Israël : un gouvernement accro à la guerre, aveugle à ses propres limites

Israël : un gouvernement accro à la guerre, aveugle à ses propres limites Israël : un gouvernement accro à la guerre, aveugle à ses propres limites

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Netanyahu a ordonné une frappe sur Beyrouth pour provoquer une riposte iranienne et forcer Trump à abandonner ses négociations avec Téhéran.
  • Pourquoi l’Iran n’a-t-il pas riposté, privant ainsi Israël de l’escalade qu’il cherchait à déclencher ?
  • Trump aurait qualifié Netanyahu d’homme sans « jugement », signalant une fracture inédite entre les deux alliés historiques.
  • L’accord américano-iranien en cours ignore le programme balistique iranien et ses proxies régionaux : quelles conséquences pour la sécurité d’Israël ?

La tentative israélienne de faire dérailler l’accord entre Washington et Téhéran a échoué. Benjamin Netanyahu pensait que frapper le quartier de la Dahiyeh, à Beyrouth, ce dimanche, provoquerait une riposte iranienne suffisamment violente pour relancer la guerre et contraindre Donald Trump à rompre ses négociations avec la République islamique. Il n’en fut rien. L’Iran n’a pas mordu à l’hameçon. Trump a tenu bon. Et Israël s’est retrouvé seul avec ses décombres diplomatiques.

Ce fiasco n’est pas anodin. Il révèle quelque chose de fondamental sur la nature du pouvoir tel que Netanyahu le conçoit : une pensée exclusivement militaire, une lecture du monde réduite à la menace et à la frappe, une incapacité structurelle à intégrer le fait que la force, seule, ne suffit pas à façonner la réalité géopolitique. Quand le Premier ministre israélien a ordonné cette frappe sur Beyrouth, il n’agissait pas en stratège cherchant à sécuriser son pays. Il agissait en tacticien du chaos, cherchant à torpiller une diplomatie qui ne lui convenait pas.

« Netanyahu n’a aucun putain de jugement. »

Cette phrase, rapportée comme étant celle de Donald Trump après les frappes israéliennes sur Beyrouth, résume avec une brutalité peu diplomatique ce que nombre d’observateurs pensent en silence depuis des mois. Qu’elle soit authentique ou non, elle cristallise une réalité que les faits eux-mêmes valident : le Premier ministre israélien a tenté de forcer la main de son principal allié, et cet allié n’a pas suivi.

Un homme seul contre un accord

L’accord américano-iranien en cours de finalisation ne mentionne pas le programme balistique de l’Iran, ni ses réseaux d’alliés régionaux, selon les premières informations de l’agence semi-officielle iranienne Mehr. Pour Israël, ce double silence est inacceptable. Mais la manière choisie par Netanyahu pour exprimer ce refus, à savoir déclencher une frappe militaire sur une capitale étrangère dans l’espoir de provoquer une escalade qui contraindrait Washington à changer de cap, dépasse la simple divergence stratégique. C’est un acte de sabotage délibéré contre la politique étrangère de l’administration Trump.

Ce que ce calcul révèle, c’est une conception profondément dysfonctionnelle des rapports de force. Netanyahu semble avoir cru, ou feint de croire, qu’il pouvait manipuler les États-Unis en manipulant l’Iran. Que Téhéran, provoqué, réagirait. Que Washington, entraîné, renoncerait à l’accord. C’est une logique du pire érigée en stratégie d’État. Et elle a échoué parce que l’Iran, lui, a fait preuve d’une maîtrise stratégique que ses adversaires ont souvent eu tort de lui dénier.

Plus grave encore : après cet échec, aucune remise en question n’est venue de Jérusalem. Aucune inflexion, aucune leçon tirée, aucune humilité. Comme si le fiasco lui-même ne comptait pas, comme si l’essentiel était de continuer à frapper, à menacer, à exister dans l’action militaire permanente, indépendamment de ses résultats. C’est peut-être là la vérité la plus troublante de cette séquence : non pas l’échec de la manœuvre, mais l’imperméabilité totale de ses auteurs à cet échec.

La question que Washington ne peut plus éviter

La question qui se pose désormais n’est plus seulement celle des relations entre Israël et l’Iran. C’est celle de la relation entre Israël et les États-Unis. Car si Netanyahu était prêt à compromettre une négociation diplomatique menée par son propre parrain stratégique, la question du soutien inconditionnel américain à Tel-Aviv mérite d’être posée avec une franchise que la diplomatie officielle s’autorise rarement.

Trump, en intervenant pour faire annuler la riposte iranienne après les frappes sur Beyrouth, a de facto protégé Israël des conséquences de ses propres choix. Mais ce faisant, il a aussi signalé quelque chose d’important : les États-Unis ont désormais leurs propres intérêts dans cette désescalade avec Téhéran, et ces intérêts ne coïncident pas nécessairement avec ceux de Netanyahu. La prochaine fois qu’Israël voudra jouer avec le feu, il n’est plus garanti que Washington étouffera l’incendie.

C’est ce changement de paradigme que l’on doit lire dans la séquence de ces derniers jours. Non pas un simple accroc dans une relation bilatérale robuste, mais le signe que l’asymétrie traditionnelle, dans laquelle Israël bénéficiait d’un soutien américain quasi inconditionnel quelle que soit sa politique, est en train de se fissurer sous la pression d’intérêts divergents. Netanyahu a voulu imposer son agenda à Trump. Trump ne l’a pas suivi. Et Israël, pour la première fois depuis longtemps, s’est retrouvé à agir seul, sans filet.

Ce que cette crise expose, au fond, c’est la limite d’une stratégie qui confond puissance militaire et puissance politique. Israël dispose d’une armée redoutable. Mais la capacité de frapper n’est pas la capacité de décider. Le vrai pouvoir, en géopolitique, appartient à celui qui fixe le cadre des négociations, qui définit les règles du jeu et qui oblige les autres à jouer selon ses termes. Dans la séquence qui vient de s’achever, ce n’est pas Benjamin Netanyahu qui a tenu ce rôle.

Source : haaretz.com


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