Epstein, JPMorgan, FIFA : les mêmes réseaux de pouvoir réapparaissent

Epstein, JPMorgan, FIFA : les mêmes réseaux de pouvoir réapparaissent Epstein, JPMorgan, FIFA : les mêmes réseaux de pouvoir réapparaissent

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • FIFA Forward Enterprise : Gianni Infantino a négocié en secret la vente de 20 % des droits commerciaux du Mondial pour environ 6 milliards de dollars australiens, sans informer ses propres collaborateurs.
  • Mary Erdoes, directrice chez JP Morgan, pilotait les négociations côté investisseurs. JP Morgan a maintenu ses liens commerciaux avec Jeffrey Epstein cinq ans après sa condamnation pour proxénétisme sur mineur.
  • Pourquoi Infantino a-t-il choisi de contourner les structures internes de la FIFA pour bâtir ce projet sur des réseaux informels non soumis à vérification institutionnelle ?
  • L’UEFA et les grandes fédérations continentales ont forcé l’abandon du projet en quelques jours : quelles sont désormais les chances d’une réforme de gouvernance à la tête de la FIFA ?

Les éléments qui refont aujourd’hui surface ne démontrent aucun lien entre le projet commercial de la FIFA et les crimes de Jeffrey Epstein. Elle remet en revanche en lumière la circulation des mêmes acteurs financiers entre des sphères de pouvoir très différentes. Mary Erdoes, dirigeante de JPMorgan et l’une des responsables chargées de rechercher des investisseurs pour le projet controversé de Gianni Infantino, avait entretenu des contacts professionnels avec Epstein alors que la banque continuait à compter celui-ci parmi ses clients après sa condamnation de 2008. Cette succession de connexions entre finance mondiale, FIFA et anciennes relations d’affaires d’Epstein suffit à poser une question de gouvernance et de contrôle, sans autoriser à confondre ces différents dossiers.

Rappelons les faits tels qu’ils sont établis. Erdoes dirige la division Asset & Wealth Management de JPMorgan et aurait piloté, côté banque, la recherche d’investisseurs pour FIFA Forward Enterprise. Le projet prévoyait de faire entrer des investisseurs privés au capital d’une nouvelle filiale regroupant les droits commerciaux et les opérations événementielles de la FIFA, avec une participation minoritaire pouvant atteindre 20 %. L’objectif était de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars américains sur la base d’une valorisation initiale de 20 milliards. Parmi les investisseurs pressentis figurait Thrive Eternal, véhicule lancé par Thrive Capital, la société fondée par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Les documents évoqués par la presse montrent par ailleurs que JPMorgan n’a mis fin à sa relation bancaire avec Epstein qu’en 2013, cinq ans après sa condamnation de 2008, tandis qu’un échange de 2012 montre Erdoes lui souhaitant un bon anniversaire.

« Nous regrettons toute association que nous avons eue avec cet homme, mais nous ne l’avons pas aidé à commettre ses crimes odieux », a répondu JPMorgan.

La banque affirme également que Mary Erdoes a pris la décision de fermer les comptes d’Epstein en 2013 et défend publiquement son intégrité professionnelle.

Cette défense soigneusement formulée ne fait toutefois pas disparaître la question centrale : comment l’une des plus puissantes institutions financières mondiales a-t-elle pu conserver Epstein comme client pendant plusieurs années après sa condamnation ? JPMorgan affirme avoir déposé plusieurs déclarations d’activités suspectes à partir de 2002 sans recevoir de réponse du gouvernement. Cet élément constitue une partie de la défense de la banque, mais il n’efface ni la durée de la relation commerciale ni les contacts qui se sont poursuivis avec Epstein. C’est précisément ce décalage entre conformité procédurale revendiquée et responsabilité institutionnelle qui mérite d’être interrogé.

