🔥 Les essentiels de cette actualité
- Le Centcom a offert vendredi 20 millions de dollars, « et un possible déménagement », pour des informations sur les installations, équipements et personnels du programme nucléaire iranien.
- Pourquoi mettre une prime sur un programme que Donald Trump disait « neutralisé » le 1er novembre, tout en admettant qu’il restait « un ou deux sites », dont le mont Kolang ?
- Téhéran joue du détroit d’Ormuz : des dérogations sont accordées à l’Irak, au Qatar, à l’Inde et à la Chine, et la reprise des négociations est liée à sept conditions.
- Les capitales du Golfe saisiront-elles la main tendue par Abbas Araghchi, ou l’attaque d’un « dernier site » rouvrira-t-elle le conflit avant leur choix ?
Les élections de mi-mandat sont passées, et la guerre déclenchée en février par les frappes américano-israéliennes reste suspendue à une décision. Jeudi 5 novembre, Donald Trump a répété que les États-Unis pourraient détruire « le reste de l’Iran ». Vendredi, le Centcom offrait 20 millions de dollars, « et un possible déménagement », à quiconque fournirait des informations sur les installations, les équipements et le personnel du programme nucléaire iranien.
Ces deux annonces se contredisent en partie. Le 1er novembre, le président américain assurait avoir « neutralisé » les capacités nucléaires iraniennes, tout en admettant qu’il restait « un ou deux sites » à traiter, dont le mont Kolang, que les renseignements américains soupçonnent d’abriter un complexe souterrain. Or on ne met pas de prime sur ce que l’on a détruit. Cette offre suggère plutôt que Washington manque de renseignements sur ce qui subsiste, et qu’une montagne fortifiée résiste mieux à la puissance aérienne qu’un discours ne le laisse entendre.
Ormuz, levier de souveraineté
Téhéran, lui, joue de sa géographie. Il conditionne toute reprise des négociations au respect concret de sept conditions, et accorde des dérogations aux restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz à l’Irak, au Qatar, à l’Inde et à la Chine. Ce tri n’a rien d’anodin : il transforme un goulet d’étranglement en instrument de hiérarchisation des partenaires, et rappelle aux importateurs d’énergie que leur approvisionnement dépend d’abord de leur relation avec l’Iran.
C’est dans ce cadre que s’inscrit l’offensive de Abbas Araghchi, qui a joint plusieurs dirigeants du Golfe en 48 heures avec un message simple : l’insécurité collective ou la sécurité régionale. Pour des monarchies dont la protection repose sur l’allié américain, la question est inconfortable. Elles ne peuvent ignorer qu’elles sont exposées en première ligne à une guerre qu’elles n’ont pas décidée. Mais la proposition iranienne n’est pas désintéressée : elle vise, à long terme, à réduire au maximum l’influence américaine dans la région. Le Golfe se voit offrir une autonomie dont l’Iran serait le principal bénéficiaire.
À l’Est, Mohsen Rezaei a rencontré Vladimir Poutine à Moscou le 5 novembre pour évoquer des gazoducs entre la Russie et l’Iran. Ce projet diversifie les appuis iraniens, mais il crée aussi un lien d’interdépendance que Téhéran devra mesurer.
Le rapport de force est asymétrique. Washington dispose de la puissance de feu, mais sa menace perd en crédibilité à mesure que ses objectifs se brouillent, au lendemain d’un revers électoral. Téhéran dispose du temps, du détroit et de la division de ses voisins. Il reste à observer si les capitales du Golfe saisiront cette main tendue ou si l’attaque d’un « dernier site » rouvrira le conflit avant qu’elles aient choisi.
