L’Iran et ses alliés houthis font peser une menace sur la plus grande installation pétrolière du monde

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🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Les exportations saoudiennes de brut ont chuté de 4,6 à 2,5 millions de barils par jour, selon l’Agence internationale de l’énergie, sous pression houthie en mer Rouge.
  • Le pipeline Est-Ouest saoudien (1 200 km) est structurellement indéfendable : endommager un seul segment suffit à paralyser l’ensemble du système.
  • Pourquoi Washington refuse-t-il toute intervention militaire directe, malgré les appels personnels du prince héritier Mohammed ben Salmane ?
  • Quelles conséquences si l’installation d’Abqaiq, qui stabilise 7 % de l’approvisionnement mondial en brut, était mise hors service à son tour ?

La crise au Moyen-Orient menace désormais directement les routes utilisées par l’Arabie saoudite pour exporter son pétrole. Les Houthis ont avancé sur la côte du Yémen, notamment autour du port de Mokha et de l’île stratégique de Perim. Ils se rapprochent ainsi du détroit de Bab al-Mandeb, l’un des passages maritimes les plus importants de la région.

Dans le même temps, l’oléoduc Est-Ouest saoudien a été frappé par des drones lancés depuis l’Irak et attribués à des groupes armés proches de l’Iran. Cet immense pipeline permet justement à Riyad d’envoyer son pétrole vers la mer Rouge sans passer par le détroit d’Ormuz. L’Arabie saoudite se retrouve donc sous pression sur deux fronts : en mer, autour de Bab al-Mandeb, et sur terre, avec son principal oléoduc.

La situation est d’autant plus sérieuse que le trafic dans le détroit d’Ormuz s’est effondré depuis le début de la guerre avec l’Iran. Le 9 septembre, seulement sept passages de navires auraient été recensés, contre plus de 100 par jour avant le conflit. L’Arabie saoudite a donc dû rediriger une partie importante de ses exportations vers la mer Rouge et le port de Yanbu.

Bab al-Mandeb devient ainsi crucial. Ce détroit ne mesure qu’une trentaine de kilomètres dans sa partie la plus étroite. Il permet de rejoindre la mer Rouge puis le canal de Suez, une route commerciale par laquelle transitent chaque année environ 1 000 milliards de dollars de marchandises.

Une infrastructure impossible à protéger partout

Kelly Campa, spécialiste du Moyen-Orient à l’Institute for the Study of War, résume le problème auquel fait face l’Arabie saoudite :

« Il existe un problème inhérent à la tentative de défendre de grandes infrastructures fixes contre les attaques houthies. Les attaques contre le pipeline sont très préoccupantes. »

Pour l’ISW, ces opérations montrent que plusieurs groupes soutenus par Téhéran peuvent exercer une pression importante sur les infrastructures énergétiques de la région. L’Iran soutient les Houthis ainsi que plusieurs milices irakiennes. Cela ne signifie pas pour autant que Téhéran donne directement l’ordre de chaque attaque. Le niveau de contrôle iranien sur ces groupes reste débattu.

L’oléoduc Est-Ouest mesure environ 1 200 kilomètres. Il relie les zones pétrolières de l’est de l’Arabie saoudite au port de Yanbu, sur la mer Rouge. Depuis le début de la crise, il transportait environ 4 à 5 millions de barils par jour, soit près de 4 à 5 % de l’offre mondiale de pétrole. Sa longueur est aussi sa faiblesse : il suffit d’endommager une partie du pipeline pour perturber une grande partie du trafic.

Après les dernières attaques de drones, Riyad a fermé l’oléoduc par précaution afin d’évaluer les dégâts et de commencer les réparations. Certaines estimations indiquent que le port de Yanbu ne disposerait que de cinq à sept jours de stocks disponibles pour l’exportation si le pipeline restait coupé. D’autres réserves existent, mais elles ne pourraient compenser la situation que temporairement.

