Epstein : le lanceur d’alerte qui avait rattrapé Lutnick par les documents est mort

Epstein : le lanceur d’alerte qui avait rattrapé Lutnick par les documents est mort Epstein : le lanceur d’alerte qui avait rattrapé Lutnick par les documents est mort

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Howard Lutnick, secrétaire au Commerce des États-Unis, a reconnu devant le Sénat avoir visité l’île privée d’Epstein en 2012, sans se souvenir pourquoi.
  • Des e-mails de 2018 révèlent une relation commerciale active entre Lutnick et Epstein, contredisant ses déclarations publiques sur la rupture de tout contact.
  • Pourquoi le FBI n’a-t-il pas donné suite aux alertes d’Andriesz, transmises dès 2020, concernant des liens non déclarés entre Lutnick et Epstein ?
  • Quelles suites les commissions parlementaires américaines donneront-elles aux documents qu’Andriesz leur a transmis avant sa mort à 57 ans ?

La mort de Simon Andriesz, à 57 ans, remet brutalement sur la table un dossier que beaucoup préféreraient voir disparaître dans le bruit médiatique. Cet ancien banquier britannique de Wall Street avait passé des années à tenter de faire entendre ses alertes sur BGC Partners, Howard Lutnick et les relations de ce dernier avec Jeffrey Epstein. The Daily Beast, citant The Banker, rapporte qu’Andriesz est mort par suicide. Aucun élément public ne permet de relier sa mort à ses révélations, et rien ne justifie de prétendre le contraire. Mais les documents qu’il avait mis au jour, eux, ne disparaissent pas avec lui. Ils exposent des contradictions embarrassantes sur les relations entre l’actuel secrétaire américain au Commerce et Jeffrey Epstein.

Andriesz avait travaillé chez BGC Partners sous la direction d’Howard Lutnick. Cette connaissance de l’entreprise lui avait donné une méthode simple pour fouiller les millions de fichiers Epstein publiés par le ministère américain de la Justice. Sachant que certains dirigeants utilisaient leurs initiales dans leurs courriels, il avait recherché « HWL », pour Howard William Lutnick. Il était alors tombé sur une chaîne d’e-mails de 2018 dans laquelle Epstein échangeait directement avec Lutnick au sujet d’AdFin, une société de publicité numérique. Cantor Fitzgerald, via son bras de capital-risque Cantor Ventures, avait investi dans l’entreprise. Les documents montrent également Epstein parmi les investisseurs et signataires liés au projet. Lutnick nie avoir personnellement investi, mais les échanges prouvent une chose difficile à contourner : en 2018, les deux hommes étaient encore directement en contact.

Des déclarations publiques rattrapées par les documents

C’est là que le récit public de Lutnick commence sérieusement à se fissurer. Il avait expliqué avoir rencontré Epstein en 2005, après être devenu son voisin à Manhattan, puis avoir rapidement pris ses distances après une visite dans sa résidence qu’il disait avoir trouvée profondément dérangeante. Une histoire simple : rencontre, malaise, rupture. Les documents racontent pourtant une chronologie beaucoup moins nette. Lutnick s’est rendu avec sa famille et des amis sur Little Saint James en décembre 2012. Puis, en 2018, il échangeait encore directement avec Epstein au sujet d’AdFin, dix ans après la condamnation du financier en Floride pour sollicitation de prostitution impliquant une mineure. Ce ne sont pas des spéculations : ce sont des dates et des documents.

« Je ne me souviens pas pourquoi nous y sommes allés. »

Devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants, Lutnick a reconnu son déplacement sur l’île. Il affirme y avoir simplement déjeuné pendant environ une heure avec sa femme, ses enfants et des amis, sans entrer dans les bâtiments ni constater quoi que ce soit d’anormal. Puis les parlementaires l’ont confronté à AdFin et à l’échange de 2018. Lutnick a reconnu l’investissement de Cantor Fitzgerald, via Cantor Ventures, mais a affirmé ne pas se souvenir d’avoir su qu’Epstein était lui aussi investisseur. À mesure que les pièces apparaissent, le décalage avec le récit d’une rupture ancienne devient de plus en plus difficile à ignorer.

