Riyad prête 403 millions de dollars à Damas et signe un pacte de défense

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le 403 millions de dollars de prêts concessionnels du Fonds saoudien de développement a été accordé à Damas à l’occasion d’une visite d’Ahmed al-Sharaa à Riyad, ce mercredi.
  • Que contient le pacte de défense signé entre les ministères saoudien et syrien ? Damas n’en a pas dévoilé les termes.
  • Pourquoi l’alliance de La Mecque, avec la Turquie et le Pakistan, est-elle seulement en cours d’évaluation selon le ministre syrien des Affaires étrangères ?
  • À quel prix la Syrie diversifie-t-elle ses appuis, quand la dépendance financière s’installe plus vite que l’autonomie industrielle et militaire ?

Deux visites à Riyad en moins de quatre mois n’ont rien d’une coïncidence : le 6 octobre, puis ce mercredi, Ahmed al-Sharaa et Mohammed ben Salmane ont fait passer leur relation de la reconstruction à la sécurité. Le pacte de coopération entre les ministères de la Défense, dont Damas n’a pas dévoilé les termes, est présenté comme l’accord « le plus notable » de la série. Les montants, eux, sont connus : 403 millions de dollars de prêts concessionnels du Fonds saoudien de développement.

Un échange de bons procédés

Chacun y trouve son compte. Pour Damas, sorti de la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, l’urgence est matérielle : 100 millions pour les hôpitaux, 60 pour les logements, 90 pour la centrale thermique d’Alep, 30 pour l’eau à Damas et Idlib, et 105 pour la protection civile, première ligne du paquet. Les cinq postes détaillés totalisent 385 millions sur les six accords signés ; le solde n’est pas précisé. Pour Riyad, l’intérêt est de faire de la Syrie un partenaire durable plutôt qu’un terrain d’influence disputé.

Le contexte yéménite pèse sur ce calendrier. L’Arabie saoudite mène une guerre relancée contre les Houthis, qui ont frappé aéroports et installations pétrolières du royaume. Elle a sollicité l’aide des États-Unis, de pays européens et moyen-orientaux, y compris pour un soutien offensif. Le gouvernement yéménite accuse de son côté les Gardiens de la révolution iraniens et le Hezbollah d’avoir envoyé 21 experts aux Houthis. Dans ce face-à-face, un voisin syrien aligné sur Riyad est un atout, même si rien n’indique à ce stade qu’il ait un rôle militaire au Yémen.

Souveraineté : l’équation de Damas

Le ministre syrien des Affaires étrangères a confirmé que l’adhésion à l’« alliance de La Mecque », pacte de défense mutuelle entre l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, était en cours d’évaluation. Le mot est important : on évalue, on n’a pas décidé. Une clause de défense mutuelle engage en retour. Elle pourrait entraîner Damas dans des conflits qu’il n’a pas choisis, au moment où son armée et ses infrastructures sont à reconstruire.

Il faut pourtant juger sur pièces. Des prêts concessionnels, un accord bilatéral et une réflexion sur une alliance ne sont pas une tutelle, et ces engagements restent réversibles. Un État exsangue qui diversifie ses appuis, entre une puissance financière du Golfe, une puissance militaire turque et une puissance nucléaire pakistanaise, élargit plutôt sa marge de manœuvre qu’il ne la réduit. Le risque est ailleurs : la dépendance financière s’installe plus vite que l’autonomie industrielle et militaire, et celui qui paie la centrale d’Alep et la protection civile pèsera sur les choix de Damas.

La déclaration commune appelle à la désescalade et à la fin des actions menaçant la navigation en mer Rouge, à Bab al-Mandeb et à Ormuz. Cet appel exprime moins un pacifisme qu’un intérêt : sécuriser les routes de l’énergie. Reste à observer si les clauses secrètes du pacte de défense et la décision sur l’alliance de La Mecque feront de la Syrie un pilier de l’équilibre régional ou le nouvel obligé d’une coalition en guerre.


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