🔥 Les essentiels de cette actualité
- Un mois après l’accord du 9 octobre entre Donald Trump et Vladimir Poutine, le diesel américain coûte 6,23 dollars le gallon, contre 6,28 le jour de l’annonce.
- Pourquoi des volumes de 300 000 tonnes, puis 500 000 en novembre, puis un million, pèsent-ils si peu face aux 30 millions de tonnes échangées chaque mois, selon Carnegie ?
- Une loi du Congrès interdit depuis avril 2022 les produits pétroliers russes. Que reste-t-il de l’exemption de l’OFAC, valable jusqu’au 7 avril 2027, face aux parlementaires qui la contestent ?
- Deux des trois pétroliers partis de Primorsk ont changé de route, et Moscou dément tout revirement. Qui tire profit de ce bilan asymétrique ?
L’accord du 9 octobre entre Donald Trump et Vladimir Poutine devait offrir à la Maison-Blanche une victoire à la pompe avant les élections de mi-mandat. Un mois plus tard, le diesel américain coûte 6,23 dollars le gallon, contre 6,28 le jour de l’annonce, et deux des trois pétroliers partis de Primorsk ont modifié leur route. Le Leruo affiche le Brésil, le Talisman a viré de bord au large de Malte. L’Agioi Fanendes, attendu à New York le 7 novembre, est « en attente d’instructions ». Moscou dément tout revirement, et les raisons exactes de ces manœuvres restent inconnues. Mais le bilan économique, lui, est déjà lisible.
Un calcul de prix sans rapport avec l’échelle du marché
Les volumes promis (300 000 tonnes, puis 500 000 en novembre, puis un million) pèsent peu face aux quelque 30 millions de tonnes de diesel échangées chaque mois dans le monde, selon le centre de réflexion Carnegie. Un marché mondial fixe le prix du gazole, non une décision bilatérale. Le président américain a traité comme un levier de souveraineté ce qui relevait d’une variable que nul État, même le plus puissant, ne commande seul.
Une souveraineté contestée à l’intérieur comme à l’extérieur
L’obstacle principal est d’abord interne. Depuis avril 2022, une loi du Congrès interdit l’importation de produits pétroliers russes. L’exemption délivrée par l’OFAC, valable jusqu’au 7 avril 2027, repose sur une décision administrative que plusieurs parlementaires jugent incapable de contourner un texte voté. Le Trésor affirme qu’elle respecte « toutes les lois applicables ». Le conflit oppose l’exécutif au législatif, et il traverse le camp présidentiel : des élus démocrates et républicains ont averti banques, autorités portuaires et distributeurs de leurs risques juridiques. La gouverneure du New Jersey, Mikie Sherrill, a appelé les opérateurs de son État à refuser les cargaisons.
L’obstacle est aussi extérieur. Les sanctions européennes et britanniques demeurent, et elles atteignent banques, assureurs et transporteurs soumis à ces juridictions. Washington peut alléger son propre régime, mais non celui de ses partenaires, dont les règles pèsent sur la chaîne logistique. Les deux navires détournés sont d’ailleurs visés par des sanctions occidentales.
Moscou ne perd rien
L’asymétrie est nette. Les États-Unis ont engagé du capital politique, essuyé des critiques jusque dans leurs rangs et obtenu un effet nul sur les prix. La Russie, elle, n’a rien engagé. Elle a obtenu une brèche symbolique dans l’architecture de sanctions et peut écouler ailleurs ses cargaisons : « Tout le diesel trouvera ses acheteurs », a assuré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Le Brésil, déjà, apparaît comme destination.
Il faut rester prudent : un dernier pétrolier navigue encore, et les démentis de Moscou ne sont pas réfutés. Mais les faits établissent déjà une leçon : sans base légale solide ni prise sur un marché mondial, un accord annoncé pour des raisons électorales ne fait pas une politique énergétique. Reste à voir si l’exemption survivra aux contestations parlementaires avant son échéance d’avril 2027.
