Ukraine : après des milliards dépensés, l’Europe risque de finir hors de la table

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Vladimir Poutine aurait proposé à Donald Trump et Xi Jinping un sommet en marge de l’APEC les 18 et 19 novembre à Shenzhen, sans Zelensky ni les Européens.
  • Comment un accord sur le diesel russe conclu le 9 octobre, assorti d’une suspension de certaines sanctions, illustre-t-il le pragmatisme économique de Washington face à Moscou ?
  • Malgré des milliards engagés, Kyiv reste tributaire du renseignement et de la défense antimissile américains, ce qui limite son pouvoir de négociation face à Trump.
  • Pékin veut s’imposer en médiateur entre Washington et Moscou tout en restant prudent : l’Europe peut-elle éviter de n’être que spectatrice de décisions prises ailleurs ?

Vladimir Poutine aurait proposé à Donald Trump et à Xi Jinping de se retrouver en marge du sommet de l’APEC, prévu les 18 et 19 novembre à Shenzhen, pour discuter d’un règlement de la guerre en Ukraine. Derrière cette proposition rapportée par le Wall Street Journal, une réalité devient difficile à cacher : après des années de guerre, de sanctions et de milliards dépensés, Zelensky et les dirigeants européens pourraient se retrouver sur le banc de touche pendant que Washington, Moscou et Pékin discutent directement entre eux.

Le format proposé est brutal. Trump, Poutine et Xi autour de la table, sans Zelensky et sans les Européens. Moscou y voit évidemment son intérêt. Un ancien officier du renseignement russe cité par le WSJ parle même d’un « second Yalta ». Mais si ce scénario est aujourd’hui imaginable, c’est aussi parce que Kyiv et les gouvernements européens n’ont pas réussi à imposer leur propre solution au conflit. Après plusieurs années de guerre, voir trois grandes puissances envisager de discuter sans eux montre à quel point leur poids diplomatique s’est affaibli.

« Il n’y a pas encore de compréhension claire concernant la réunion elle-même ou son agenda potentiel, bien que les trois parties reconnaissent la possibilité hypothétique qu’une telle rencontre puisse avoir lieu », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, au Wall Street Journal.

La prudence de Peskov ne change pas le fond du problème. Moscou veut profiter de la situation pour revenir au centre du jeu et tenir les Européens à distance. Mais l’Europe a aussi construit sa propre faiblesse. Elle a envoyé des milliards à Kyiv, multiplié les sanctions contre la Russie et fait de l’Ukraine une priorité politique majeure, tout en restant dépendante des États-Unis pour une partie essentielle de sa sécurité. Si Washington décide maintenant de discuter directement avec Moscou, les dirigeants européens découvrent une réalité particulièrement gênante : ils ont soutenu une stratégie dont ils ne contrôlent pas seuls la direction.

Washington entre pragmatisme économique et recomposition stratégique

Le changement de ton apparaît déjà dans le rapprochement entre Washington et Moscou. Lors de leur appel du 9 octobre, Trump et Poutine ont conclu un accord permettant à la Russie de fournir du diesel aux États-Unis et au marché mondial afin de tenter de faire baisser les prix. L’administration Trump a également suspendu temporairement certaines sanctions et certains droits de douane liés aux exportations russes. Malgré les critiques à Washington, le message est simple : lorsque les intérêts économiques américains sont directement touchés, la Maison-Blanche est prête à reparler avec Moscou, même si Kyiv ou les Européens désapprouvent.

Le conflit entre Trump et Zelensky rend cette situation encore plus évidente. Trump accuse les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes d’aggraver les tensions sur le prix du diesel, ce que Kyiv conteste. Zelensky a pourtant poursuivi ces opérations tout en choisissant l’affrontement public avec Trump, alors que l’Ukraine dépend encore fortement des États-Unis sur le plan militaire. Trump l’accuse désormais de ne pas vouloir mettre fin à la guerre et a même évoqué la nécessité d’un nouveau dirigeant à Kyiv. Il n’a pas encore accepté le sommet proposé par Poutine, mais la rupture avec Zelensky rend désormais crédible l’idée que Washington puisse chercher une solution sans attendre son feu vert.

C’est là que la faiblesse ukrainienne apparaît clairement. Kyiv veut évidemment décider de son propre avenir, mais sa capacité à poursuivre la guerre dépend encore largement de l’aide étrangère. Renseignement, défense antimissile, munitions et plusieurs capacités militaires essentielles restent liées aux États-Unis. Zelensky peut défier Trump politiquement, mais il ne peut pas faire disparaître cette dépendance. Si Washington change de stratégie, Kyiv perd immédiatement une partie de sa marge de manœuvre. Après des années de soutien occidental, l’Ukraine reste donc exposée aux décisions prises à la Maison-Blanche.

Pékin en arbitre prudent

La Chine pourrait profiter directement de cette situation. Pékin entretient un partenariat étroit avec Moscou, commerce massivement avec l’Europe et cherche depuis longtemps à se présenter comme une puissance capable de parler à tout le monde. Yun Sun, directrice du programme Chine au Stimson Center, résume cette ambition : « La Chine veut être perçue comme le pivot des grandes puissances, et potentiellement comme un médiateur entre les États-Unis et la Russie. » Si Trump et Poutine venaient discuter de l’Ukraine à Shenzhen, Xi Jinping se retrouverait au cœur d’une négociation sur la sécurité européenne pendant que les dirigeants européens regarderaient la scène depuis l’extérieur.

Pékin reste pourtant prudent. Les autorités chinoises ne veulent pas qu’un sommet spectaculaire sur l’Ukraine vienne gâcher l’image de stabilité économique qu’elles souhaitent afficher pendant l’APEC. Elles savent également qu’un rapprochement trop visible avec Moscou pourrait compliquer encore davantage leurs relations avec l’Europe. Mais le rapport de forces reste parlant : la Chine peut choisir jusqu’où elle souhaite s’impliquer, les États-Unis peuvent changer de stratégie et la Russie peut proposer le cadre des discussions. Les Européens, eux, risquent surtout de subir des décisions prises ailleurs.

Même s’il ne voit jamais le jour, le sommet imaginé par Poutine révèle donc une réalité particulièrement dure pour Kyiv et les gouvernements européens. Pendant des années, ils ont compté sur le soutien américain pour maintenir leur stratégie. Aujourd’hui, Trump pourrait choisir une autre voie et négocier directement avec Moscou. Poutine tente déjà de transformer cette faiblesse en avantage diplomatique. Xi peut en tirer un bénéfice politique considérable. Et si Zelensky et les dirigeants européens finissent écartés des discussions, ils ne pourront pas uniquement accuser Moscou : cette marginalisation sera aussi le résultat d’années de dépendance envers Washington et d’une stratégie qui n’a pas permis à l’Europe de devenir réellement autonome.

Source : zerohedge.com


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