Palantir : quand un géant américain devient presque impossible à déloger de l’État britannique

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🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Palantir détient 670 millions de livres de contrats publics au Royaume-Uni, dont 330 millions pour la NHS Federated Data Platform, au cœur d’une contestation massive.
  • Une commission transpartisane qualifie officiellement la présence croissante de Palantir de « point de faiblesse inacceptable » et recommande d’activer la clause de rupture en 2027.
  • Quelles sont les implications réelles des liens entre Varun Chandra, conseiller de Burnham, et des figures proches de Palantir et de Washington ?
  • Le Royaume-Uni peut-il encore reprendre la main sur ses infrastructures critiques sans provoquer une transition chaotique dans la santé et la défense ?

La controverse Palantir s’impose comme l’un des dossiers sensibles du gouvernement d’Andy Burnham, arrivé à Downing Street le 20 juillet 2026. Derrière le débat sur la gestion des données de santé se pose une question beaucoup plus large : jusqu’où un État peut-il dépendre d’une entreprise technologique américaine pour des infrastructures aussi sensibles que la santé, la défense ou la police sans créer une dépendance difficile à inverser ? Le sujet dépasse désormais largement une simple querelle contractuelle : il touche directement à la capacité de l’État britannique à conserver la maîtrise de ses infrastructures stratégiques.

Selon WIRED, Palantir détient actuellement environ 670 millions de livres de contrats dans le secteur public britannique, notamment dans la santé, la défense et la police. Le dossier le plus contesté reste le contrat de 330 millions de livres portant sur la NHS Federated Data Platform. Une pétition officielle réclamant notamment un droit de retrait concernant certaines utilisations des données a finalement recueilli 32 656 signatures avant sa clôture, tandis qu’une pétition non officielle demandant le retrait de Palantir du NHS a dépassé les 177 000 signatures. Le gouvernement doit surtout décider s’il utilisera la clause permettant de remettre en cause le contrat en 2027.

Un réseau d’influence qui alimente les soupçons de dépendance

Ce qui rend cette affaire particulièrement sensible n’est pas uniquement la nature des activités de Palantir. Plusieurs liens entre l’entreprise, ses partenaires et des responsables situés au cœur de l’État britannique ont suscité des interrogations sur les conflits d’intérêts et la capacité du gouvernement à prendre sa décision en toute indépendance. Samantha Jones, secrétaire permanente du ministère de la Santé et des Affaires sociales, avait notamment conseillé Carnall Farrar, membre du consortium associé à Palantir, pendant la période où celui-ci soumissionnait pour le contrat de données du NHS. Elle s’est depuis récusée des décisions concernant une éventuelle prolongation, même si ses représentants précisent qu’elle n’a pas directement travaillé sur le contrat Palantir.

Le rôle de Varun Chandra attire également l’attention. Maintenu auprès d’Andy Burnham et chargé des relations avec les grandes entreprises technologiques, il a dîné en décembre 2024 avec Joe Lonsdale, cofondateur de Palantir, une rencontre qui figure dans les registres officiels d’hospitalité de Downing Street. Peu après, Lonsdale expliquait dans un podcast que certains de ses interlocuteurs au sein du gouvernement britannique partageaient sa volonté de réduire fortement la bureaucratie, allant jusqu’à déclarer que « les bureaucraties sont comme des cancers ».

Chandra dispose par ailleurs de connexions importantes avec les milieux économiques et politiques américains. Ancien associé directeur de Hakluyt, société de renseignement économique qui a développé une activité de capital-risque, il joue un rôle important dans les relations entre Londres, Washington et la Silicon Valley. Le secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick l’a crédité d’un rôle « essentiel » dans l’accord commercial conclu en 2025, tandis que le New Statesman a rapporté sa proximité avec Stephen Miller, conseiller de la Maison-Blanche sur les questions de sécurité intérieure.

