Ormuz : Téhéran vend le passage, Washington ferme les yeux, Tokyo et Séoul paient

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le 3 novembre, Amir Hayat Moqaddam, vice-président de la commission de sécurité nationale du Parlement iranien, a cité l’Inde, la Chine, l’Irak et le Qatar comme pays autorisés à franchir Ormuz.
  • Pourquoi Téhéran monnaye-t-il le passage ? Les droits de passage, jusqu’à 2 millions de dollars par transit payés en yuans selon certaines informations, compensent en partie l’arrêt des exportations de pétrole.
  • À quel prix les alliés de Washington suivent-ils la ligne américaine ? Les importations japonaises de brut saoudien ont reculé de 41,2 % entre avril et juillet, contre 21 % pour la Corée.
  • Que peuvent faire les importateurs asiatiques de leurs stocks d’urgence, qui avoisinent 1,1 milliard de barils ? Un front commun reste improbable, et les marchés jugent l’échéance militaire supérieure à 50 % d’ici fin novembre.

Le 3 novembre, pendant que les Américains votaient, Téhéran a fait savoir qui peut franchir le détroit d’Ormuz. Amir Hayat Moqaddam, vice-président de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement iranien, a cité l’Inde, la Chine, l’Irak et le Qatar. Ses propos, tenus dans un entretien et non dans un décret, prolongent la liste de « nations amies » dressée en mars par le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Le blocus de guerre est ainsi devenu un régime de licences fondé sur la nationalité.

Chaque partie y trouve un intérêt, et aucune n’y est à l’aise. L’Iran n’exporte plus de pétrole sous le blocus américain : les droits de passage, jusqu’à 2 millions de dollars par transit payés en yuans selon certaines informations, compensent en partie ce manque. Les exemptions achètent des contreparties précises, les médicaments pour l’Inde, un appui politique pour Pékin. Les sept conditions posées à la réouverture, dont un allègement des sanctions, montrent qu’il s’agit d’un levier de négociation plus que d’un ordre durable.

Washington, de son côté, bloque les ports iraniens tout en affirmant que le détroit reste ouvert. Laisser passer les navires exemptés maintient le flux de brut pour une administration qui vient de perdre le Congrès, en partie à cause d’une essence au-dessus de 4 dollars le gallon depuis juin. Le président a même qualifié un péage de « belle chose ». Les capitales du Golfe et européennes tiennent ces droits pour illicites, mais l’Iran, qui a signé la convention de Montego Bay sans la ratifier, ne se sent pas lié par elle. Une règle de droit ne vaut que par ceux qui la font respecter, et son principal garant, ici, tolère de fait l’exception.

Le prix de l’alignement

Le coût retombe sur ceux qui ont suivi Washington. Le Japon et la Corée du Sud, absents de la liste, ont endossé en mars la déclaration commune condamnant la fermeture du détroit. Les importations japonaises de brut saoudien ont reculé de 41,2 % entre avril et juillet, contre 21 % pour la Corée. La ligne de partage n’est pas absolue : Séoul a obtenu un accès prioritaire à 200 millions de barils saoudiens. Mais les pays neutres paient un tarif prévisible, tandis que les alliés dépendent de leurs réserves, de détours par Yanbu et Fujairah, et de marchandages au cas par cas.

Reste l’asymétrie de fond : les importateurs asiatiques disposent d’un levier qu’ils n’utilisent pas. Les stocks publics d’urgence des pays industrialisés avoisinent 1,1 milliard de barils. Le régime iranien ne tient que tant que Pékin, New Delhi, Tokyo et Séoul négocient séparément, et la rivalité sino-japonaise comme l’autonomie stratégique indienne rendent un front commun improbable.

La suite se joue sur deux terrains : la médiation du Qatar et du Pakistan, autour du « plan en deux jours » d’Araghchi, et l’échéance militaire, que les marchés jugent supérieure à 50 % d’ici fin novembre. Un détroit ouvert à certains pavillons seulement cesse d’être un passage libre : en matière d’énergie, la souveraineté se mesure à la capacité de ne pas dépendre d’une licence, qu’elle vienne de Téhéran ou de la bienveillance de Washington.


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