« Faites tout ce qui est en votre pouvoir avant que ce fou ne transforme la région en boule de feu »

« Faites tout ce qui est en votre pouvoir avant que ce fou ne transforme la région en boule de feu » « Faites tout ce qui est en votre pouvoir avant que ce fou ne transforme la région en boule de feu »

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Mohamed el-Baradei, prix Nobel de la paix et ancien chef de l’AIEA, a publié dimanche un appel désespéré sur X pour supplier les gouvernements du Golfe d’agir avant que Trump ne « transforme la région en boule de feu ».
  • Trump a fixé à l’Iran un ultimatum expirant ce lundi : conclure un accord ou subir ce qu’il appelle lui-même le « déchaînement des enfers », une formulation qui a visiblement franchi les dernières lignes rouges du diplomate.
  • El-Baradei a interpellé nommément les Nations unies, la Chine, la Russie — et Emmanuel Macron. Que la France figure dans cette liste aux côtés des grandes puissances dit tout du rôle que Paris est encore attendu à jouer dans la crise.
  • Quand un artisan du multilatéralisme en est réduit à supplier sur les réseaux sociaux, c’est que les mécanismes habituels de régulation internationale semblent, à ses yeux, inopérants ou trop lents face à l’urgence des prochaines heures.

Mohamed el-Baradei n’est pas un commentateur ordinaire. L’ancien directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, prix Nobel de la paix en 2005, homme qui a passé des années à négocier pied à pied avec Téhéran sur son programme nucléaire, a pris la parole ce dimanche sur le réseau social X avec une brutalité inhabituelle pour un diplomate de sa trempe.

Il a adressé un appel direct aux gouvernements du Golfe :

« Aux gouvernements du Golfe : une fois de plus, s’il vous plaît, faites tout ce qui est en votre pouvoir avant que ce fou ne transforme la région en boule de feu. »

Le « fou » en question, c’est Donald Trump. El-Baradei, 83 ans, réagissait au message du président américain fixant à l’Iran un ultimatum expirant ce lundi : conclure un accord ou voir le détroit d’Ormuz rouvert de force, sous peine, selon les propres termes de Trump, de « déchaîner les enfers ».

Dans une seconde publication en anglais, l’ancien chef de l’AIEA reproduisait ce message trumpien et lançait une interrogation qui résonne comme un cri d’alarme : « Rien ne peut être fait pour arrêter cette folie ?! » Il interpellait nommément les Nations unies, les gouvernements chinois et russe, le Conseil européen et Emmanuel Macron.

Macron dans la liste des interpellés

La mention du président français aux côtés de Pékin, Moscou et de l’ONU n’est pas anodine. El-Baradei ne s’adresse pas à n’importe qui : il choisit ceux qu’il estime susceptibles de peser, ou du moins d’essayer de peser sur la trajectoire d’un conflit qu’il juge en train de s’emballer. Que la France figure dans cette liste dit quelque chose de l’attente internationale envers Paris dans les crises du Moyen-Orient.

Ce qui frappe dans cette séquence, c’est la nature même de l’alerte. El-Baradei n’est pas un opposant idéologique à Washington, ni un militant anti-américain. C’est un homme qui a œuvré pendant plus d’une décennie au sein du système multilatéral international, souvent en coordination étroite avec les grandes puissances occidentales. Lorsqu’un tel profil emploie le mot « fou » et parle de « folie », ce n’est pas de la rhétorique : c’est le signe que les lignes ont été franchies au-delà de ce que même les artisans traditionnels du dialogue peuvent absorber.

L’urgence de son appel tient aussi à la temporalité : il parle d’un délai de 48 heures, d’un ultimatum, d’une fenêtre qui se referme. La diplomatie, par définition, a besoin de temps. Les injonctions à délai ultra-court sont son ennemie naturelle. El-Baradei, qui a conduit des négociations longues et complexes avec l’Iran entre 1997 et 2009, sait mieux que quiconque ce que signifie compresser à l’extrême le temps de la négociation.

La question posée en creux par cette prise de position est simple : qui, aujourd’hui, est en mesure de faire entendre une voix de raison ? Les Nations unies sont interpellées, mais leur capacité d’action rapide dans une telle configuration reste structurellement limitée. La Chine et la Russie sont citées, ce qui dit quelque chose de l’état du rapport de forces perçu. La France, dont la tradition diplomatique dans la région est réelle, est également appelée à se manifester.

El-Baradei ne propose pas de solution. Il lance une alerte. Il demande que quelqu’un agisse avant que l’irréparable ne soit commis. C’est, en soi, un aveu sur l’état du monde : quand un Nobel de la paix en est réduit à supplier sur les réseaux sociaux que « quelque chose » soit fait, c’est que les mécanismes habituels de régulation semblent, à ses yeux, inopérants ou trop lents.

La balle est désormais dans le camp de ceux qu’il a interpellés. Emmanuel Macron en fait partie. Que Paris réponde ou non, et de quelle manière, constituera en soi une réponse.


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