Entre un porte-parole qui assure que l’armée iranienne est « plus forte » qu’à l’ouverture des hostilités et un président américain qui parle de « frappes mineures », le conflit entamé fin février a changé de nature. Ce n’est plus une campagne qui cherche la décision, c’est une épreuve d’endurance dont chaque camp surveille le calendrier de l’autre.
Deux contraintes qui se répondent
À Washington, la contrainte est politique et économique. Donald Trump reconnaît que la guerre, en faisant « flamber » les prix de l’énergie, explique en partie la défaite républicaine aux élections de mi-mandat. Il maintient pourtant que c’était « la seule solution », car « on ne peut pas laisser l’Iran avoir l’arme nucléaire ». Le dilemme est net : le coût intérieur de la guerre croît, mais un compromis sans résultat tangible sur le nucléaire serait lu comme un aveu. La récompense de 20 millions de dollars offerte à qui renseignera l’armée américaine sur le programme iranien est un indice. On peut y voir, à titre d’hypothèse, que la connaissance de ce programme reste incomplète. Téhéran, lui, nie toute visée militaire et défend son droit au nucléaire civil.
À Téhéran, la contrainte est inverse. Le Guide suprême, Mojtaba Khamenei, écarte tout changement de politique américaine : ceux qui l’espèrent « se trompent lourdement ». Les déclarations de force de l’armée sont des affirmations, non des faits vérifiés : l’état-major n’a d’ailleurs pas confirmé les frappes sur l’île de Qeshm, dont la télévision d’État fait état. Mais l’Iran détient un levier réel, le détroit d’Ormuz, qu’il dit ne rouvrir qu’à ses conditions.
Ormuz, au centre de la négociation
Ces conditions sont celles d’un État qui cherche à retrouver sa marge de manœuvre : cessez-le-feu sur tous les fronts, dégel des avoirs à l’étranger, levée des sanctions pétrolières, fin du blocus naval américain. Washington a jusqu’ici refusé. Le rapport de force est asymétrique : les États-Unis étranglent les ports iraniens, l’Iran entrave un passage dont dépend le commerce d’hydrocarbures. Chacun détient un moyen de pression sur l’économie de l’autre, mais c’est le second qui touche aussi des tiers.
C’est ce qui donne au Qatar son rôle. Le médiateur n’est pas neutre par vertu : les monarchies du Golfe, dont le chef de la diplomatie iranienne multiplie les interlocuteurs, sont les premières exposées à une extension du conflit, que le Guide suprême promet en cas de reprise des frappes. Leur intérêt à une désescalade est structurel.
Les faits n’établissent ni un accord proche ni une reprise inévitable. Ils établissent une impasse où chaque partie a plus à perdre à la guerre ouverte qu’à la trêve, mais où aucune ne peut accepter les conditions de l’autre sans en payer le prix politique. Les prix de l’énergie diront si cette impasse tient : tant qu’ils pèsent sur la Maison-Blanche, la pression pour négocier grandira, et Téhéran le sait.
