🔥 Les essentiels de cette actualité
- 3,8 milliards de dollars d’aide militaire annuelle : jusqu’où Israël peut-il fragiliser l’alliance qui finance sa sécurité ?
- Ben-Gvir et Smotrich au gouvernement ont transformé le soutien américain à Israël en exercice d’équilibrisme coûteux pour Washington.
- Le consensus bipartisan américain sur Israël, pilier historique de l’alliance, s’effrite sous la pression des divisions internes des deux partis.
- Pourquoi Netanyahu a-t-il privilégié sa survie politique domestique au détriment des intérêts stratégiques à long terme d’Israël ?
Depuis plusieurs années, des observateurs alertent sur le risque que la politique conduite par Benjamin Netanyahu et ses alliés finisse par fragiliser l’un des piliers les plus importants de la stratégie israélienne : la relation privilégiée avec les États-Unis. Pour Haaretz, cette crainte s’est désormais matérialisée. L’éditorial estime que Netanyahu a conduit la position d’Israël aux États-Unis à un niveau sans précédent de dégradation, et ce malgré la présence à la Maison-Blanche d’un président particulièrement favorable à Israël.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que les relations entre Netanyahu et Washington ont traversé deux administrations très différentes. Joe Biden avait maintenu un soutien profond à Israël tout en exprimant progressivement davantage de désaccords sur la conduite de la guerre à Gaza. Donald Trump affiche, lui, une proximité politique beaucoup plus forte avec Netanyahu et son gouvernement. Pourtant, selon Haaretz, même cette proximité n’a pas suffi à empêcher une détérioration de la position israélienne aux États-Unis.
« Il était clair que les dommages causés par Benjamin Netanyahu et son gouvernement amèneraient les relations avec les États-Unis à un niveau sans précédent de dégradation, même avec un président particulièrement favorable à Israël à la Maison-Blanche. »
Quand l’allié le plus précieux devient une variable d’ajustement
Le constat formulé par Haaretz touche directement à la stratégie suivie par Netanyahu. La relation avec Washington constitue depuis des décennies un élément central de la puissance diplomatique et militaire israélienne. La préserver suppose donc de tenir compte non seulement des intérêts immédiats du gouvernement israélien, mais également de la manière dont ses décisions sont perçues par son principal allié.
Or, la coalition dirigée par Netanyahu a contribué à accentuer les tensions. La présence de figures comme Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich, ainsi que leurs positions sur la Cisjordanie, les colonies et les Palestiniens, ont régulièrement suscité des critiques aux États-Unis. Pour Haaretz, le problème ne réside donc pas seulement dans les rapports personnels entre dirigeants, mais dans une orientation politique qui rend de plus en plus difficile la défense du gouvernement israélien auprès d’une partie de l’opinion et de la classe politique américaines.
Cette évolution est d’autant plus préoccupante pour Israël que la relation avec les États-Unis a longtemps reposé sur un soutien dépassant largement les alternances politiques. La politique de Netanyahu contribue, selon cette lecture, à transformer progressivement Israël en sujet de division intérieure américaine. Ce qui relevait autrefois d’un consensus stratégique beaucoup plus large devient ainsi davantage dépendant des rapports de force politiques à Washington.
Le prix d’une politique de coalition à courte vue
La question soulevée par Haaretz dépasse donc le jugement moral porté sur la politique du gouvernement israélien. Elle concerne directement les intérêts stratégiques d’Israël. Si Netanyahu privilégie la stabilité de sa coalition et les exigences de ses partenaires les plus radicaux au détriment de la relation avec Washington, il prend le risque de fragiliser un avantage diplomatique qui s’est construit pendant des décennies.
Israël reste profondément lié aux États-Unis dans les domaines militaire, diplomatique et stratégique. Cette relation donne à Washington une place particulière qu’aucun autre partenaire ne peut aujourd’hui remplacer de manière équivalente. Pour Haaretz, c’est précisément cette réalité qui rend la politique actuelle si dangereuse : mettre en difficulté cette relation pour préserver des équilibres politiques intérieurs revient à engager un actif stratégique majeur dans la survie immédiate d’une coalition.
La gestion de Netanyahu semble ainsi, selon l’éditorial, privilégier régulièrement les impératifs de politique intérieure. Maintenir une coalition avec des partenaires dont les positions provoquent des tensions avec Washington peut répondre à une logique de survie politique en Israël. Mais lorsque cette stratégie commence à détériorer l’image du pays auprès de son allié le plus important, son coût dépasse largement la seule politique intérieure.
Cela ne signifie pas que la relation entre Israël et les États-Unis soit sur le point de disparaître. Les liens entre les deux pays restent profonds et reposent sur des décennies de coopération. Mais c’est précisément parce que cette relation demeure essentielle que son érosion doit être prise au sérieux. Haaretz ne décrit pas une rupture immédiate : il met en garde contre une détérioration progressive que la politique de Netanyahu accélérerait.
La véritable question devient donc celle de la durabilité de cette stratégie. Israël dispose de capacités militaires, économiques et technologiques importantes, mais sa relation avec Washington reste sans équivalent. Une politique qui transforme progressivement cet allié historique en terrain de confrontation politique intérieure américaine pourrait produire des conséquences bien au-delà du mandat de Netanyahu.
Dans quelle mesure Israël peut-il continuer sur cette trajectoire sans affaiblir durablement sa position auprès des États-Unis ? C’est le cœur de l’avertissement formulé par Haaretz : le problème ne se limite plus aux relations personnelles entre Netanyahu et tel ou tel président américain. Il concerne désormais le prix stratégique que pourrait payer Israël si les choix de son gouvernement continuent d’éroder l’un des soutiens les plus importants sur lesquels sa puissance internationale s’est construite.
IMPORTANT - À lire
L'érosion de l'alliance américano-israélienne illustre comment les calculs de court terme fragilisent les équilibres géopolitiques profonds. Un sujet que notre revue analyse chaque mois en profondeur.
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Source : haaretz.com



