Gaza : Netanyahu veut identifier et poursuivre ceux qui PARLENT

Gaza : Netanyahu veut identifier et poursuivre ceux qui PARLENT Gaza : Netanyahu veut identifier et poursuivre ceux qui PARLENT

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Dimanche soir, Benjamin Netanyahu a demandé au chef d’état-major, au chef du Shin Bet et à la procureure générale de poursuivre pénalement les participants au documentaire NAZA.
  • Primé à la Mostra de Venise, le film réunit les témoignages anonymes de 24 militaires et agents du renseignement sur l’usage de l’IA et les pertes civiles à Gaza.
  • Tsahal a répondu en dix-sept pages et conteste point par point les accusations. Pourquoi le Premier ministre privilégie-t-il alors la voie judiciaire ?
  • Face à cette lettre publique, comment réagiront les trois institutions visées, sans réponse à ce stade, entre pression politique et indépendance de la justice ?

Quand un État en guerre voit certains de ses propres soldats témoigner contre ses méthodes de combat, et que ces témoignages sont récompensés dans l’un des festivals de cinéma les plus prestigieux du monde, la réaction du pouvoir devient elle-même une information majeure. C’est exactement ce que révèle la demande adressée dimanche soir par Benjamin Netanyahu au chef d’état-major, au directeur du Shin Bet et à la procureure générale d’Israël, leur demandant d’engager une enquête et des poursuites pénales contre les participants au documentaire NAZA. Plutôt que de laisser le débat se jouer uniquement sur le terrain des faits, le Premier ministre israélien choisit donc aussi celui de la menace judiciaire.

Le film, dont le titre est tiré de l’acronyme hébreu désignant les « dommages collatéraux », s’appuie sur les témoignages anonymes de 24 militaires israéliens, dont une majorité issue du renseignement. Il affirme que Tsahal a utilisé des systèmes d’intelligence artificielle d’une manière ayant contribué à des morts civiles à Gaza, et que des seuils très élevés de pertes civiles auraient été acceptés lors de certaines opérations visant des membres du Hamas. NAZA a remporté le Prix spécial du jury à la 83e Mostra de Venise, le 12 septembre dernier, donnant à ces accusations une visibilité internationale que le gouvernement Netanyahu aurait évidemment préféré éviter.

Netanyahu contre ceux qui brisent le récit officiel

La lettre de Netanyahu est explicite sur les motifs de l’intervention. Le Premier ministre affirme que le film présente « un récit faux, trompeur et tendancieux », estimant qu’il diffame Israël et Tsahal et porte gravement atteinte à la position internationale du pays. Il invoque à la fois les intérêts diplomatiques et sécuritaires d’Israël, citant notamment les risques liés à la divulgation d’informations classifiées par des militaires et des membres ou anciens membres des services de renseignement. Mais en réclamant des poursuites contre ceux qui ont parlé, Netanyahu transforme désormais une bataille de récits en affaire pénale.

Tsahal, de son côté, a publié une réponse détaillée contestant point par point plusieurs des principales allégations du documentaire. L’armée affirme que ses directives internes opèrent une distinction entre combattants et civils, interdisent de cibler délibérément ces derniers et imposent aux commandants de minimiser les risques pour les populations non combattantes. Elle dément également que l’intelligence artificielle sélectionne de manière autonome les cibles : selon l’institution, ce sont des personnels humains qui identifient les cibles potentielles, planifient les frappes et prennent la décision finale. L’armée conteste aussi formellement l’un des témoignages les plus explosifs du film, selon lequel une frappe aurait été approuvée alors que jusqu’à 500 morts civils étaient anticipés. Tsahal affirme n’avoir jamais planifié, approuvé ou mené une frappe dans laquelle 500 civils, ou un nombre approchant, étaient supposés mourir.

La logique de ces deux réponses parallèles, politique et militaire, est révélatrice. Tsahal tente de démonter les accusations sur le fond, en contestant les procédures, les chiffres et les témoignages. Netanyahu, lui, réclame que l’on retrouve ceux qui ont parlé et qu’on les poursuive, notamment pour atteintes graves à la sécurité de l’information, diffamation criminelle et atteinte aux intérêts diplomatiques et sécuritaires d’Israël. D’un côté, une bataille factuelle. De l’autre, une pression judiciaire directe sur les sources mêmes du documentaire.

Le véritable enjeu : contrôler ceux qui parlent de la guerre

Ce que cette séquence met en lumière, c’est une tension fondamentale dans toute démocratie engagée dans un conflit armé prolongé : jusqu’où un État peut-il aller pour contrôler ce que ses propres combattants racontent de sa conduite de la guerre ? La question n’est pas propre à Israël. Mais lorsque des militaires témoignent anonymement de pratiques qu’ils jugent graves et que la réponse du pouvoir consiste aussi à vouloir les identifier et les poursuivre, le problème change brutalement de dimension.

Du point de vue du réalisme géopolitique, les intérêts d’Israël sont limpides. La guerre à Gaza s’est déroulée sous une pression internationale massive. Les relations diplomatiques, les livraisons d’armes et les soutiens dans les instances internationales dépendent en partie de la manière dont les alliés perçoivent la conduite des opérations israéliennes. Un documentaire primé à Venise, construit à partir de témoignages de militaires israéliens eux-mêmes, constitue donc une menace directe pour le récit officiel. La demande de poursuites peut produire un effet dissuasif évident sur d’éventuels témoins futurs et envoyer un message très simple à ceux qui seraient tentés de parler : révéler ce que l’État considère comme confidentiel peut vous conduire devant la justice.

Mais cette stratégie peut aussi se retourner contre Netanyahu. En adressant publiquement sa demande à la procureure générale, au chef d’état-major et au directeur du Shin Bet, il place trois institutions centrales de l’État dans une position explosive : accepter peut nourrir les accusations selon lesquelles l’appareil judiciaire et sécuritaire serait utilisé pour faire taire des voix embarrassantes ; refuser peut déclencher un nouvel affrontement institutionnel avec le Premier ministre. Au moment des premiers comptes rendus de cette demande, aucune réponse formelle des trois destinataires n’avait encore été annoncée.

Il reste évidemment une question que ni la réponse de l’armée ni la lettre de Netanyahu ne permettent d’évacuer : les témoignages de NAZA sont-ils vrais ? Les 24 militaires étaient-ils réellement en position d’observer ce qu’ils décrivent ? Les réalisateurs Yuval Abraham et Rachel Szor ont-ils vérifié leurs affirmations avec la rigueur nécessaire ? Tsahal a raison de contester publiquement ce qu’elle estime faux. Mais réclamer en parallèle l’identification et la poursuite des témoins ouvre une question beaucoup plus gênante pour le pouvoir israélien : cherche-t-il seulement à démontrer que le documentaire ment, ou cherche-t-il aussi à faire comprendre à ceux qui voudraient témoigner à l’avenir qu’ils feraient mieux de se taire ?

Source : nypost.com


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