Ankara ajoute une seconde garantie à l’OTAN et garde la clé de son usage

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Le Parlement turc a ratifié jeudi le pacte de La Mecque par 279 voix contre 119, sur 592 députés dont 398 seulement ont voté.
  • Comment l’article 2 engage-t-il Ankara ? Il prévoit une assistance « immédiate », mais chaque partie apprécie la nature de son concours.
  • Le ministre de la Défense, Yasar Güler, a assuré en octobre que la Turquie n’envisage « absolument pas » d’entrer en conflit avec les Houthis.
  • Que reste-t-il de la souveraineté turque face à deux garanties collectives, si elles se disputent un jour les mêmes ressources militaires ?

La ratification, jeudi, du pacte de défense de La Mecque par le Parlement turc, par 279 voix contre 119, ne fait pas de la Turquie un belligérant du Yémen. Elle fait d’Ankara un acteur dont la signature compte désormais dans un second système de garanties de sécurité, à côté de l’OTAN. Sur 592 députés, 398 seulement ont pris part au vote : le sujet mobilise moins les élus que les chancelleries.

Une clause qui engage sans contraindre

L’article 2 du pacte reprend la logique de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord : une attaque contre l’un des signataires appelle une assistance « immédiate ». Mais le texte parle de recourir à « l’ensemble des mesures d’assistance mutuelle » dont chaque partie dispose, formule qui laisse à chacun l’appréciation de la nature de son concours. Le ministre turc de la Défense, Yasar Güler, l’a confirmé en octobre : « Nous n’envisageons absolument pas d’entrer en conflit avec les Houthis ». L’appui turc, dit-il, servira à « renforcer la dissuasion ». Tout déploiement de troupes exigerait en outre d’autres procédures législatives.

Les intérêts se lisent sans difficulté. Riyadh, visée par des tirs houthis qui ont frappé l’aéroport international King Khalid et que le cessez-le-feu de 2022 n’a pas stoppés, cherche à multiplier ses garants. Elle accueille un partenaire doté de la deuxième armée de l’OTAN, aux côtés du Pakistan. Ankara y gagne un débouché pour son industrie de défense, le pacte prévoyant formation conjointe, innovation technologique et partage de logistique et de renseignement. Elle y gagne aussi un levier d’influence dans un Moyen-Orient où la guerre américano-israélienne contre l’Iran redistribue les cartes. La possible adhésion de la Syrie, qui a manifesté son intérêt, élargirait encore ce cercle, avec l’accord des membres actuels.

Souveraineté : l’autonomie avant la tutelle

Sur le plan de la souveraineté, le bilan est nuancé. Un engagement conclu librement, d’une durée de dix ans, au terme de laquelle chacun peut se retirer, n’est pas une tutelle. Il accroît même la marge de manœuvre turque en diversifiant ses alliances au lieu de la laisser dépendre d’une seule architecture de sécurité. Le risque est ailleurs : les critiques évoquent un conflit d’intérêts dans l’allocation des moyens militaires entre deux engagements collectifs. Les autorités turques jugent ces craintes infondées, mais l’épreuve ne viendra que le jour où les deux garanties se disputeront les mêmes ressources.

La question décisive ne se tranchera pas au Parlement. Elle dépendra de la trajectoire des Houthis, des drones interceptés, jeudi encore, dans la région de Médine, et de la volonté de Riyadh de transformer une garantie en soutien opérationnel. Ankara a ratifié un instrument de dissuasion et s’est réservé la décision de l’employer. C’est la meilleure définition d’une politique étrangère souveraine, et elle sera mise à l’épreuve dès la première crise qui réclamera plus que des déclarations.


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