ONU : des règles pour les faibles, des exceptions pour les puissants ?

ONU : des règles pour les faibles, des exceptions pour les puissants ? ONU : des règles pour les faibles, des exceptions pour les puissants ?

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Benjamin Netanyahu, inculpé par la CPI, a pris la parole devant l’Assemblée générale : quelle est la portée réelle du droit international face aux puissances protégées ?
  • Les Émirats arabes unis plaident pour la paix au Soudan à l’ONU, tout en étant accusés d’armer les FSR, milice mise en cause pour nettoyage ethnique à El-Fachir.
  • Washington a refusé des visas d’entrée à Mahmoud Abbas et environ quatre-vingts officiels palestiniens : pourquoi le sol américain devient-il un levier de politique étrangère contre l’ONU elle-même ?
  • Face à des conflits sans résolution, le coordinateur humanitaire de l’ONU Tom Fletcher mise sur la diplomatie logistique : ouvrir Bab el-Mandeb, la mer Noire, le détroit d’Ormuz. Est-ce suffisant ?

L’Assemblée générale des Nations Unies s’est réunie à New York avec quatre guerres majeures en toile de fond : Ukraine, Iran, Palestine et Soudan. Quatre crises, des centaines de milliers de morts, des discours solennels, des indignations parfaitement calibrées et, au bout du compte, toujours aucune solution sérieuse. La chroniqueuse Nesrine Malik, présente sur place pour The Guardian, décrit un système devenu largement incapable de faire respecter les principes qu’il proclame. Derrière les grands mots sur le droit international et le multilatéralisme, une réalité beaucoup plus crue s’impose : quand les intérêts des puissants entrent en collision avec la règle, c’est presque toujours la règle qui recule.

Donald Trump menace encore d’« annihiler » l’Iran si Téhéran refuse un accord. Masoud Pezeshkian répond en accusant les États-Unis de « terrorisme et d’agression » et promet de défendre son pays avec « la plus grande force ». Le seul représentant américain présent quitte alors la salle. Voilà le niveau réel de la diplomatie internationale : menaces, accusations, sorties théâtrales et une institution réduite au rôle de décor. L’ONU organise la scène. Les puissances, elles, décident jusqu’où elles sont prêtes à aller.

Volodymyr Zelensky est venu à son tour dénoncer cinq années de guerre, des centaines de milliers de morts des deux côtés et des sanctions contre la Russie qu’il juge toujours trop faciles à contourner. Mais là encore, les déclarations s’empilent pendant que les morts continuent. Les sanctions se multiplient, les condamnations s’accumulent et aucune issue ne se dessine. La tribune onusienne produit des mots. La guerre, elle, obéit toujours aux armes, aux intérêts économiques et aux rapports de force.

La souveraineté comme privilège des puissants

Le roi Abdallah II de Jordanie a résumé toute l’hypocrisie du système en une seule question :

« Si le droit international peut être ignoré pendant des décennies, alors que vaut exactement ce droit ? »

Quelques jours plus tard, Benjamin Netanyahu prenait la parole devant l’Assemblée générale alors qu’il reste visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale délivré le 21 novembre 2024 pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés. Juridiquement, l’ONU ne peut pas exécuter elle-même ce mandat et les États-Unis ne sont pas membres de la CPI. Mais politiquement, l’image est terrible : une juridiction internationale peut délivrer un mandat, tandis que le dirigeant visé continue de monter à la tribune de l’organisation censée incarner l’ordre international. Voilà la limite réelle du système : le droit existe, mais encore faut-il que quelqu’un ait la volonté et les moyens de le faire appliquer.

Le Soudan offre une autre démonstration de ce grand écart permanent. Les Émirats arabes unis parlent de paix, de stabilité et de gouvernement civil. Dans le même temps, ils sont accusés de soutenir les Forces de soutien rapide. Amnesty International a conclu que les FSR avaient commis des crimes contre l’humanité durant leur campagne pour s’emparer d’El-Fasher, ainsi qu’un nettoyage ethnique dans la région d’Abu Zerega et les villages environnants. Abu Dhabi nie fournir un soutien militaire aux FSR. Mais le contraste reste brutal : d’un côté, les déclarations humanitaires ; de l’autre, une guerre nourrie par des rivalités régionales, des soutiens extérieurs et des intérêts que personne ne veut vraiment assumer publiquement.

