🔥 Les essentiels de cette actualité
- En mars 2026, Ali Larijani, ancien négociateur nucléaire iranien et figure pragmatique, est éliminé dans une opération attribuée à Israël.
- Pourquoi Israël ciblerait-il des interlocuteurs diplomatiques plutôt que des chefs militaires opérationnels ?
- En 1992, l’élimination d’Abbas al-Musawi a propulsé Hassan Nasrallah au pouvoir, transformant Hezbollah en la force armée non étatique la plus puissante de la région.
- Quelles marges de sortie de crise subsistent quand les acteurs capables de négocier sont systématiquement supprimés avant toute discussion ?
Dans ses guerres régionales, Israël ne cherche pas seulement à prendre l’avantage sur le terrain militaire. Selon l’analyse publiée par Mahjoob Zweiri dans Al Jazeera, les assassinats ciblés peuvent également modifier les conditions politiques dans lesquelles une guerre pourrait se terminer. La mort d’Ali Larijani, en mars 2026, illustre cette question. Début septembre, Sir John Sawers, ancien directeur du renseignement extérieur britannique, a affirmé au Financial Times qu’Israël avait délibérément éliminé Larijani non parce qu’il dirigeait l’effort de guerre iranien, mais parce qu’il faisait partie des rares responsables capables, selon lui, de négocier un accord acceptable pour les deux camps. Cette interprétation n’est pas prouvée, mais venant d’un ancien patron du renseignement britannique, elle alimente directement le débat sur la stratégie israélienne.
Larijani n’était pourtant pas un pacifiste. Il avait participé à l’effort de guerre iranien et, selon la source, présidé à une répression sévère à l’intérieur du pays. Après l’assassinat d’Ali Khamenei au premier jour de la guerre, il était devenu l’un des principaux décideurs iraniens. Mais les diplomates occidentaux qui l’avaient rencontré le décrivaient comme un responsable dur mais pragmatique. Deux décennies plus tôt, il avait été négociateur nucléaire et avait ensuite défendu l’accord de 2015 devant le Parlement iranien. Pour Sawers, c’est précisément ce profil qui pouvait permettre une porte de sortie avec Washington. Si son analyse est juste, Israël aurait donc supprimé non seulement un adversaire, mais aussi un interlocuteur capable de négocier.
Une logique qui se répète
Cette lecture ne repose pas sur le seul cas Larijani. En novembre 2020, Mohsen Fakhrizadeh, figure centrale du programme nucléaire iranien, est assassiné près de Téhéran dans une opération largement attribuée à Israël. L’assassinat intervient quelques semaines après l’élection de Joe Biden, qui promettait de relancer l’accord nucléaire de 2015. En juillet 2024, Israël tue également Ismail Haniyeh, chef du bureau politique du Hamas et principal négociateur du mouvement dans les discussions sur un cessez-le-feu à Gaza, alors que ces négociations étaient encore en cours. Yahya Sinwar prend ensuite davantage de pouvoir et, selon l’analyse publiée par Al Jazeera, la piste diplomatique ne retrouve jamais réellement son élan.
« Larijani était ciblé non pas parce qu’il dirigeait l’effort de guerre iranien, mais parce qu’il était l’un des rares acteurs capables d’aboutir à un accord acceptable pour les deux parties. » — Sir John Sawers, ancien directeur du renseignement extérieur britannique
Dans ces différents cas, le résultat décrit par l’auteur suit le même schéma : éliminer une figure centrale provoque une désorganisation immédiate, mais son successeur n’est pas nécessairement plus conciliant. Il peut au contraire être plus dur. La disparition d’un négociateur détruit alors le canal qui permettait encore de discuter, puis le durcissement qui suit est utilisé comme preuve que la négociation était de toute façon impossible. La stratégie peut ainsi devenir auto-réalisatrice : elle ne se contente pas d’interrompre le dialogue, elle contribue à créer les conditions dans lesquelles ce dialogue devient encore plus difficile.
L’exemple du Hezbollah montre les limites possibles de cette stratégie. En février 1992, Israël tue Abbas al-Musawi, secrétaire général du mouvement. Son successeur, Hassan Nasrallah, dirige ensuite le Hezbollah pendant plus de trente ans et le transforme, selon la source, en la force armée non étatique la plus capable de la région. Israël finit par tuer Nasrallah lui-même en 2024. L’exemple montre qu’éliminer un dirigeant peut affaiblir temporairement une organisation, mais peut aussi ouvrir la voie à un successeur plus puissant et plus difficile à combattre.
Une stratégie qui risque de supprimer toute sortie politique
Selon l’analyse d’Al Jazeera, cette logique devient plus claire lorsqu’on examine l’objectif israélien vis-à-vis de l’Iran. Si Israël considère le système iranien comme une menace existentielle et souhaite son effondrement, un accord durable avec un responsable pragmatique peut devenir contre-productif. Un compromis stabiliserait précisément le régime que l’on cherche à affaiblir et pourrait réduire la pression militaire américaine. Dans cette lecture, éliminer les responsables capables de négocier ne serait donc pas une erreur de la stratégie israélienne, mais l’un de ses instruments. La source précise toutefois que cette intention reste une déduction et non un fait démontré.
Le problème est que cette méthode peut renforcer exactement les courants qu’elle prétend affaiblir. Les frappes israéliennes et américaines n’ont pas conduit l’Iran à capituler. Selon Zweiri, elles ont plutôt accentué la division entre des responsables politiques conscients du coût de la guerre et un appareil sécuritaire convaincu que chaque nouvelle attaque prouve l’inutilité de toute concession. Plus les pragmatiques disparaissent, plus le poids des partisans de la confrontation augmente, avec le risque de convaincre les deux camps qu’il n’existe plus rien à négocier.
Toute la stratégie repose donc sur une hypothèse : que l’effondrement du système iranien reste possible et qu’il peut être obtenu sans provoquer une escalade incontrôlable. Rien ne garantit aujourd’hui ce résultat. Israël conserve une supériorité militaire considérable, mais celle-ci n’a pas produit la capitulation de Téhéran. Et si les responsables capables de conclure un accord sont éliminés au fur et à mesure qu’ils apparaissent, une contradiction finit par surgir : on peut continuer à gagner des batailles tout en supprimant progressivement tous ceux avec lesquels une paix pourrait être négociée. La question devient alors simple : avec qui Israël compte-t-il négocier le jour où il faudra enfin mettre fin à la guerre ?
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Source : 1-e8259.azureedge.net



