Ormuz : ni Washington ni Téhéran ne peuvent clore la guerre à leurs conditions

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Depuis février, la phase la plus intense des frappes américano-israéliennes a duré 40 jours. Selon Axios, le Commandement central américain attend désormais un ordre pour reprendre des opérations majeures.
  • Le Parti républicain vient de subir une défaite aux élections de mi-mandat. Comment Washington peut-il maintenir son exigence sur le nucléaire face à la hausse des prix de l’énergie ?
  • Téhéran conditionne la réouverture du détroit à sept exigences, dont la levée des sanctions. Pourquoi l’Irak, le Qatar, l’Inde et la Chine bénéficient-ils d’exemptions ?
  • Que fera Washington de la proposition transmise par Doha ? Si les sept demandes sont refusées, le prix de l’énergie pèsera-t-il plus que les partisans de la reprise des frappes ?

Le détroit d’Ormuz est devenu le centre de gravité d’une guerre que ni Washington ni Téhéran ne peuvent clore à leurs conditions. Depuis février, la phase la plus intense des frappes américano-israéliennes a duré 40 jours. Aujourd’hui, selon Axios, le Commandement central américain attend seulement un ordre pour reprendre des opérations majeures, et Donald Trump évoque la possibilité de « détruire » le reste de l’Iran. Mais la menace n’est pas l’acte, et les contraintes pèsent des deux côtés.

Côté américain, le calendrier politique a changé la donne. Le Parti républicain vient de subir une défaite aux élections de mi-mandat, en grande partie à cause de la colère suscitée par la guerre et par la hausse des prix de l’énergie. Or le détroit voit normalement transiter environ un cinquième du pétrole mondial. Washington exige que le nucléaire figure dans tout accord de cessez-le-feu, mais chaque semaine de blocus et de tension renchérit le coût intérieur de cette fermeté.

Téhéran, lui, joue de la seule carte dont il dispose pleinement : la maîtrise des flux. Il conditionne la réouverture du détroit et la reprise des négociations à sept exigences, dont la levée des sanctions, le dégel des avoirs et la fin du blocus naval. Il module aussi cette pression : l’Irak, le Qatar, l’Inde et la Chine bénéficient d’exemptions. C’est une diplomatie de sélection, qui récompense ceux dont l’Iran a besoin.

Les partenaires, les voisins, les dépendances

Le déplacement de Mohsen Rezaei à Moscou illustre cette recherche de profondeur stratégique. Vladimir Poutine l’a reçu, et il a été question de gazoducs entre la Russie et l’Iran. Selon le Financial Times, Moscou aurait accepté de fournir 90 lanceurs d’hélicoptère pour missiles guidés, malgré ses propres besoins en Ukraine. Pour Nicole Grajewski, cela témoigne d’une Russie « bien moins soucieuse des objections occidentales qu’auparavant ». L’échange est cependant calculé : Moscou y trouve des drones Shahed, et l’Iran des armements et une assurance politique.

Les monarchies du Golfe sont les plus exposées. Touchées lors des combats les plus intenses, elles reçoivent la menace de voir tout État qui aiderait les États-Unis devenir une « cible légitime ». Les appels d’Abbas Araghchi à Abou Dhabi, Riyad, Koweït, Ankara, Doha et Mascate relèvent d’un même calcul : protéger leur sécurité sans choisir publiquement. Le Qatar, médiateur, y gagne un rôle que sa taille ne lui garantirait pas autrement.

Reste une asymétrie : les États-Unis disposent de la supériorité militaire, l’Iran de la capacité de nuire à l’économie mondiale, et l’un comme l’autre peut se tromper sur la limite de l’adversaire. Le véritable test sera la réponse américaine à la proposition transmise par Doha. Si Washington refuse de discuter des sept demandes, il faudra regarder si la hausse du prix de l’énergie pèse davantage que les partisans de la reprise des frappes.


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