Nesrine Malik va plus loin en soulignant les intérêts financiers considérables qui lient Abu Dhabi à Washington et Londres, notamment un investissement de 500 millions de dollars lié aux activités de cryptomonnaie de la famille Trump et des partenariats économiques de plusieurs milliards avec le Royaume-Uni. Pour elle, cette proximité aide à expliquer la discrétion occidentale face aux accusations visant les Émirats. C’est son analyse. Mais elle pointe un mécanisme beaucoup plus large : les grands principes internationaux deviennent soudain beaucoup plus flexibles lorsque des milliards, des contrats stratégiques et des alliances jugées indispensables entrent dans l’équation.

Même l’accès à l’ONU finit par devenir un instrument de puissance. L’administration Trump a refusé des visas à Mahmoud Abbas et à des dizaines de responsables palestiniens. Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée soudanaise, s’est lui aussi retrouvé au centre d’un bras de fer avec Washington autour de son accès à l’Assemblée générale. Le siège de l’ONU se trouve aux États-Unis et cette réalité donne au pays hôte un levier extrêmement concret sur ceux qui peuvent physiquement entrer sur son territoire. L’enceinte prétend être universelle ; son accès reste pourtant dépendant d’un État qui mène sa propre politique étrangère.

La diplomatie humanitaire comme dernier recours

Pendant que les dirigeants s’affrontent à coups de menaces, de vetos et de sanctions, Tom Fletcher, secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires, incarne ce qu’il reste du multilatéralisme lorsqu’il ne parvient plus à arrêter les guerres : gérer les dégâts. Avec Alexander De Croo, administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement, il décrit un monde où les crises s’empilent et où la diplomatie consiste de plus en plus à maintenir ouvertes quelques artères vitales plutôt qu’à résoudre les conflits eux-mêmes.

« La réponse à une grande partie de ce que nous faisons est en réalité la diplomatie. Ouvrir ces points d’étranglement : Bab el-Mandeb, la mer Noire, le détroit d’Ormuz, parce que sinon nous nous retrouvons avec une charge beaucoup plus lourde sur les plans du développement et de l’humanitaire. »

La phrase résume presque tout. Puisque le système ne sait plus empêcher les guerres, il négocie des corridors. Puisqu’il ne peut pas imposer la paix, il tente au moins de faire passer de la nourriture, du carburant et des médicaments. Les organisations humanitaires ramassent les morceaux pendant que les États poursuivent leurs stratégies. Gaza, le Soudan, la mer Rouge, les épidémies et les déplacements massifs deviennent les dossiers permanents d’un ordre international qui ne règle plus les crises mais tente simplement d’empêcher qu’elles deviennent totalement incontrôlables.

L’Assemblée générale de 2026 ne montre donc pas seulement une ONU affaiblie. Elle expose un système où le droit reste subordonné à la puissance nécessaire pour le faire respecter. L’Ukraine, l’Iran, la Palestine et le Soudan sont des conflits différents, avec des causes et des responsabilités différentes. Mais tous révèlent la même faiblesse fondamentale : les règles internationales n’ont de force que lorsque des États puissants acceptent de les appliquer, y compris contre leurs propres intérêts ou ceux de leurs alliés. Et c’est précisément là que le système se fissure. Derrière les discours sur l’ordre international, une vérité beaucoup plus ancienne réapparaît : quand la règle n’est soutenue par aucun rapport de force, ce sont les puissants qui fixent les limites.

IMPORTANT - À lire

Derrière les discours de l'ONU, la puissance prime toujours sur la règle. Gaza, Soudan, Ukraine : notre revue papier décrypte ces rapports de force chaque mois, sans langue de bois.

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Source : theguardian.com


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