7 octobre : trois ans après, les zones d’ombre autour de Netanyahu s’accumulent

7 octobre : trois ans après, les zones d’ombre autour de Netanyahu s’accumulent 7 octobre : trois ans après, les zones d’ombre autour de Netanyahu s’accumulent

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Des alertes répétées auraient été transmises à Benjamin Netanyahu avant le 7 octobre, émanant des services israéliens, de l’Égypte, des Émirats arabes unis et d’un médiateur lié au Hamas.
  • Pourquoi des capitales aussi différentes que Le Caire et Abou Dhabi ont-elles toutes deux jugé la menace suffisamment sérieuse pour alerter directement Jérusalem ?
  • La crise de la réforme judiciaire de 2023, qui avait fracturé l’armée de réserve, a-t-elle paralysé la capacité de décision du sommet de l’État face aux menaces extérieures ?
  • Trois ans après, aucune commission d’enquête formelle n’a été ouverte : quelles conséquences pour la crédibilité future de l’appareil de sécurité israélien ?

Trois ans après le 7 octobre 2023, une question empoisonne toujours le débat public israélien : jusqu’où Benjamin Netanyahu avait-il été averti avant l’attaque du Hamas ? Les révélations accumulées par Haaretz et plusieurs médias israéliens et internationaux rendent désormais impossible de balayer cette interrogation d’un revers de main. Des alertes existaient. Certaines concernaient l’affaiblissement de la dissuasion israélienne et le risque croissant de guerre. D’autres, selon Haaretz, auraient été beaucoup plus directes : le président des Émirats arabes unis et le chef du renseignement égyptien auraient personnellement averti Netanyahu qu’une opération majeure du Hamas se préparait. Netanyahu nie catégoriquement avoir reçu ces avertissements et poursuit plusieurs médias ayant publié ces informations. Mais trois ans après le massacre, la question demeure entière : que savait réellement le sommet du pouvoir israélien ?

Personne ne peut aujourd’hui affirmer sérieusement que Netanyahu connaissait à l’avance le plan précis du 7 octobre. Mais ce n’est plus la seule question. Le problème est désormais l’accumulation des signaux. Comment un État qui a bâti sa réputation sur la puissance de son renseignement a-t-il pu recevoir autant d’alertes, venues de ses propres services et de partenaires régionaux, tout en continuant à considérer le Hamas comme contenu ? Le Shin Bet et l’armée ont reconnu leurs propres échecs. Si les avertissements personnels rapportés par Haaretz sont confirmés, l’affaire dépassera alors largement la faillite du renseignement : elle atteindra directement le sommet politique israélien.

Des signaux venus de plusieurs capitales

Les révélations sont d’autant plus lourdes qu’elles ne reposent pas sur une seule source. Dès juillet 2023, le chef du Shin Bet Ronen Bar aurait averti Netanyahu que les fractures provoquées par la réforme judiciaire affaiblissaient la dissuasion d’Israël et augmentaient le risque de guerre. En septembre, selon Haaretz, un intermédiaire palestinien aurait transmis des messages attribués à Yahya Sinwar annonçant une opération majeure. Ces informations auraient ensuite circulé jusqu’aux services israéliens et à plusieurs responsables régionaux.

L’alerte la plus spectaculaire reste celle attribuée au président émirati Mohammed ben Zayed. Selon Haaretz, environ dix jours avant le 7 octobre, il aurait parlé pendant quarante-cinq minutes avec Netanyahu pour l’avertir que Sinwar préparait une opération importante. Le chef du renseignement égyptien Abbas Kamel aurait également transmis une alerte comparable. Netanyahu conteste ces récits et affirme notamment que les relevés officiels ne montrent aucun appel correspondant avec le dirigeant émirati. Mais précisément : lorsqu’une accusation aussi grave oppose directement un Premier ministre aux récits de médias, de sources diplomatiques et d’anciens responsables, seule une enquête indépendante peut trancher. Or cette clarification institutionnelle se fait toujours attendre.

« Transmettez-leur que je prépare la mère de toutes les surprises. Une opération terrifiante. Quelque chose d’extraordinaire. »

Cette menace est attribuée à Yahya Sinwar par les journalistes de Haaretz, qui affirment qu’elle aurait été transmise par un intermédiaire palestinien avant l’attaque. Il ne s’agit pas d’un enregistrement authentifié rendu public, mais d’une citation rapportée dans le cadre de leur enquête. Si cette chaîne est correcte, elle rend encore plus difficile l’idée d’un 7 octobre entièrement imprévisible. Elle n’efface pas les responsabilités du Shin Bet et de l’armée, qui ont reconnu leurs propres fautes. Elle oblige au contraire à examiner l’ensemble du système : renseignement, commandement militaire et pouvoir politique. Le désastre n’a probablement pas été celui d’un seul homme ou d’un seul service. Mais cela ne peut pas servir de prétexte pour diluer indéfiniment les responsabilités.

