🔥 Les essentiels de cette actualité
- En 2026, la Chine a importé plus de 1 000 tonnes d’or en huit mois, pour 158,8 milliards de dollars, soit un rythme bien supérieur à l’ensemble de 2025.
- Pourquoi Pékin réduit-il simultanément ses avoirs en bons du Trésor américain à leur plus bas niveau depuis 2008, tout en accumulant du métal physique ?
- L’Inde, à rebours, freine sa demande intérieure : droits de douane relevés à 15 % et appel de Modi aux citoyens à ne plus acheter d’or pendant un an.
- Quelles conséquences pour le système monétaire international si l’or supplante progressivement l’obligation d’État comme actif refuge de référence ?
L’or reste à des niveaux historiquement élevés en cet automne 2026, même s’il évolue désormais sous son record de janvier. Mais le vrai sujet n’est plus seulement son prix. Il est dans l’identité de ceux qui achètent, dans les volumes engagés et dans ce que ces mouvements révèlent du système financier mondial. Derrière chaque tonne accumulée se dessine une même inquiétude : dans un monde surendetté, sanctionné et de plus en plus fragmenté, les États comme les investisseurs cherchent des actifs qui ne dépendent pas entièrement de la parole d’un gouvernement ou de la solidité d’une monnaie.
La Chine a importé plus de 1 000 tonnes d’or au cours des huit premiers mois de l’année, pour un montant record de 158,8 milliards de dollars. Sur l’ensemble de 2025, elle n’en avait importé qu’environ 886 tonnes pour 96,5 milliards. L’accélération est massive. Pékin n’achète pas simplement davantage d’or parce que le métal est à la mode. Les ménages chinois, les investisseurs privés et la Banque populaire de Chine renforcent simultanément leur exposition à un actif qui échappe au risque de défaut d’un émetteur et qui offre une protection contre les secousses monétaires, géopolitiques et financières.
« La banque centrale comme les investisseurs privés diversifient leurs réserves et leur épargne vers un actif sans risque de contrepartie, dans le cadre d’une stratégie plus large de préservation de richesse à long terme », explique Lisa Liu, directrice générale chez Gold Mountains Asset Management, filiale du groupe Zijin Mining.
La formule « sans risque de contrepartie » est tout sauf anodine. Une once d’or physique n’est la dette de personne. Elle ne dépend ni d’un Trésor public, ni d’une banque centrale étrangère, ni de la promesse d’un État de rembourser demain ce qu’il emprunte aujourd’hui. Un bon du Trésor américain reste au contraire une créance sur Washington, libellée dans une monnaie contrôlée par Washington. Dans le même temps, les avoirs en Treasuries officiellement attribués à la Chine continentale sont tombés à 618 milliards de dollars en juillet, leur plus bas niveau depuis août 2008. Il serait abusif de prétendre que chaque dollar sorti de la dette américaine est transformé en lingot. Mais la direction générale est difficile à masquer : Pékin réduit progressivement certaines dépendances financières tout en renforçant un actif qu’aucune puissance étrangère ne peut simplement imprimer.
Une diversification progressive hors des actifs occidentaux
La Chine réduit depuis des années son exposition directe aux obligations américaines tout en renforçant la place de l’or dans son système financier et ses réserves. Pékin n’abandonne pas le dollar, qui reste central dans le commerce mondial et dans les réserves de change. Mais la logique est claire : dépendre moins exclusivement d’un système financier dominé par d’autres puissances. L’or devient ici bien plus qu’un placement. Il devient une assurance stratégique contre la fragmentation du monde financier.
« Ce n’est pas un placement à court terme, c’est un repositionnement pluriannuel des avoirs des ménages et des institutions. L’ampleur et la persistance des achats chinois en font désormais un moteur central des prix mondiaux de l’or, et nous nous attendons à ce que cela dure aussi longtemps que l’incertitude sur la croissance et la géopolitique demeurera », précise Liu.
