🔥 Les essentiels de cette actualité
- Depuis le 5 octobre, le gouvernement yéménite a lancé une offensive militaire majeure pour reprendre les territoires houthis et sécuriser le détroit de Bab Al-Mandab.
- Les Houthis ont rompu unilatéralement la trêve quadriennale d’avril 2022 : pourquoi avoir relancé les hostilités précisément au moment des négociations irano-américaines ?
- Le Pacte de défense collective de La Mecque, réunissant l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie, a été formellement activé après des frappes houthies sur les villes saintes.
- La question sudiste fragilise la coalition gouvernementale : ces tensions internes peuvent-elles compromettre les succès militaires obtenus sur le terrain ?
Depuis le dimanche 5 octobre, le gouvernement yéménite reconnu internationalement, dirigé par le Conseil de direction présidentiel de Rachad Al-Alimi, a choisi de reprendre l’initiative militaire. Objectif affiché : arracher aux Houthis les territoires qu’ils contrôlent, restaurer l’autorité de l’État et sécuriser Bab Al-Mandab, l’un des passages maritimes les plus stratégiques de la planète. Après plus d’une décennie de guerre, de trêves avortées et de médiations sans issue, le pouvoir yéménite veut désormais imposer par les armes le rapport de force qu’il n’a jamais réussi à obtenir autour d’une table de négociation. Derrière l’offensive se joue aussi l’avenir économique d’un pays ravagé : reconstruire les infrastructures, permettre le retour des déplacés et remettre en marche une économie exsangue.
L’accalmie issue de la trêve négociée par l’ONU en avril 2022, officiellement expirée quelques mois plus tard, avait tenu tant bien que mal pendant plusieurs années. Elle a fini par voler en éclats. À partir de juillet 2026, les Houthis ont repris leurs offensives contre les zones gouvernementales et progressé le long de la côte de la mer Rouge jusqu’à Bab Al-Mandab. Le danger est évident : contrôler durablement ce détroit donnerait au mouvement un levier considérable sur l’une des principales routes commerciales mondiales. À ce niveau, le conflit yéménite ne concerne plus seulement le Yémen. Quelques kilomètres de côte peuvent suffire à faire peser une menace sur une partie du commerce international.
« Reprendre les territoires occupés, mettre fin à la rébellion, étendre l’autorité gouvernementale à tout le pays, rétablir la paix et la stabilité au Yémen, et sécuriser Bab Al-Mandab et les voies de navigation internationales. »
La Coalition pour le rétablissement de la légitimité au Yémen a immédiatement apporté son soutien au gouvernement installé à Aden. Dès le lendemain, des dizaines de frappes aériennes ont accompagné l’offensive terrestre. Dans le même temps, Riyad a accusé les Houthis d’avoir multiplié les attaques contre l’Arabie saoudite, notamment en tentant de viser La Mecque et en frappant une installation électrique à Médine alimentant la Mosquée du Prophète, des accusations que le mouvement conteste sur plusieurs épisodes. L’escalade a entraîné l’activation des mécanismes du nouvel Accord de défense conjoint de La Mecque, réunissant notamment l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie. La guerre du Yémen change ainsi d’échelle : ce qui ressemblait encore à un conflit gelé redevient un affrontement régional aux conséquences potentiellement mondiales.
L’escalade houthie à la lumière des fractures iraniennes
Impossible, dans ce contexte, d’ignorer les fractures qui traversent Téhéran. L’offensive houthie intervient alors que les États-Unis et l’Iran cherchent parallèlement à maintenir un canal de négociation. Pour l’auteur d’Arab News, la coïncidence n’en est probablement pas une : les factions iraniennes les plus hostiles à tout compromis avec Washington auraient tout intérêt à maintenir la pression régionale et à empêcher qu’une détente ne s’installe.
Selon Arab News, des parlementaires iraniens proches du courant ultraconservateur Paydari ont engagé une procédure visant le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi après sa rencontre avec l’émissaire américain Steve Witkoff en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Cette offensive politique donne la mesure de la bataille interne qui se joue à Téhéran. D’un côté, ceux qui cherchent une porte de sortie diplomatique. De l’autre, ceux qui veulent maintenir la confrontation et continuer à utiliser les relais régionaux de l’Iran comme instruments de pression. Le Yémen devient alors bien davantage qu’un front périphérique : il s’intègre directement dans le bras de fer entre Washington et Téhéran.
