🔥 Les essentiels de cette actualité
- Dans le Michigan, Abdul El-Sayed l’emporte, mais d’après les sondages de sortie des urnes, les électeurs ont surtout sanctionné la guerre contre l’Iran déclenchée le 28 février.
- Pourquoi la fermeture du détroit d’Ormuz pèse-t-elle autant ? Elle a fait flamber les prix, le carburant en premier.
- Le jour du vote, Donald Trump a annoncé vouloir mettre fin à 3,8 milliards de dollars d’aide annuelle à la sécurité d’Israël, qui n’en « avait plus besoin ».
- Que reste-t-il de l’alignement bipartisan sur lequel Benjamin Netanyahu a bâti sa force, alors que sa coalition a perdu sa majorité à la Knesset ?
La victoire d’Abdul El-Sayed dans le Michigan sera lue comme un événement identitaire : premier sénateur américain élu de confession musulmane. Ce n’est pas la lecture la plus utile. Les sondages de sortie des urnes indiquent que les électeurs n’ont pas fait du scrutin un référendum sur Gaza. Ils ont sanctionné la guerre déclenchée le 28 février contre l’Iran, aux côtés d’Israël, et ses effets : la fermeture du détroit d’Ormuz a fait flamber les prix, ceux du carburant en premier. Le ressort est celui du coût, pas celui de la morale. Un pays qui paie sa guerre à la pompe se demande à qui elle sert.
Un consensus qui s’effrite, pas un lobby qui s’effondre
Il faut cependant rester exact. L’Aipac a dépensé plus de 42 millions de dollars dans le Michigan, d’abord pour la rivale d’El-Sayed à la primaire, puis pour son adversaire républicain, et a perdu deux fois. Mais l’organisation revendique 234 candidats élus, dont Hakeem Jeffries et Chuck Schumer, et un taux de réussite de 91 %, chiffre à relativiser puisqu’elle soutient surtout des sortants et des favoris. Le lobby perd en visibilité, pas encore en influence structurelle.
Le signal le plus lourd vient de la droite. Le jour même du vote, Donald Trump a annoncé vouloir mettre fin à l’aide annuelle de 3,8 milliards de dollars à la sécurité d’Israël, qui n’en « avait plus besoin », et JD Vance range la révision des relations avec Israël parmi les quatre priorités républicaines, sous la bannière de l’America First. La Maison-Blanche prétend agir d’accord avec Benjamin Netanyahu ; ses soutiens jugent l’annonce peu sérieuse, ses détracteurs, électoraliste. Les deux camps ont peut-être raison : un calcul d’opinion n’est pas un plan stratégique.
Une dépendance qui change de nature
Pour Israël, la question est celle de la souveraineté. La force de Netanyahu tenait à l’alignement des deux partis américains, qu’il avait même personnalisé en misant sur sa proximité avec Trump, là où ses prédécesseurs ménageaient démocrates et républicains. Ce pari n’a pas payé : la coalition a perdu sa majorité à la Knesset malgré le soutien affiché de Washington. Ses opposants, Yaïr Golan et Yaïr Lapid, en tirent déjà l’argument de l’impopularité du Premier ministre à Washington.
Une aide qui s’éteint pourrait, par hypothèse, réduire le levier de Washington sur les décisions israéliennes, mais aussi la garantie qui allait avec. Quant à un Congrès démocrate, il pourrait voter embargo sur les armes ou sanctions, que seul un veto présidentiel bloquerait, rappelle Beth Miller, de Jewish Voice for Peace Action.
Les faits établissent donc ceci : l’alliance américano-israélienne ne repose plus sur un acquis partisan, mais sur un arbitrage permanent entre intérêts et opinion. Reste à voir si Trump, que Myriam Shermer décrit tiraillé entre pressions intérieures et ambition de « transformer le Moyen-Orient », tranchera pour l’une ou pour l’autre.
