Signal rappelle que l’essence y avoisine 2,13 euros le litre et le diesel 2,24 euros. L’économie annoncée se situerait entre 129 et 240 euros par véhicule. On peut discuter de cette politique, mais son effet est immédiatement compréhensible pour celui qui possède un véhicule.

L’auteur cite également la Pologne. Lorsque Varsovie avait réduit en mars la TVA sur les carburants de 23 à 8 %, la Commission avait répondu que le droit européen ne le permettait pas. Pour Brussels Signal, cet épisode illustre une limite concrète imposée aux gouvernements nationaux : même lorsqu’ils souhaitent alléger directement une facture pour leurs citoyens, les règles européennes peuvent réduire leur marge de manœuvre.

« L’Europe sera là pour vous. »

Von der Leyen a adressé cette promesse aux Espagnols quarante-huit jours après les événements de Ceuta, ville d’environ 84 000 habitants où plus de 72 000 personnes avaient franchi la frontière depuis le Maroc les 30 et 31 juillet. Sur l’immigration, elle a affirmé que l’Union était « sur la bonne voie », citant une baisse de 55 % des entrées irrégulières en deux ans. Elle a annoncé un cadre d’urgence pour les retours et demandé l’application complète du Pacte sur la migration et l’asile. Brussels Signal souligne toutefois que son discours n’a donné ni texte, ni critères, ni calendrier pour ce nouveau cadre et n’a pas nommé le Maroc.

Le vote comme réponse de l’Europe réelle

Pour l’auteur, cette seconde Europe dispose toutefois d’un instrument que la bureaucratie ne peut entièrement absorber : le vote. Le 6 septembre, en Saxe-Anhalt, dans l’est de l’Allemagne, l’AfD a recueilli 43,8 % des suffrages avec une participation record de 77,8 %. Dix jours plus tard, von der Leyen évoquait dans son discours les « ultra-nationalistes et anti-Européens », les ingérences russes et la désinformation parmi les forces cherchant à briser l’unité européenne. Brussels Signal reproche surtout au discours de ne pas s’interroger sur les raisons qui conduisent autant d’électeurs à voter ainsi.

La séquence canadienne offre un autre exemple du décalage dénoncé par la tribune. Mark Carney a été invité à faire du Canada le premier « membre associé » de l’Union européenne, un statut que Brussels Signal souligne ne voir apparaître dans aucun traité, trois jours après que le Premier ministre canadien eut lui-même exclu une adhésion à l’UE. Les eurodéputés lui ont réservé une ovation debout. Dans le même temps, les pays des Balkans occidentaux, candidats depuis parfois près de vingt ans, se sont vu promettre de nouvelles feuilles de route pour ceux qui avanceraient le plus.

Von der Leyen a terminé son discours en reconnaissant que l’Europe devait encore « reconquérir le cœur de ses citoyens ». Sa réponse consiste notamment à créer un nouveau Congrès de l’Europe dans lequel les « esprits les plus brillants du continent » seraient chargés d’élaborer une vision commune. Pour Brussels Signal, c’est précisément la logique qu’il critique : face à la défiance politique, Bruxelles répond encore par une nouvelle structure, de nouvelles réunions et de nouvelles recommandations.

Pendant ce temps, ce sont toujours les 27 gouvernements nationaux qui devront approuver le prochain budget européen et répondre de leurs choix devant leurs propres électeurs. Aucun de leurs dirigeants n’était dans l’hémicycle pour applaudir le discours. C’est tout le paradoxe mis en avant par la tribune : Bruxelles peut multiplier les plans, les alliances, les conseils et les grands projets, mais le pouvoir politique reste confronté, tôt ou tard, à une Europe beaucoup moins abstraite, celle des citoyens qui paient leurs factures et votent.

IMPORTANT - À lire

Von der Leyen promet, les factures arrivent. Cet écart entre discours institutionnels et réalités concrètes, notre revue l'analyse chaque mois, sans langue de bois.

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Source : brusselssignal.eu


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