Et la Chine n’est pas seule. Les ETF mondiaux adossés physiquement à l’or ont attiré environ 10 milliards de dollars supplémentaires en septembre. Sur l’ensemble du troisième trimestre, leurs entrées ont atteint un record de 31 milliards de dollars et leurs réserves physiques ont grimpé à 4 256 tonnes, un nouveau sommet. Ce qui frappe, c’est que cette ruée vers le métal se poursuit alors même que certains facteurs historiquement défavorables à l’or, comme la hausse des rendements américains ou la force du dollar, restent présents. Le message des investisseurs est limpide : ils veulent de l’or même lorsque le marché obligataire leur offre davantage de rendement.
Christopher Hamilton, responsable des solutions clients pour l’Asie-Pacifique hors Japon chez Invesco, estime ainsi que l’or réagit moins mécaniquement qu’autrefois à la hausse des rendements réels. « On est dans un environnement où l’on veut posséder des actifs réels », résume-t-il. Les anciennes relations financières n’ont pas disparu : le World Gold Council estime encore que la hausse des rendements et du dollar a largement contribué à la baisse de 8,5 % du cours en septembre. Mais ce qui change, c’est la persistance de la demande malgré ces vents contraires. Autrement dit, l’or ne remplace pas encore les obligations d’État, mais il recommence clairement à leur contester le rôle de refuge.
L’Inde face à la contrainte souveraine
L’Inde, elle, se retrouve dans une position presque inverse. Alors que la Chine accumule, New Delhi tente de freiner une demande intérieure qui aspire toujours davantage de devises. Le gouvernement n’a pas prolongé au-delà du 31 mars l’exonération d’IGST dont bénéficiaient les banques et certaines agences agréées pour leurs importations d’or, d’argent et de platine. Depuis avril, ces importations supportent donc une taxe de 3 %. Officiellement, New Delhi parle d’égalité fiscale entre circuits d’importation. Mais cette décision s’inscrit dans un durcissement beaucoup plus large : en mai, les droits de douane sur l’or et l’argent sont passés de 6 % à 15 %, plusieurs régimes d’importation ont été resserrés et Narendra Modi a même appelé les citoyens à éviter d’acheter de l’or pendant un an.
La logique est évidente. L’Inde importe massivement son énergie et son or. Lorsque les prix flambent, ces deux postes aspirent des devises et fragilisent la balance commerciale. Dans un contexte de pression sur la roupie, chaque tonne d’or supplémentaire importée devient donc un arbitrage de souveraineté : faut-il laisser les ménages protéger librement leur épargne en métal, ou préserver les réserves de change pour financer le pétrole, les engrais et les intrants industriels ? L’État indien a choisi de serrer la vis.
Le paradoxe est brutal. Une partie de la population indienne achète de l’or précisément parce qu’elle se méfie de la faiblesse monétaire, de l’inflation ou de l’érosion de son épargne. Et l’État tente de rendre cet or plus coûteux précisément parce que cette demande exerce une pression supplémentaire sur la monnaie. La préférence des citoyens pour le métal entre donc directement en collision avec les impératifs macroéconomiques de New Delhi. La souveraineté monétaire ne se proclame pas : elle se paie en restrictions, en arbitrages et parfois en conflit avec les choix d’épargne de la population.
La carte mondiale de l’or en 2026 raconte ainsi bien plus qu’une simple histoire de marché. Les investisseurs occidentaux renforcent leur exposition au métal. La Chine réduit progressivement certaines dépendances financières et accumule un actif qui n’est la dette d’aucun État. L’Inde, elle, cherche à contenir une ruée populaire qui menace ses équilibres extérieurs. Trois trajectoires différentes, une même interrogation : jusqu’où peut-on encore considérer les obligations souveraines et les monnaies comme les refuges ultimes dans un monde où dette, sanctions et rivalités géopolitiques deviennent permanentes ? Plus l’incertitude monte, plus l’or redevient ce qu’il a toujours été dans les périodes de rupture : une assurance contre la confiance.
IMPORTANT - À lire
La substitution de l'or aux Treasuries par la Chine n'est que la surface visible d'une recomposition monétaire mondiale. Notre revue papier mensuelle décrypte ces dynamiques en profondeur.
Chaque mois, analyses géopolitiques et financières inédites pour comprendre les vrais rapports de force. Rejoignez nos lecteurs et recevez la revue directement chez vous.
Source : zerohedge.com



