🔥 Les essentiels de cette actualité
- Pete Hegseth annonce une exécution publique en direct : Nidal Hasan, condamné pour 13 meurtres à Fort Hood en 2009, serait exécuté par armes à feu le 3 décembre.
- En 2025, 2 707 exécutions ont été recensées dans le monde, chiffre record depuis 1981, dont plus des deux tiers attribuables à l’Iran seul.
- Pourquoi les États-Unis rompraient-ils avec une tradition abandonnée depuis les années 1930, rejoignant un club jusqu’ici limité à l’Iran et aux taliban afghans ?
- Quels effets ce choix symbolique produira-t-il sur la manière dont d’autres États ou acteurs non-étatiques justifieront leurs propres pratiques d’exécution ?
Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, veut faire de l’exécution de Nidal Hasan un événement regardé en direct. L’ancien psychiatre de l’armée, condamné pour avoir tué treize personnes et blessé trente-deux autres à Fort Hood en 2009, doit être exécuté le 3 décembre par peloton d’exécution. Le Pentagone a confirmé que la mise à mort serait retransmise. Si elle a bien lieu dans ces conditions, les États-Unis franchiront un seuil que leur propre histoire avait presque effacé depuis les années 1930 : celui d’une exécution transformée en spectacle accessible au public.
Car le sujet dépasse largement la peine de mort. Un État peut exécuter un condamné dans le cadre de ses lois. Mais décider de montrer cette mort en direct relève d’un autre choix. Il ne s’agit plus seulement de punir. Il s’agit de montrer que l’on punit, de mettre en scène l’autorité et de transformer la violence légale de l’État en message politique. À ce moment-là, la justice ne reste plus seulement dans une salle d’audience ou derrière les murs d’une prison. Elle devient une démonstration.
Une pratique réservée à un club restreint
Les exécutions publiques sont aujourd’hui devenues extrêmement rares. En 2025, Amnesty International en a recensé au moins dix-sept : onze en Iran et six en Afghanistan sous le régime taliban. En avril 2025, quatre hommes condamnés pour meurtre ont été exécutés par balle dans des stades remplis de spectateurs dans trois villes afghanes. Le 28 juillet 2026, deux hommes liés aux manifestations de janvier ont été pendus publiquement à Ispahan après avoir été condamnés dans une affaire concernant la mort de quatre membres des forces de sécurité, malgré de graves préoccupations exprimées par des experts de l’ONU sur l’équité de leur procès.
Même l’Arabie saoudite offre aujourd’hui un contraste troublant. Le royaume continue d’appliquer massivement la peine capitale, avec au moins 356 exécutions recensées en 2025, mais les exécutions devant une foule, autrefois associées aux décapitations publiques, ont pratiquement disparu depuis plusieurs années. Voilà toute la différence : tuer au nom de la loi est déjà un acte extrême. Transformer cette mise à mort en spectacle public relève d’une décision politique supplémentaire. Et c’est précisément ce que Washington s’apprête à faire.
Les organisations armées non étatiques connaissent parfaitement la puissance de ces images. L’État islamique a diffusé pendant des années des exécutions soigneusement filmées, conçues comme des outils de terreur, de propagande et de recrutement. En octobre 2025, le Hamas a publiquement exécuté six hommes accusés de collaboration avec Israël afin de réaffirmer son autorité à Gaza. Dès 2017, une autre exécution avait été partiellement retransmise sur Facebook. Les contextes juridiques et politiques sont évidemment radicalement différents. Mais une constante demeure : montrer publiquement une mise à mort permet toujours à celui qui l’organise de projeter une image de puissance.
« Cette tendance est la plus forte dans les pays où les autorités ont renforcé leur emprise sur le pouvoir en restreignant l’espace civique, en réduisant la dissidence au silence et en affichant un mépris pour les protections établies par le droit international des droits de l’homme. »
Les chiffres d’Amnesty donnent la mesure de cette brutalisation. Au moins 2 707 personnes ont été exécutées dans le monde en 2025, soit une hausse de 78 % en un an et le niveau le plus élevé recensé depuis 1981. Et encore : ce bilan n’intègre pas les milliers d’exécutions supposées en Chine, où les données restent secrètes. L’Iran représente à lui seul au moins 2 159 exécutions. Pour Amnesty, la peine capitale est de plus en plus intégrée à des discours sécuritaires permettant aux gouvernements d’afficher leur fermeté, leur contrôle et leur puissance. C’est précisément ce qui rend la décision américaine si lourde symboliquement.
Ce que la décision d’Hegseth révèle comme logique d’État
Nidal Hasan a été condamné à mort en 2013 pour la tuerie de Fort Hood. Sa culpabilité n’est donc pas le cœur du débat. Ce qui change aujourd’hui, c’est la manière dont l’État veut administrer et montrer sa peine. Donald Trump a approuvé l’exécution. Hegseth veut que le public puisse la regarder. Il explique vouloir montrer les conséquences réservées à ceux qui commettent de tels actes contre les militaires américains. Le message est clair : l’exécution ne doit plus seulement être accomplie, elle doit être vue.
C’est précisément à cet endroit que la justice risque de se transformer en communication politique. Certains juristes défendent le livestream au nom de la transparence : si l’État tue au nom du peuple, disent-ils, alors le peuple devrait pouvoir voir ce qui est fait en son nom. Mais l’argument inverse est tout aussi puissant : lorsque le gouvernement organise lui-même la diffusion mondiale d’une mise à mort, il ne se contente plus d’être transparent. Il construit un événement. Il choisit les images. Il fabrique un symbole. La peine devient démonstration.
Les États-Unis avaient pourtant presque totalement tourné la page des exécutions publiques dans les années 1930. Même l’exécution de Timothy McVeigh en 2001, après l’attentat d’Oklahoma City, n’avait été diffusée qu’en circuit fermé à plusieurs centaines de survivants et de proches de victimes. Il ne s’agissait pas d’un spectacle offert au grand public. Le cas Hasan franchirait donc une frontière supplémentaire : selon les spécialistes interrogés par Reuters, aucune exécution légale connue n’aurait encore été diffusée en direct à une audience publique de cette manière.
Reste une incertitude majeure : Hasan dispose encore de recours devant la justice fédérale civile, notamment par une procédure d’habeas corpus, susceptibles de retarder son exécution. Le 3 décembre n’est donc pas une certitude absolue. Mais politiquement, le processus a déjà produit son effet. L’administration a annoncé la date, le lieu, la méthode et la retransmission. Avant même que l’exécution ait lieu, la mise en scène existe déjà.
Et c’est peut-être cela le plus inquiétant. Les États-Unis ne débattent plus seulement de savoir s’ils doivent exécuter un condamné à mort. Ils s’apprêtent potentiellement à diffuser cette mort comme un événement public. L’administration présente ce choix comme un message de responsabilité et de fermeté. Mais lorsqu’une grande puissance transforme une exécution en démonstration mondiale, la frontière entre justice et spectacle devient dangereusement mince. Une démocratie peut-elle prétendre défendre l’État de droit tout en organisant la mise à mort d’un homme comme un rendez-vous à regarder en direct ? C’est désormais cette question que Washington choisit lui-même de poser au monde.
IMPORTANT - À lire
L'exécution publique comme outil de puissance d'État : ce sujet dépasse Fort Hood. Notre revue papier décrypte chaque mois ces logiques géopolitiques en profondeur.
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Source : theguardian.com