Et Andriesz n’avait pas attendu la publication des fichiers Epstein pour sonner l’alarme. Dès 2020 et 2021, selon le Daily Beast s’appuyant sur une enquête de la BBC, il avait évoqué auprès du FBI ce qu’il considérait comme des liens commerciaux non déclarés entre Lutnick et Epstein, dans le cadre d’entretiens portant sur d’autres accusations relatives à BGC. Aucune enquête spécifique n’avait été ouverte sur ce volet. Andriesz avait auparavant été licencié après avoir signalé en interne des irrégularités comptables présumées, même si BGC conteste toute mesure de représailles. D’autres alertes distinctes avaient pourtant débouché sur des suites réglementaires, dont une sanction de la Commodity Futures Trading Commission et une récompense de lanceur d’alerte. Autrement dit, tout ce qu’il dénonçait n’était pas condamné à rester sans conséquence.

La fragilité des lanceurs d’alerte face aux puissants

L’histoire d’Andriesz expose surtout une dissymétrie brutale. D’un côté, Howard Lutnick, ancien patron de Cantor Fitzgerald, aujourd’hui secrétaire au Commerce des États-Unis, installé au sommet de l’appareil fédéral et à la tête d’un département stratégique pour l’économie et les technologies américaines. De l’autre, un ancien salarié vivant en Cornouailles, frappant pendant des années aux portes du FBI, du Congrès et des organisations de défense des lanceurs d’alerte pour tenter de faire examiner ses documents. Quand l’un dispose du pouvoir, des réseaux et des institutions, l’autre doit se battre simplement pour que ses pièces soient regardées.

Andy Agathangelou, fondateur de la Transparency Task Force, a annoncé la disparition d’Andriesz avec quelques mots : « C’est avec une grande tristesse que nous partageons la nouvelle que Simon Andriesz, un membre estimé de notre communauté, nous a quittés la semaine dernière. » Quelques lignes pour un homme qui avait consacré des années à se confronter à des structures autrement plus puissantes que lui. Pas de grandes déclarations institutionnelles. Pas de pluie d’hommages. Seulement le message d’une petite organisation qui lui avait offert une tribune lorsque les grandes portes restaient largement fermées.

Le ministère américain du Commerce et le FBI n’avaient pas répondu aux demandes de commentaire du Daily Beast au moment de la publication de son article. Ce silence ne permet évidemment de tirer aucune conclusion sur la mort d’Andriesz. En revanche, il laisse intactes les questions qu’il avait soulevées de son vivant. Pourquoi ses alertes concernant Lutnick et Epstein n’ont-elles pas provoqué plus tôt un examen approfondi ? Pourquoi a-t-il fallu attendre la publication massive des fichiers Epstein et une recherche menée par Andriesz lui-même pour voir réapparaître des échanges datant de 2018 ?

La disparition de Simon Andriesz alimentera forcément les spéculations autour du dossier Epstein. Mais nul besoin d’en inventer davantage. Les faits sont déjà suffisamment dérangeants : un ancien employé avait alerté le FBI, retrouvé des échanges de 2018 et transmis ses découvertes aux parlementaires. Howard Lutnick a depuis reconnu son voyage sur Little Saint James en 2012, ses échanges avec Epstein autour d’AdFin en 2018 et l’investissement de Cantor Ventures dans cette société, tout en affirmant ne pas avoir su qu’Epstein y était lui aussi impliqué. La question essentielle n’est donc pas de fabriquer une théorie autour de la mort d’Andriesz. Elle est de savoir pourquoi il aura fallu autant d’années, autant d’insistance et autant de documents pour que ces contradictions arrivent enfin devant le Congrès.

IMPORTANT - À lire

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Source : www2.thedailybeast.com


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