Le plan qatari repose sur une mécanique de séquence, et c’est là que tout se joue. Washington lèverait aussitôt le blocus naval et débloquerait une partie des 8 milliards de dollars d’avoirs gelés. Téhéran admettrait en échange les inspecteurs de l’AIEA sur ses sites bombardés, puis ouvrirait le détroit d’Ormuz le lendemain par un couloir négocié avec Oman. Aucun engagement n’est exigé sur l’évacuation de l’uranium hautement enrichi : le dilution (down-blending) reste une option. Chaque camp obtient de quoi présenter l’accord comme une victoire.
Les contraintes pèsent inégalement. Donald Trump n’a pas renoncé à frapper de nouveau les sites nucléaires, mais sa menace a perdu en crédibilité à Téhéran depuis que son vice-président, JD Vance, a jugé que la guerre elle-même, et pas seulement son coût pour les consommateurs américains, avait été décisive dans l’effondrement du vote républicain aux élections de mi-mandat. Un exécutif sanctionné dans les urnes négocie avec un calendrier intérieur contre lui. L’Iran, de son côté, se sent en position de force. Il maintient ses exigences : fin de la guerre au Liban, retrait des forces américaines de son littoral, levée partielle des sanctions, réparations. Le fonds de reconstruction de 300 milliards de dollars, dont personne ne sait qui le financerait, relève davantage de l’affichage que de la négociation.
L’inspection, enjeu de souveraineté
La réticence iranienne envers l’AIEA ne se réduit pas à un caprice. Téhéran reproche à son directeur général, Rafael Grossi, de n’avoir pas condamné les frappes américaines contre ses installations, et redoute que les informations collectées servent de données de ciblage aux Américains et aux Israéliens. Qu’on juge ce soupçon fondé ou non, il illustre une réalité : une agence onusienne n’est pas perçue comme neutre par ceux qu’elle contrôle, et son crédit dépend de la confiance des États inspectés. Le précédent du Caire, en septembre 2025, abandonné depuis, le rappelle.
Le détroit révèle une autre logique. Selon un vice-président de la commission parlementaire iranienne de la sécurité nationale, seuls quatre pays, la Chine, l’Inde, le Qatar et l’Irak, sont admis, les deux premiers payant des droits de transit. Or la Chine a absorbé environ 42 % du brut du Golfe transité en octobre, l’Inde 13 %, sur 10,23 millions de barils par jour (Kpler). Téhéran fait donc de l’accès à Ormuz un levier diplomatique, quand Oman plaide pour un régime conforme au droit de la mer, rémunérant des services et non des péages. L’incident des deux pétroliers, qui ont heurté des mines sur une route non autorisée, rappelle que l’IRGC contrôle de fait les eaux concernées.
Les faits établissent que le plan sert les intérêts de tous les acteurs qui ont besoin de rouvrir la voie maritime, Pékin et New Delhi en tête. Ils n’établissent pas que Téhéran renoncera à son levier, ni que Washington acceptera un retrait de sa présence côtière. Ce sont ces deux points, bien plus que l’uranium, qui diront si la trêve tient.
