« Un stagiaire McKinsey devenu empereur par accident » : le procès brutal de Macron

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Pendant que des quartiers s’embrasent, Emmanuel Macron assiste à un concert de Céline Dion à Nanterre, une image devenue le symbole d’un pouvoir jugé déconnecté.
  • Des revendications d’enseignants au lycée Saint-Exupéry de Créteil à l’embrasement des banlieues : pourquoi l’État n’a-t-il pas su anticiper la contagion ?
  • Macron promet une plateforme numérique aux enseignants et élèves, après une prise de parole de Marine Le Pen deux heures plus tôt, drapeau en fond.
  • Après 2005 et 2023, le schéma des émeutes se répète : à six mois de la fin du quinquennat, qui saura renouer le fil entre l’État et les banlieues ?

En s’affichant dans une loge au concert de Céline Dion à Nanterre, à la veille d’une mobilisation nationale qui allait dégénérer en violences dans plusieurs villes de France, Emmanuel Macron a offert à ses critiques une image presque trop parfaite. Celle d’un président coupé d’un pays qui gronde. Après bientôt dix ans de macronisme, le contraste est brutal : d’un côté, la communication, les grands discours et la mise en scène permanente ; de l’autre, des écoles délabrées, des services publics sous tension et une colère sociale qui revient sans cesse frapper à la porte du pouvoir.

Les faits qui ont précédé les émeutes montrent pourtant que rien n’est tombé du ciel. Tout a commencé au lycée Saint-Exupéry de Créteil, où enseignants puis élèves se sont mobilisés contre le manque de personnels et de moyens. Certaines réponses ont fini par arriver, mais trop tard pour empêcher la contestation de se diffuser. UnHerd souligne également le vieillissement du parc scolaire français. Le problème n’est donc pas seulement que l’État écoute mal. C’est qu’il réagit une fois l’incendie déclaré à des problèmes qu’il connaît depuis des années.

Un président qui s’est gouverné lui-même

En 2017, Macron promettait l’efficacité, la compétence et la modernisation. Ancien élève de l’ENA, ancien banquier, ancien ministre de l’Économie, il devait être l’homme capable de débloquer un pays que ses prédécesseurs n’avaient pas réussi à réformer. Presque dix ans plus tard, le contraste avec cette promesse initiale est sévère. Le commentateur Daniel Foubert le résume d’une formule assassine : « un homme qui se croit Jupiter mais gouverne comme un stagiaire McKinsey devenu empereur par accident ».

« Toute sa posture sur la scène internationale n’a fait que signaler aux électeurs français qu’ils ne l’avaient jamais vraiment intéressé. » écrit Anne-Elisabeth Moutet dans UnHerd.

Cette accusation de déconnexion ne sort pas de nulle part. Dès 2018, les Gilets jaunes occupaient les ronds-points et dénonçaient déjà le fossé entre Paris et la France périphérique. Macron avait répondu par le Grand Débat, de longues interventions et une avalanche de communication. C’est aussi lui qui avait lancé à un jeune chômeur : « Je traverse la rue, je vous en trouve », avant d’avoir qualifié en 2014 les salariées de l’abattoir Gad de « pour beaucoup illettrées », une formule pour laquelle il s’était ensuite excusé. Pris séparément, chacun de ces épisodes peut être relativisé. Mis bout à bout, ils ont nourri durablement l’image d’un président convaincu que les problèmes sociaux se règlent avant tout par l’adaptation individuelle.

Le Covid a gelé temporairement la contestation. La présidentielle de 2022, remportée une nouvelle fois face à Marine Le Pen, a offert à Macron cinq années supplémentaires. Mais elle n’a réglé aucun des problèmes de fond. La dette publique a continué de grimper, la France emprunte désormais à dix ans à un taux supérieur à celui de l’Italie, le système de retraites reste sous pression et une partie croissante de la jeunesse regarde l’avenir avec inquiétude. École, logement, emploi, pouvoir d’achat : les alertes se sont accumulées. Le pouvoir a tenu. Les problèmes aussi.

Le vide au sommet et ce qu’il autorise

Les violences du week-end ne sont donc pas apparues dans un vide social. Elles s’inscrivent dans une longue histoire française de crises qui explosent lorsque la défiance atteint un point de rupture. En 2005, la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un transformateur alors qu’ils fuyaient la police, avait précédé trois semaines d’émeutes. En 2023, la mort de Nahel, 17 ans, tué par un policier après un refus d’obtempérer, avait provoqué une nouvelle flambée de violences. Les causes de 2026 ne sont pas les mêmes. Mais la mécanique est connue : quand l’autorité de l’État est contestée et que la colère sociale s’accumule, il suffit parfois de peu pour que tout bascule.

Sur la justice, UnHerd va beaucoup plus loin et défend l’idée qu’une partie des casseurs a intégré la faiblesse du risque pénal, notamment dans un pays où les prisons fonctionnent à plus de 140 % de leur capacité. Cette généralisation sur les magistrats reste une interprétation éditoriale, pas un fait démontré. Mais le dysfonctionnement global, lui, est difficile à nier : prisons saturées, justice sous pression, commerçants pillés, assurances sollicitées, activités interrompues. Pendant que les responsables politiques débattent des causes, ceux qui voient leur boutique détruite paient immédiatement le prix du chaos.

Macron, lui, a répondu avec une méthode presque caricaturale de sa présidence : une plateforme numérique, des consultations, de nouvelles discussions. Plus de 100 000 contributions ont déjà été recueillies. Mais le symbole est désastreux. Une jeunesse descend dans la rue pour expliquer qu’elle ne se sent pas entendue, et le pouvoir lui répond en lui proposant un nouvel espace pour parler. Encore une concertation. Encore un dispositif. Encore une réponse administrative à une crise qui est devenue profondément politique.

Marine Le Pen s’est exprimée avant Emmanuel Macron et a dénoncé une « crise profonde de confiance et d’autorité menaçant la démocratie ». Elle a attaqué Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise sur leur rapport aux violences. Mais les faits demandent de la précision : la formule selon laquelle la violence pouvait être « légitime » a notamment été prononcée par Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, tandis que Mélenchon a ensuite appelé explicitement à la non-violence. Macron, de son côté, a condamné une « violence déchaînée » et promis davantage de fermeté contre les casseurs. À six mois de la présidentielle, chacun tente désormais de transformer le chaos en argument politique.

Il reste six mois à ce quinquennat. Et l’image finale est loin de celle promise en 2017. Emmanuel Macron devait moderniser la France, restaurer l’efficacité de l’État et dépasser les vieux blocages. Il termine son second mandat confronté à une nouvelle explosion sociale, une défiance massive et des services publics sous tension. Ses adversaires se préparent déjà à exploiter politiquement chaque nouvelle crise. Mais derrière le jeu électoral reste une question autrement plus lourde : comment un pouvoir qui promettait de tout transformer a-t-il pu finir par incarner, pour une partie du pays, précisément ce système qu’il disait vouloir dépasser ?

Source : unherd.com


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