FIFA Forward Enterprise : JPMorgan au cœur de négociations restées secrètes

Ce qui frappe dans le projet porté par Gianni Infantino est l’opacité qui a entouré sa préparation. Selon les informations publiées, le président de la FIFA n’avait même pas informé certains de ses collaborateurs les plus proches de l’existence des négociations. Mary Erdoes avait, elle, été associée aux discussions et à la recherche d’investisseurs. La nature exacte de sa relation personnelle avec Infantino demeure inconnue, même si les deux ont été vus ensemble lors d’un événement interne de JPMorgan. Ces éléments ne démontrent aucune irrégularité en eux-mêmes, mais ils illustrent le rôle déterminant joué par des interlocuteurs financiers extérieurs dans la construction d’un projet majeur pour l’avenir économique de la FIFA.

Le projet n’a finalement pas résisté à son exposition publique. Quelques jours après son annonce, face à la réaction des supporters et de plusieurs grandes confédérations, Infantino a abandonné FIFA Forward Enterprise. La crise a depuis largement dépassé la simple question financière : l’UEFA, l’AFC et la CONCACAF ont contesté sa gouvernance et appelé à un changement de direction, tandis que la légitimité d’Infantino se retrouve directement mise en cause. Ce qui devait être présenté comme un nouveau modèle de financement du football mondial s’est ainsi transformé en crise institutionnelle ouverte.

On peut analyser ce retrait de deux façons. Soit Infantino et ses partenaires ont sous-estimé la résistance que provoquerait l’entrée d’investisseurs privés dans une structure appelée à concentrer une partie essentielle des activités commerciales de la FIFA. Soit la manière même dont le projet avait été préparé, avec des négociations restées largement confidentielles jusque dans les cercles internes de l’organisation, l’a rendu politiquement indéfendable dès son exposition publique. Rien ne permet de trancher définitivement entre ces deux lectures, mais elles renvoient toutes deux au même problème : celui de la confiance dans la gouvernance de la FIFA.

De JPMorgan à la FIFA : une question de crédibilité institutionnelle

Ce que révèle finalement cet épisode, c’est la vulnérabilité d’une institution dont la puissance dépend largement de la confiance de ses 211 fédérations membres et de la valeur commerciale des compétitions qu’elle organise. La FIFA avait présenté FIFA Forward Enterprise comme un moyen de dégager des milliards supplémentaires pour développer le football mondial tout en conservant le contrôle de la nouvelle filiale. Ses opposants ont au contraire vu dans le projet une privatisation partielle d’actifs qui ne devraient pas être négociés dans l’ombre. Lorsque des milliards, des investisseurs internationaux et des intermédiaires financiers entrent en jeu, la question de savoir qui négocie, avec qui et selon quelles règles devient centrale.

Les anciens contacts de Mary Erdoes avec Jeffrey Epstein ne signifient évidemment pas que le projet FIFA Forward Enterprise était illégal, ni qu’il entretenait le moindre rapport avec les crimes d’Epstein. Ce serait aller bien au-delà de ce que démontrent les documents disponibles. L’intérêt de cette révélation est ailleurs : elle montre qu’une dirigeante majeure de JPMorgan impliquée des années auparavant dans la gestion de la relation bancaire avec Epstein s’est retrouvée, bien plus tard, au cœur de la recherche d’investisseurs pour l’un des projets les plus controversés de la présidence Infantino. À cela s’ajoute Thrive Capital, fondé par Joshua Kushner, dans un environnement où les passerelles entre finance, pouvoir politique et gouvernance sportive sont devenues particulièrement visibles.

L’affaire pose donc moins la question d’un hypothétique « lien Epstein-FIFA », que rien ne vient démontrer, que celle d’un système dans lequel les mêmes grandes institutions financières et les mêmes réseaux d’affaires se retrouvent régulièrement au contact des centres de décision les plus puissants. La chute de FIFA Forward Enterprise montre les limites d’une gouvernance fondée sur la confidentialité lorsqu’elle touche à des actifs aussi stratégiques. Reste désormais à savoir si la crise conduira à une véritable remise à plat des méthodes de décision de la FIFA et de ses relations avec la finance privée, ou si elle se résumera à l’abandon d’un projet devenu trop encombrant avant un retour progressif aux pratiques antérieures.

Source : news.com.au


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