🔥 Les essentiels de cette actualité
- Des milliers d’ultra-orthodoxes venus de 19 villes ont convergé vers la prison militaire de Kfar Yona pour protester contre la détention de Haredim refusant la conscription.
- Pourquoi Netanyahu aurait-il conclu un accord avec les partis Haredim pour retarder la dissolution de la Knesset en échange d’une exemption militaire ?
- La Cour suprême israélienne avait ordonné en juin 2024 la conscription des Haredim : le gouvernement cherche aujourd’hui à contourner cette décision par voie législative.
- Quelles fractures sociales profondes révèle l’exception Haredi dans un pays où le service militaire universel fonde une large part de l’identité collective ?
La crise politique qui secoue Israël depuis plusieurs semaines a franchi un nouveau seuil symbolique. Avigdor Liberman, figure de l’opposition et ancien ministre de la Défense, a accusé jeudi le gouvernement de Benjamin Netanyahu de conduire le pays vers une « guerre civile », au lendemain de manifestations massives organisées par des milliers d’ultra-orthodoxes en protestation contre la détention de Haredim refusant le service militaire. Des convois venus de 19 villes ont convergé vers la prison militaire n° 10 de Kfar Yona, dans des scènes jugées inédites par de nombreux observateurs. Derrière l’émotion des images, c’est toute l’architecture de compromis sur laquelle repose la société israélienne qui vacille.
« Le gouvernement (de Benjamin Netanyahu) entraîne l’État d’Israël vers une guerre civile, uniquement pour se cramponner au pouvoir quelques jours de plus. »
Cette formule de Liberman, publiée sur le réseau social X, est celle d’un homme politique rompu aux rapports de force internes. Il ne s’agit pas d’une hyperbole rhétorique gratuite : elle décrit une dynamique concrète et documentée. Ce que l’opposition reproche à Netanyahu n’est pas simplement de ménager une communauté religieuse électoralement précieuse. C’est d’avoir, selon des informations relayées par les médias israéliens, conclu mardi un accord avec les dirigeants des partis Haredim pour retarder un vote sur la dissolution de la Knesset, en échange de l’avancement d’une législation exemptant les ultra-orthodoxes du service militaire obligatoire et interdisant l’arrestation des réfractaires.
La dimension proprement institutionnelle de cet échange mérite d’être soulignée. En juin 2024, la Cour suprême israélienne avait statué que les hommes Haredim étaient soumis à l’obligation militaire, et ordonné la suspension des financements publics aux institutions religieuses dont les étudiants refuseraient la conscription. Cette décision constituait une rupture significative avec des décennies de tolérance tacite. Le gouvernement, en cherchant à la contourner par la voie législative, ne fait pas que satisfaire une clientèle électorale : il s’engage dans un bras de fer avec le pouvoir judiciaire, dans un contexte où la réforme judiciaire controversée de 2023 n’a jamais cessé d’agiter la vie politique israélienne.
Un équilibre intérieur sous tension maximale
La communauté Haredi représente aujourd’hui environ 13 % d’une population israélienne de plus de 10 millions d’habitants. Sa croissance démographique soutenue en fait un acteur politique de plus en plus incontournable, et les partis qui la représentent occupent une place charnière dans les coalitions gouvernementales successives. C’est précisément cette dépendance structurelle qui place Netanyahu dans une position délicate : sans l’appui des partis ultra-orthodoxes, sa majorité s’effondre. Sans majorité, les élections anticipées deviennent inévitables.
L’opposition soutient que Netanyahu cherche à repousser ces élections au-delà du terme naturel de la Knesset actuelle, fixé en octobre prochain, pour éviter de se retrouver devant les urnes dans un contexte défavorable. Ce calcul, s’il est exact, transforme la question de la conscription Haredi en variable d’ajustement d’une survie politique personnelle. C’est ce glissement que Liberman dénonce avec véhémence, en parlant de « gouvernement évasif » qui « apporte son soutien aux réfractaires et érode l’État de droit ».
« Les scènes que nous avons vues hier sont une honte nationale. Un policier implorant pour sa vie face à une foule en colère est la conséquence directe du gouvernement évasif, qui apporte son soutien aux réfractaires et érode l’État de droit. »
La photo publiée par Liberman, un policier encerclé par une foule de manifestants Haredim, a cristallisé une tension qui couvait depuis de longs mois. L’image n’est pas seulement celle d’un affrontement entre forces de l’ordre et manifestants. Elle illustre la contradiction dans laquelle se trouve l’État : celui-ci est juridiquement tenu d’appliquer une décision de sa Cour suprême sur la conscription, mais politiquement incapable de le faire sans compromettre la coalition qui le gouverne.
Ce type de paralysie n’est pas propre à Israël, mais il y prend une résonance particulière. L’État israélien a construit une bonne part de son identité collective autour de l’armée et du service militaire universel. L’exception Haredi, tolérée depuis les débuts de l’État, est vécue par une fraction croissante de la population comme une iniquité fondamentale, d’autant plus insupportable dans le contexte d’un conflit armé prolongé qui impose de lourds sacrifices aux soldats mobilisés et à leurs familles. Quand Liberman évoque une « honte nationale », il parle au nom d’un sentiment qui dépasse largement les rangs de son parti.
La question qui se pose désormais est celle de la trajectoire. Si le gouvernement parvient à faire adopter une législation exemptant les Haredim du service militaire, il court-circuite une décision de la Cour suprême, renforce la perception d’une justice à deux vitesses et approfondit les fractures sociales. S’il recule face aux exigences des partis ultra-orthodoxes, il risque l’effondrement de sa coalition. Entre ces 2 options, la marge de manœuvre semble étroite, et la dynamique politique israélienne entre dans une zone de turbulences dont l’issue reste, pour l’heure, ouverte.
Source : aa.com.tr

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