Le calcul attribué aux factions les plus dures est simple : Donald Trump, confronté aux élections de mi-mandat du 3 novembre, chercherait à éviter une nouvelle escalade militaire susceptible de coûter politiquement aux républicains. Washington a d’ailleurs refusé en septembre de participer directement à des frappes contre les Houthis, tout en fournissant à Riyad du renseignement et une aide au ciblage. Rien ne permet d’affirmer que l’offensive houthie a été décidée pour cette raison précise. Mais si cette lecture est correcte, elle montrerait une chose : les Houthis ne frapperaient pas au hasard. Ils exploiteraient une fenêtre politique américaine qu’ils jugent favorable.
« Activer les mesures de dissuasion collective dans le cadre de l’alliance en réponse aux attaques et à tous leurs responsables. »
Sur le terrain, le gouvernement affirme déjà avoir repris l’initiative. Le 5 octobre, des forces soutenues par Riyad ont reconquis des positions stratégiques autour de Bab Al-Mandab et progressé en direction de Mocha. Le ministère yéménite de la Défense assure avoir récupéré une part importante des territoires perdus en septembre. L’issue de l’offensive reste incertaine, mais ces premiers résultats brisent au moins une idée : les Houthis ne sont pas militairement intouchables. Lorsque les différentes forces qui leur sont opposées coordonnent réellement leurs opérations, leur progression peut être stoppée et parfois inversée.
La question sudiste, obstacle interne à ne pas sous-estimer
C’est justement là que se trouve la faiblesse du camp gouvernemental. Battre les Houthis suppose d’abord de ne pas se déchirer entre alliés. Rachad Al-Alimi a réaffirmé son engagement envers le dialogue « sud-sud » soutenu par Riyad et envers une « résolution juste et globale de la question sudiste ». Mais les revendications autonomistes, voire indépendantistes, du sud du Yémen n’ont jamais disparu. Des forces méridionales combattent aujourd’hui aux côtés des autres formations anti-houthies, tout en défendant un projet politique qui peut entrer directement en contradiction avec celui du gouvernement central.
Cette fracture constitue une menace stratégique majeure. Depuis des années, les Houthis profitent des rivalités de leurs adversaires autant que de leurs propres capacités militaires. Si le front anti-houthi recommence à se diviser au moment où l’offensive prend de l’ampleur, il risque de reproduire exactement les erreurs qui ont permis au mouvement de consolider son pouvoir. La question sudiste est réelle et ne peut pas être balayée. Mais ouvrir une nouvelle guerre politique au sein même du camp gouvernemental pendant une offensive décisive serait offrir aux Houthis le meilleur cadeau possible.
Plus largement, cette nouvelle guerre expose brutalement les limites de plus d’une décennie de diplomatie internationale. Des États ont placé les Houthis sur des listes terroristes ou leur ont imposé des sanctions ciblées. Le Conseil de sécurité a adopté plusieurs résolutions, dont la résolution 2216 de 2015, prise sous le chapitre VII, exigeant notamment leur retrait des territoires saisis et imposant un embargo ciblé sur les armes. Les médiations se sont multipliées. Les négociations aussi. Pourtant, aucun règlement durable n’a émergé. Dans le même temps, plus de 70 employés de l’ONU étaient encore détenus en septembre 2026, tandis qu’une partie des opérations de l’organisation avait dû être déplacée de Sanaa vers Aden. Après des années de textes, de missions diplomatiques et de cessez-le-feu fragiles, le Yémen reste donc enfermé dans la même logique : chaque compromis temporaire finit par céder sous le poids du rapport de force militaire.
La question est désormais brutale : cette offensive peut-elle enfin modifier l’équation ou ne fera-t-elle qu’ajouter un nouveau chapitre à une guerre interminable ? Plus de 200 000 personnes ont déjà été déplacées depuis la reprise des combats en septembre, dans un pays où des millions d’habitants dépendent de l’aide humanitaire. Bab Al-Mandab donne au conflit une importance que le reste du monde ne peut plus ignorer : commerce mondial, sécurité maritime, rivalité entre puissances régionales et confrontation indirecte avec l’Iran se concentrent désormais autour de quelques kilomètres de littoral. Mais reprendre un détroit ne suffira pas à reconstruire un État. Le véritable test viendra ensuite : transformer les gains militaires en solution politique, empêcher le camp anti-houthi d’exploser de l’intérieur et déterminer si Téhéran veut réellement une désescalade ou continuer à utiliser le Yémen comme un levier dans son affrontement avec Washington.
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Source : arabnews.com



