🔥 Les essentiels de cette actualité
- Donald Trump annonce, lors d’un entretien sur Fox News, qu’il mettra fin aux 3,8 milliards de dollars d’aide annuelle à Israël deux ans plus tôt que prévu.
- Cette aide pèse moins de 10 % du budget de défense israélien. Où se situe alors la vraie dépendance d’Israël envers Washington ?
- Pourquoi cette annonce, qualifiée de « coup de tonnerre » par le président israélien, intervient-elle maintenant ? Le président impute la déroute républicaine à la guerre contre l’Iran.
- Que se passera-t-il si un Congrès démocrate ralentit les ventes d’armes sans rien interdire ? Premier signe à observer : son attitude face aux livraisons.
L’aide militaire américaine représente moins de 10 % du budget de défense israélien. En annonçant, lors d’un entretien sur Fox News, qu’il mettrait fin aux 3,8 milliards de dollars annuels deux ans plus tôt que prévu, Donald Trump ne touche donc pas au nerf de la puissance israélienne. Mais l’annonce, que le président israélien a qualifiée de « coup de tonnerre », révèle la hiérarchie réelle de la relation : Washington décide du rythme, Jérusalem l’apprend par la télévision.
La dépendance se loge ailleurs que dans les chèques. Comme le rappelle l’analyste Yaakov Katz, toute l’aviation israélienne est de fabrication américaine, tributaire des pièces détachées et des armements des États-Unis, et les trois dernières années ont montré à quel point Israël dépend des systèmes antimissiles américains. Un Congrès qui passerait aux mains des démocrates n’aurait pas besoin des deux tiers requis pour surmonter un veto : il lui suffirait de ralentir les ventes d’armes, les financements et les projets conjoints. Sans rien interdire, il changerait le calcul de ce qu’Israël peut endurer s’il entre en guerre.
Du côté américain, la logique est électorale. Le président impute la déroute républicaine à la guerre contre l’Iran, que Benyamin Nétanyahou est largement perçu comme lui ayant soufflée. Le vice-président JD Vance range la relation avec Israël parmi les quatre raisons de la désertion des électeurs. Pour une administration qui prépare l’après-midterms, l’alliance devient un passif intérieur. Cela ne signifie pas un lâchage : un responsable américain anonyme parle d’un changement « d’échelle », le « socle fondamental » demeurant. L’ambassadeur Mike Huckabee ne signale aucune inflexion sur la Cisjordanie, et Danny Danon rappelle que le veto américain au Conseil de sécurité reste acquis.
Reste le tournant de 2015, que Yaïr Lapid date du discours de Nétanyahou devant le Congrès contre l’accord nucléaire iranien de Barack Obama. En arrimant l’alliance au seul Parti républicain, Israël a misé sur un cheval ; il découvre le prix de la concentration quand la monture trébuche. Ce choix était rationnel tant que ce parti dominait. Il l’est moins quand les critiques d’Israël se font entendre aussi dans ses rangs, comme le reconnaît Danon.
L’Israël qui doit répondre est lui-même sans majorité claire, moins de deux semaines après ses législatives. Gadi Eisenkot promet de « renouveler et approfondir » le partenariat sur des bases bipartisanes ; les partisans du premier ministre plaident la continuité et sa connaissance des dirigeants américains. Le silence de ce dernier dit l’embarras.
Les faits établissent une leçon simple : une garantie extérieure n’est solide que tant qu’elle sert la politique intérieure du garant. Quel que soit le futur gouvernement, Israël devra réduire sa vulnérabilité en pièces détachées et en intercepteurs, ou accepter que Washington pose des conditions, notamment sur Gaza, le Liban et l’accord avec l’Iran. Le premier signe à observer sera le comportement du prochain Congrès face aux livraisons d’armes.
