À Moscou, l’Iran trouve un appui diplomatique, pas un bouclier

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Jeudi à Moscou, Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a remis à Vladimir Poutine une lettre de Mojtaba Khamenei, au contenu non dévoilé.
  • Que vaut le soutien russe, quand le traité de janvier 2025, en vigueur depuis octobre, ne comporte aucune clause de défense mutuelle ?
  • Le Kremlin n’a pas publié sa version de l’entretien. Le soutien russe « prêt » à mettre fin à la guerre relève donc du récit de Téhéran.
  • Les capitales régionales, qui ont leurs propres intérêts avec Washington, accepteront-elles de garantir l’architecture régionale que l’Iran définit à son avantage ?

Le déplacement de Mohsen Rezaei à Moscou, jeudi, vaut moins par ce que Vladimir Poutine a dit que par ce qu’il révèle de la position iranienne. Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale a remis au président russe une lettre du Guide suprême, Mojtaba Khamenei, dont il n’a pas dévoilé le contenu. Le Kremlin n’avait pas publié sa propre version de l’entretien. Il faut donc distinguer ce qui est établi, à savoir la rencontre et le message, de ce qui relève du récit de Téhéran : un soutien russe « prêt » à mettre fin à la guerre.

Un partenaire sans garantie

Ce soutien a des limites que les textes eux-mêmes fixent. Le traité de partenariat stratégique global, signé en janvier 2025 et entré en vigueur en octobre, ne comporte aucune clause de défense mutuelle, contrairement au pacte russe avec la Corée du Nord. Les Su-35, qui devaient arriver avant les hostilités, ne sont attendus qu’« après la guerre », selon le porte-parole de l’armée iranienne. Pour Moscou, soumise elle aussi à de lourdes sanctions, l’Iran est un partenaire utile, non un allié à secourir. Chacun y trouve son compte, sans que l’un se lie les mains pour l’autre.

L’autre dossier, le gazoduc Russie-Iran, éclaire le calcul russe : pallier la pénurie gazière iranienne, et surtout ouvrir à Moscou un accès aux pays voisins de l’Iran. Téhéran gagne en énergie, mais s’expose à une dépendance nouvelle, celle-là même dont une puissance sous blocus devrait se méfier.

Le calendrier américain pèse

Les conditions de la négociation dépendent aussi de Washington. Le Parti républicain a perdu la Chambre et le Sénat mardi, dans une colère contre la hausse des prix que beaucoup attribuent à la guerre. Cette contrainte intérieure explique en partie l’activisme du Qatar, qui craint une reprise des frappes après le scrutin. Elle éclaire aussi la fermeté de Rezaei : l’Iran n’ouvrira pas le détroit d’Ormuz ni ne négociera tant que ses sept conditions ne seront pas remplies. Le détroit, le blocus américain des ports iraniens, les sanctions et le dossier nucléaire restent les quatre nœuds.

Téhéran cherche aussi une assurance qui ne dépende pas de Moscou : l’architecture régionale. Rezaei a informé Poutine de la réunion tenue à Téhéran fin octobre avec l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, et plaide, comme la Chine, pour que les puissances étrangères n’interfèrent pas dans la sécurité de la région. Les appels d’Abbas Araghchi à ses homologues du Golfe, de Turquie et de Jordanie vont dans le même sens.

Les faits dessinent ainsi une stratégie en deux étages : dissuasion « absolue », selon Khamenei, et arrangements entre voisins. La Russie y est un fournisseur et un appui diplomatique, pas un bouclier. Ce qui reste à observer, c’est si les capitales régionales, qui ont leurs propres intérêts avec Washington, accepteront de garantir un ordre que l’Iran définit à son avantage.


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