🔥 Les essentiels de cette actualité
- La Première dame américaine Melania Trump a réuni à la Maison-Blanche deux médiateurs pour les droits humains et deux négociateurs, russe et ukrainien, six jours après la fin d’un cessez-le-feu local.
- Que reste-t-il du cessez-le-feu d’Olechky, ville occupée par les Russes ? Il a duré six jours, le plus long depuis le début de la guerre, mais n’a rien d’un accord politique.
- Pourquoi Moscou et Kiev remercient-ils tous deux l’intermédiaire américaine ? Kirill Dmitriev la salue, alors que Donald Trump a conclu un accord sur des livraisons de gazole russe.
- Quelles conséquences pour l’Europe des pourparlers d’Abou Dhabi, les 10 et 11 novembre ? Kaja Kallas espère que le prochain Congrès américain pressera davantage la Russie.
Le canal humanitaire est devenu, en Ukraine, un instrument diplomatique à part entière. Que la Première dame américaine réunisse à la Maison-Blanche deux médiateurs pour les droits humains et deux négociateurs, russe et ukrainien, six jours après la fin d’un cessez-le-feu local, dit moins sur Melania Trump que sur la méthode choisie par Washington : avancer par fragments, là où le règlement d’ensemble reste hors de portée.
Le cessez-le-feu d’Olechky, ville occupée par les Russes et en proie à de graves pénuries, a duré six jours, le plus long depuis le début de la guerre. Il a permis d’évacuer des habitants, puis il a pris fin dimanche. Ce n’est pas un accord politique, et personne n’a prétendu le contraire. Davyd Arakhamia en donne la juste mesure en parlant de « petits mécanismes » que les deux parties apprennent à pratiquer. Pour des belligérants sans confiance mutuelle, c’est une manière de tester la vérifiabilité des engagements sans rien céder sur le fond.
Chaque acteur y trouve son compte. Moscou, par la voix de Kirill Dmitriev, remercie publiquement l’intermédiaire américaine, et se présente comme partie prenante d’un règlement. Cette courtoisie arrive alors que Donald Trump a conclu un accord sur des livraisons de gazole russe et exempté la Russie de nouvelles sanctions sur son secteur énergétique. Kiev, lui, décore Melania Trump : Volodymyr Zelensky ne peut se permettre de perdre l’écoute de Washington, dont dépend l’essentiel de sa défense anti-aérienne, alors que les frappes russes visent ses infrastructures énergétiques à l’approche de l’hiver.
Reste la contrainte intérieure américaine. Les démocrates, très critiques du rapprochement avec Moscou, viennent d’infliger un revers cinglant au président lors des élections de mi-mandat. Le Kremlin l’a bien compris, qui souligne que Donald Trump reste « en fonction » et dit espérer qu’il poursuivra ses efforts. Le calendrier d’Abou Dhabi, les 10 et 11 novembre, les premiers pourparlers de ce format depuis la mi-février, se joue donc entre un exécutif affaibli et un Congrès qui pourrait durcir le ton.
Les Européens, spectateurs de leur propre continent
La réaction de Kaja Kallas est révélatrice. La cheffe de la diplomatie européenne espère que le prochain Congrès américain exercera « davantage de pression sur la Russie ». À Bruxelles, des représentants de l’Union, du Royaume-Uni, de l’Otan et des États-Unis rencontrent les Ukrainiens, mais la négociation décisive se tient ailleurs, sans Européens à la table. Compter sur les élections d’un autre pays pour infléchir la politique de sécurité de son propre continent mesure la dépendance stratégique de l’Europe.
Olechky prouve qu’une trêve limitée est possible, non qu’une paix l’est. Tant que le sort des territoires, les sanctions et les garanties de sécurité ne sont pas tranchés, la médiation américaine reste tributaire de son calendrier électoral, et l’Ukraine comme l’Europe de ses arbitrages. Abou Dhabi dira si les « petits mécanismes » peuvent s’étendre au-delà d’une ville.