Personne ne sait encore combien de temps dureront les réparations. Certains spécialistes parlent de plusieurs semaines. Le secrétaire américain à l’Énergie estime au contraire qu’un redémarrage pourrait être possible en quelques jours.

Les marchés pétroliers ont immédiatement réagi. Le Brent a dépassé 109 dollars le baril avant de terminer mardi à 108,75 dollars. Le pétrole américain WTI a clôturé à 105,83 dollars. Mais le pipeline n’est pas la seule inquiétude. Le complexe d’Abqaiq, en Arabie saoudite, est l’une des installations pétrolières les plus importantes au monde. Il avait déjà été frappé en 2019.

Si l’Arabie saoudite devait subir simultanément des attaques contre ses installations de traitement du pétrole, son pipeline terrestre et ses routes maritimes, sa capacité à exporter serait fortement réduite. Riyad aurait alors beaucoup plus de difficultés à compenser les problèmes déjà rencontrés dans le détroit d’Ormuz.

Washington aide Riyad mais refuse pour l’instant d’entrer directement en guerre

Face à l’avancée des Houthis, le prince héritier Mohammed ben Salmane a demandé une aide militaire directe aux États-Unis. Washington refuse pour l’instant de lancer des frappes pour défendre l’Arabie saoudite. Les Américains fournissent cependant des renseignements et une aide pour identifier certaines cibles.

Cette prudence montre que la Maison-Blanche cherche à éviter l’ouverture immédiate d’un nouveau front militaire, alors que les États-Unis sont déjà engagés dans leur confrontation avec l’Iran.

Le vice-président JD Vance a également confirmé que Washington discutait directement avec les Houthis :

« Nous avons également été engagés dans des conversations directes avec les Houthis eux-mêmes. Nous avons vraiment le sentiment d’avoir la situation bien en main. C’est quelque chose de très fluide et dynamique. »

Reuters a ensuite révélé que des responsables américains avaient rencontré des représentants houthis à l’ambassade américaine de Mascate, à Oman. Selon les sources citées, les Houthis auraient affirmé ne pas vouloir attaquer les navires américains et vouloir respecter le cessez-le-feu conclu avec Washington en 2025. Ils se réserveraient en revanche la possibilité de frapper des navires saoudiens.

Ces discussions interviennent après la campagne de bombardements menée par les États-Unis contre les Houthis en 2025. Elle avait duré environ deux mois avant qu’un cessez-le-feu soit négocié par Oman. Cet épisode a montré qu’il était difficile d’éliminer durablement les Houthis uniquement avec des frappes aériennes.

Le mouvement bénéficie d’un soutien militaire iranien bien documenté, tout en conservant une certaine autonomie dans ses décisions. Les Houthis poursuivent aussi leurs propres objectifs au Yémen. Il serait donc excessif d’attribuer automatiquement chaque attaque à un ordre direct venu de Téhéran.

Mais le résultat est aujourd’hui particulièrement dangereux pour l’Arabie saoudite. Les drones venus d’Irak menacent son pipeline, tandis que les Houthis renforcent leur position autour de Mokha, de Perim et de Bab al-Mandeb. Plusieurs routes utilisées par Riyad pour exporter son pétrole sont donc sous pression au même moment.

Les exportations depuis Yanbu avaient déjà fortement chuté en août avant de repartir à la hausse début septembre. Après l’attaque du pipeline, de nouveaux chargements ont été perturbés et certaines cargaisons ont été annulées. Riyad cherche désormais d’autres solutions, notamment en utilisant davantage certaines installations situées à Oman.

La question est donc simple : combien de temps l’Arabie saoudite pourra-t-elle maintenir ses exportations si ses principales routes pétrolières continuent d’être menacées ? Et jusqu’où les États-Unis accepteront-ils d’aller pour empêcher qu’une crise saoudienne ne se transforme en nouvelle crise mondiale du pétrole ?

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Source : nypost.com


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