🔥 Les essentiels de cette actualité
- Le Centcom a annoncé samedi un groupe de travail de vingt membres, civils et militaires, basé en Floride, pour empêcher le transit d’armes et de revenus illégaux par les routes terrestres de l’Iran.
- Après le blocus des ports, comment Washington compte-t-il peser sur sept pays voisins (Pakistan, Afghanistan, Turkménistan, Azerbaïdjan, Arménie, Turquie, Irak) qu’il ne contrôle pas ?
- Le Centcom affirme que le blocus a privé l’Iran de plus de 25 milliards de dollars d’exportations de brut. Le chiffre émane d’une seule des parties.
- Quelle marge pour la Turquie, membre de l’OTAN, face à la menace de sanctions secondaires, alors que les Gardiens de la Révolution jugent le projet voué à l’échec ?
Le blocus des ports iraniens, que l’armée américaine impose depuis plusieurs mois, relevait d’un avantage que Washington maîtrise : la suprématie navale. Le groupe de travail annoncé samedi par le Centcom change de nature. Contrôler les routes terrestres, c’est dépendre de territoires que les États-Unis ne tiennent pas.
Sur le papier, la structure est modeste : vingt membres, civils et militaires, basés en Floride, chargés de travailler avec les agences gouvernementales pour empêcher le transit « de systèmes d’armes de pointe, de technologies à double usage, de matériaux soumis à des sanctions et de flux de revenus illégaux ». Son efficacité ne tiendra pas à ses effectifs, mais aux sept voisins de l’Iran : Pakistan, Afghanistan, Turkménistan, Azerbaïdjan, Arménie, Turquie et Irak. La Caspienne ouvre en outre une frontière maritime que les États-Unis ne contrôlent pas davantage.
Sept voisins, sept calculs
Chacun de ces États a ses intérêts. Un voisin de l’Iran vit de son commerce frontalier, de son énergie ou de sa stabilité. Aucun n’a de raison évidente de sacrifier ces liens pour appliquer une politique de sanctions décidée à Washington. Le groupe de travail est donc d’abord un instrument de pression diplomatique : il exposera ces capitales à des demandes de contrôle, de renseignement et de coopération douanière, avec la menace sous-jacente de sanctions secondaires. C’est là que la souveraineté de pays tiers est en jeu. Ils devront arbitrer entre un accès au système financier et aux faveurs américaines et leurs équilibres régionaux. La Turquie, membre de l’OTAN, est la plus exposée à cet arbitrage.
Ce que le blocus a, et n’a pas, produit
Le Centcom affirme que le blocage des ports a empêché l’Iran d’exporter pour plus de 25 milliards de dollars de pétrole brut. Le chiffre est une déclaration de l’une des parties. Il n’en reste pas moins que Washington annonçait déjà en août viser l’« asphyxie » d’une économie « déjà exsangue ». Que l’on étende aujourd’hui le dispositif aux frontières terrestres suggère, par inférence, que la voie maritime seule n’a pas suffi à produire l’effet recherché. Et l’Iran garde une carte maîtresse : le détroit d’Ormuz, où il s’en prend régulièrement aux navires qui passent sans son autorisation.
Téhéran, par la voix du porte-parole des Gardiens de la Révolution, Hossein Mohebi, juge le projet voué à l’échec et assure que les États-Unis sont « incapables de bloquer » ses voies de communication avec ses voisins. La déclaration est celle d’un belligérant, mais elle touche un point réel : une frontière terrestre se surveille mal, et chaque État riverain dispose d’une capacité de refus ou de complaisance.
L’initiative américaine est cohérente avec sa logique : priver l’adversaire de ressources pour reconstituer son appareil militaire. Mais elle déplace l’effort du terrain où Washington domine vers celui où il doit convaincre. L’issue dépendra moins du groupe de Floride que de ce que choisiront Ankara, Bakou, Erevan, Bagdad, Islamabad, Kaboul et Achgabat. C’est à leurs réponses qu’il faudra mesurer la portée réelle de ce blocus.