« En prenant des contrats à travers le NHS, la police, la défense et d’autres services publics, Palantir a suivi une stratégie coordonnée pour s’enraciner de plus en plus profondément dans l’État britannique. Cela nous expose dangereusement aux caprices d’une société d’espionnage opaque qui opère selon les lois américaines, pas les nôtres. » – Clive Lewis, député travailliste

Ces relations ne démontrent pas à elles seules une influence illégitime de Palantir sur le gouvernement britannique, mais elles alimentent les interrogations sur la place prise par l’entreprise dans l’appareil d’État. Le problème dépasse désormais les seuls militants hostiles à Palantir : en juin, une commission transpartisane de la Chambre des communes a qualifié sa présence croissante de « point de faiblesse inacceptable » pour le secteur public et recommandé d’utiliser la clause de rupture de février 2027, tout en préparant une solution interne ou britannique. D’autres parlementaires ont également interrogé le gouvernement sur l’accès de personnels de Palantir à certaines données de patients. La question centrale devient donc celle d’une dépendance structurelle dont il pourrait être difficile de sortir rapidement.

Le dilemme Burnham : rompre avec Palantir ou accepter la dépendance

Pour Andy Burnham, le dossier est particulièrement délicat. Lorsqu’il dirigeait le Grand Manchester, sa région était la seule d’Angleterre à avoir refusé l’accès de Palantir à ses données dans le cadre du déploiement de la plateforme fédérée. Devenu Premier ministre, il doit désormais arbitrer un contrat national dont l’importance dépasse très largement la politique sanitaire locale. Une partie de sa majorité et plusieurs députés travaillistes attendent de lui une rupture avec la politique suivie sous Keir Starmer.

Une sortie du contrat ne serait cependant pas une opération purement symbolique. Le gouvernement devrait trouver un autre prestataire ou rapatrier certaines compétences en interne suffisamment tôt pour éviter une transition chaotique. Le ministère de la Santé affirme de son côté que la Federated Data Platform bénéficie déjà à des milliers de patients et met en avant des améliorations concernant l’utilisation des blocs opératoires, les parcours liés au cancer ou encore les sorties d’hôpital. À cela s’ajoute la présence de Palantir dans la défense britannique, qui rendrait une rupture générale encore plus complexe.

Les soutiens de Palantir insistent justement sur cette importance stratégique. Lord Spellar, ancien ministre de la Défense travailliste, a appelé à ne pas « diaboliser » certaines entreprises, tandis que Louis Mosley, directeur général de Palantir au Royaume-Uni, affirme que « si l’OTAN entrait en guerre, elle le ferait en utilisant Palantir ». Présentée comme une démonstration de l’utilité opérationnelle de l’entreprise, cette déclaration illustre aussi l’ampleur de son implantation dans des secteurs dont un État peut difficilement se désengager du jour au lendemain.

Face à cette situation, les opposants à Palantir ont progressivement déplacé leur offensive des seuls arguments éthiques vers les questions de coût, de performance et d’utilisation concrète des logiciels. Cette contestation a récemment trouvé un nouvel argument : cinq forces de police britanniques participant à un projet pilote de deux ans utilisant le logiciel Foundry ont décidé de ne pas poursuivre l’expérience, notamment en raison de contraintes budgétaires et de bénéfices encore insuffisamment définis. La critique porte donc désormais autant sur l’efficacité et la dépendance à un fournisseur unique que sur la nature même de l’entreprise.

La clause permettant de remettre en cause le contrat NHS pourra être utilisée en 2027, et le ministère de la Santé n’avait toujours pas annoncé son choix au 22 septembre 2026. Une commission parlementaire transpartisane recommande désormais officiellement de préparer une sortie, tandis que le gouvernement affirme que la plateforme produit déjà des résultats concrets. Le débat autour de Palantir ne se réduit donc plus à savoir si son logiciel fonctionne : il porte sur la dépendance technologique de l’État britannique, la maîtrise de ses infrastructures critiques et le risque de verrouillage autour d’un fournisseur américain déjà profondément implanté. Burnham devra choisir entre prolonger cette relation ou tenter de reprendre la main avant que cette dépendance ne devienne encore plus difficile à défaire.

IMPORTANT - À lire

La dépendance de l'État britannique à Palantir illustre un phénomène mondial : les démocraties perdent peu à peu la maîtrise de leurs infrastructures critiques face aux géants technologiques américains.

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Source : wired.com


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