La question du traitement politique du renseignement

C’est ici que le dossier devient le plus explosif. Recevoir une information ne suffit pas : encore faut-il décider quoi en faire. Selon un reportage israélien contesté par le bureau de Netanyahu, Ronen Bar aurait proposé le 1er octobre une opération contre Yahya Sinwar. Le cabinet du Premier ministre affirme exactement l’inverse et soutient que Bar recommandait d’éviter l’escalade. Deux versions incompatibles d’une réunion tenue six jours avant l’attaque la plus meurtrière de l’histoire d’Israël. Là encore, trois ans après les faits, le public israélien ne dispose toujours pas d’un cadre institutionnel incontestable permettant d’établir ce qui s’est réellement passé.

Quels avertissements Netanyahu a-t-il reçus ? Lesquels étaient suffisamment précis pour provoquer une mobilisation exceptionnelle ? Que savait le cabinet de sécurité ? Quelles informations ont été transmises aux chefs militaires ? Quelles décisions ont été écartées, retardées ou jugées inutiles ? Netanyahu soutient qu’il n’a jamais reçu d’alerte spécifique annonçant une attaque du Hamas comparable à celle du 7 octobre. Plusieurs anciens responsables affirment pourtant avoir averti le pouvoir d’une dégradation majeure de la situation. Le problème n’est donc plus seulement l’existence d’un échec. C’est l’absence persistante d’un mécanisme accepté par tous pour déterminer précisément où cet échec a commencé et jusqu’où il remonte.

Le contexte politique rend cette question encore plus lourde. En 2023, la réforme judiciaire portée par Netanyahu avait plongé Israël dans une crise intérieure majeure. Manifestations massives, fronde de réservistes, tensions jusque dans les unités d’élite : des responsables de la sécurité avaient averti que cette fracture pouvait être perçue par les ennemis d’Israël comme un signe de faiblesse. Rien ne permet d’affirmer que la réforme judiciaire a provoqué le 7 octobre. Mais prétendre qu’elle n’avait aucun effet sur l’environnement sécuritaire serait tout aussi difficile à défendre. Le pouvoir israélien était absorbé par une crise politique interne au moment même où plusieurs responsables avertissaient d’un affaiblissement de la dissuasion.

Trois ans plus tard, Netanyahu refuse toujours la commission d’enquête d’État indépendante réclamée par des familles de victimes et une partie de l’opposition. C’est peut-être le point politiquement le plus difficile à justifier. Après un échec sécuritaire d’une telle ampleur, alors que l’armée et le Shin Bet ont déjà reconnu leurs fautes, pourquoi le pouvoir politique devrait-il rester à l’écart d’un examen complet et indépendant ? Les sondages divisent aujourd’hui l’électorat israélien et aucun bloc ne dispose d’une majorité évidente. Mais la responsabilité du 7 octobre ne devrait pas dépendre du rapport de force électoral du moment.

Pendant trois ans, Netanyahu a insisté sur les défaillances des responsables militaires et du renseignement. Ces défaillances sont réelles. Mais elles ne peuvent pas devenir un bouclier politique permanent. Si le sommet de l’État a lui aussi reçu des avertissements, ignoré certaines recommandations ou mal évalué la menace, cela doit être établi publiquement. S’il n’a rien reçu de suffisamment précis, une enquête indépendante permettrait également de le démontrer. Dans les deux cas, le refus prolongé d’un examen institutionnel complet nourrit inévitablement les soupçons et empêche Israël de tourner la page sur des bases solides.

La multiplication des révélations rend donc le statu quo de moins en moins tenable. Il est établi que les services israéliens ont échoué avant le 7 octobre. Ce qui reste à déterminer, c’est jusqu’où cet échec remonte dans la chaîne politique. Si les avertissements personnels rapportés par Haaretz sont authentifiés, Netanyahu devra expliquer pourquoi ils n’ont pas provoqué une réaction à la hauteur. S’ils sont faux, une enquête indépendante permettrait de le prouver et de mettre fin aux accusations. Trois ans après la catastrophe, la question n’est plus seulement de savoir qui a failli. Elle est de comprendre pourquoi le pouvoir israélien n’a toujours pas accepté qu’une instance indépendante établisse, une fois pour toutes, qui savait quoi, quand, et pourquoi rien n’a empêché le 7 octobre.

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Source : haaretz.com


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