🔥 Les essentiels de cette actualité
- Iuliia Mendel, ex-porte-parole de Zelensky, sanctionnée dix ans : gel d’avoirs, restrictions bancaires et suppression de distinctions honorifiques après ses déclarations publiques.
- Pourquoi une simple apparition chez Tucker Carlson, où Mendel qualifie Zelensky de « dictateur », suffit-elle à déclencher des sanctions administratives contre une citoyenne ukrainienne ?
- Le procureur général Kravchenko suspendu, le NABU dénonçant une « attaque systématique » : la crise Mendel s’inscrit dans une concentration croissante du pouvoir exécutif.
- Quelles conséquences pour les partenaires occidentaux qui conditionnent leur soutien à des garanties d’État de droit, face à ces dérives institutionnelles documentées ?
Volodymyr Zelensky vient d’imposer dix ans de sanctions à son ancienne porte-parole Iuliia Mendel, qui avait travaillé à ses côtés entre 2019 et 2021. Depuis son départ de la présidence, elle est devenue l’une de ses critiques les plus virulentes. Elle est désormais visée par un gel de ses avoirs, des restrictions économiques, une interdiction de transférer de l’argent hors d’Ukraine et la perte de ses distinctions honorifiques. Kiev l’accuse, avec neuf autres personnes, de diffuser de la désinformation, de la propagande russe et de soutenir la politique de Moscou.
La décision intervient quelques mois après une longue interview accordée à Tucker Carlson. Le décret ne dit pas officiellement que cette émission est la raison des sanctions. Mais cet entretien avait fait beaucoup parler en Ukraine. Mendel y affirmait qu’« il n’y a plus de démocratie en Ukraine », qualifiait Zelensky de « dictateur » et de « l’un des plus grands obstacles à la paix aujourd’hui ». Elle décrivait aussi son ancien patron comme un homme qui « joue au nounours devant les caméras » avant de « se transformer en grizzly quand les lumières s’éteignent ». Selon elle, « la seule manière de soutenir l’Ukraine aujourd’hui est de la pousser vers un accord de paix ».
« Aujourd’hui, ils m’appellent pro-russe. Demain, ils pourront vous appeler ainsi aussi. Presque tous ceux qui ont parlé de paix et de compromis ont été qualifiés, sans nuance, de “pro-russes”, par le gouvernement, ses médias et ses experts. »
Mendel avait publié ce message le 11 septembre, deux jours avant le décret. Après l’annonce des sanctions, elle les a dénoncées comme « anticonstitutionnelles » lorsqu’elles visent des citoyens ukrainiens. Elle affirme également avoir appris que des accusations de « haute trahison » étaient préparées contre elle depuis son entretien avec Tucker Carlson. À ce jour, aucune inculpation publique pour haute trahison ne confirme cette affirmation.
Le problème dépasse donc largement un simple règlement de comptes personnel. Une ancienne proche de Zelensky critique publiquement sa manière de gouverner, demande des négociations avec Moscou et se retrouve quelques mois plus tard frappée de sanctions pendant dix ans. Kiev affirme agir contre la propagande russe. Mendel estime au contraire que l’étiquette « pro-russe » sert désormais à faire taire ceux qui parlent de paix ou contestent la ligne du pouvoir.
Le cas est d’autant plus sensible que Mendel n’est pas une opposante extérieure au système. Elle a travaillé directement pour Zelensky et connaît le fonctionnement de sa présidence. Cela ne signifie pas que toutes ses accusations sont vraies. Mais sanctionner aussi lourdement une ancienne collaboratrice devenue critique renforce forcément les questions sur la manière dont le pouvoir ukrainien traite ses opposants.
Un pouvoir de plus en plus contesté
L’affaire Mendel arrive au moment où Kiev traverse aussi une crise autour de la justice et de la corruption. Le procureur général Ruslan Kravchenko a présenté sa démission le 7 septembre, alors qu’une enquête anticorruption concernait plusieurs responsables de son parquet. Quelques jours plus tard, il a quitté l’Ukraine pour la France, officiellement pour un déplacement professionnel. Zelensky l’a suspendu le 14 septembre, puis le Parlement a approuvé sa destitution le lendemain. Kravchenko n’était alors lui-même accusé d’aucune infraction pénale.
Avant son départ, Kravchenko avait engagé une procédure contre Semen Kryvonos, le directeur du NABU. Le NABU est l’organisme ukrainien chargé d’enquêter sur les affaires de grande corruption. Avec le SAPO, le parquet spécialisé dans ces dossiers, il a dénoncé une « attaque systématique » contre son indépendance. Ces institutions sont importantes car elles peuvent enquêter sur des responsables très proches du pouvoir.
Ces différents épisodes commencent à dessiner un même problème. D’un côté, des institutions anticorruption dénoncent des pressions. De l’autre, une ancienne porte-parole du président devenue critique est frappée de sanctions. Le pouvoir ukrainien explique ces mesures par la guerre, la sécurité nationale et la lutte contre l’influence russe. Mais plus la guerre dure, plus la question de l’utilisation de ces pouvoirs exceptionnels devient difficile à éviter.
Depuis l’invasion russe de 2022, l’Ukraine vit sous loi martiale. Les élections présidentielles ne peuvent donc pas être organisées normalement. Zelensky reste légalement en fonctions jusqu’à l’élection et l’installation de son successeur. Mais dans les faits, cela signifie aussi qu’il gouverne depuis 2024 sans nouvelle élection présidentielle, avec des pouvoirs renforcés par la guerre.
C’est dans ce contexte que les sanctions contre Mendel prennent une dimension particulière. Une ancienne collaboratrice du président critique Zelensky, parle de paix avec Moscou et accuse le pouvoir d’autoritarisme. Quelques mois plus tard, elle se retrouve sanctionnée pendant dix ans et accusée de relayer la propagande russe. Même si toutes ses déclarations ne sont pas démontrées, cette succession de faits pose une question simple : jusqu’où le pouvoir ukrainien peut-il utiliser les outils de sécurité nationale contre ses propres citoyens lorsqu’ils deviennent des opposants publics ?
Pour les pays occidentaux qui soutiennent financièrement et militairement Kiev, cette question ne peut pas être ignorée. L’Ukraine est soutenue au nom de sa souveraineté, mais aussi de son rapprochement avec les standards démocratiques européens. Lorsque les organismes anticorruption parlent d’« attaque systématique » contre leur indépendance et qu’une ancienne porte-parole du président est sanctionnée après avoir publiquement dénoncé Zelensky, le fonctionnement du pouvoir ukrainien mérite donc d’être regardé de près. La guerre contre la Russie reste évidemment le contexte central. Mais elle ne peut pas devenir une réponse automatique à toutes les critiques sur la concentration du pouvoir à Kiev.
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Source : zerohedge.com



