Syrie, Turquie, Qatar, Pakistan : Israël élargit encore le cercle de ses ennemis

Syrie, Turquie, Qatar, Pakistan : Israël élargit encore le cercle de ses ennemis Syrie, Turquie, Qatar, Pakistan : Israël élargit encore le cercle de ses ennemis

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Depuis décembre 2024, Israël a mené 1 128 incursions terrestres en Syrie, progressant de plus de vingt kilomètres au-delà du Golan occupé.
  • Le ministre Amichai Chikli désigne la Turquie, le Qatar et le Pakistan comme un « axe du mal sunnite », jugé plus dangereux que l’Iran. Pourquoi ce cercle de l’ennemi s’élargit-il aussi vite ?
  • Ahmad al-Sharaa a refusé d’engager ses forces au Liban sous pression américaine. Quelles conséquences pour sa légitimité régionale face à l’occupation israélienne de son propre territoire ?
  • Israël revendique désormais la démilitarisation totale du sud syrien. Cette posture offensive peut-elle encore être qualifiée de défensive par la communauté internationale ?

Les déclarations du ministre israélien des Affaires de la diaspora, Amichai Chikli, méritent qu’on s’y arrête. Non pas parce qu’elles sont surprenantes, mais précisément parce qu’elles sont révélatrices. Sur la radio de l’armée israélienne, ce membre du Likoud a affirmé qu’Israël « sera en guerre avec la Syrie tôt ou tard », désignant l’alliance entre Damas et Ankara comme un « défi stratégique ». Quelques heures plus tard, sur une autre antenne, il allait plus loin encore : la Syrie, la Turquie, le Qatar et le Pakistan formeraient un « axe du mal sunnite radical », « dix mille fois plus préoccupant que l’Iran ». Le tout formulé avec une assurance qui, loin de masquer une analyse, révèle une posture.

Ce qui frappe dans ces propos, ce n’est pas leur violence rhétorique, on en a l’habitude. C’est leur logique implicite : tout voisin disposant d’une capacité militaire, d’ambitions régionales ou d’une indépendance diplomatique devient une menace existentielle. La Syrie d’Ahmad al-Sharaa, dont le gouvernement est à peine consolidé, est déjà présentée comme incompatible avec l’existence d’Israël. La Turquie d’Erdogan, membre de l’OTAN et puissance régionale établie, est qualifiée d’« État ennemi » par des parlementaires du Likoud. Le cercle de l’ennemi s’élargit au rythme des ambitions d’Israël.

Une occupation qui cherche sa doctrine

Derrière les mots, les faits sont accablants. Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, l’armée israélienne occupe des territoires syriens au-delà de la ligne de démarcation de 1973. Selon un comptage quotidien réalisé par Levant24, les forces israéliennes ont mené environ 1 128 incursions terrestres et 1 055 frappes aériennes, progressant de plus de 20 kilomètres au-delà du Golan occupé. Ces opérations ont entraîné au moins 197 détentions et 36 morts. Benjamin Netanyahu exige désormais la démilitarisation totale du sud de la Syrie jusqu’à cette ligne de 1973.

Ce n’est pas de la défense. C’est de l’expansion. Et le ministre de la Guerre Israël Katz l’a exprimé sans détour sur la chaîne 14 : « Savez-vous ce qui fait vraiment mal aux jihadistes ? Ce n’est pas de les tuer, c’est quand vous leur prenez leur territoire et que vous détruisez leurs maisons. C’est ce que nous avons fait. » On cherchera en vain, dans cette phrase, la moindre référence à un droit, à une légalité, à une proportionnalité. Il s’agit d’une doctrine assumée : la punition collective et la conquête territoriale comme instruments de sécurité.

« Il n’y a aucune façon qu’un régime jihadiste enraciné dans Daech et Al-Qaïda, dont l’aspiration est l’unification de Jérusalem, puisse vivre en paix aux côtés de l’État d’Israël. » Amichai Chikli, ministre israélien des Affaires de la diaspora

Cette formulation mérite d’être pesée. Elle présuppose que le gouvernement syrien actuel, quelle que soit son évolution, est par nature irréformable et incompatible avec la paix. Elle ferme par avance toute issue diplomatique. Elle prépare l’opinion israélienne et internationale à accepter l’inévitabilité d’un conflit que Tel Aviv aurait ainsi décidé unilatéralement d’engager.

Sharaa résiste, Washington s’impatiente

Face à cette pression, la posture d’Ahmed al-Sharaa est instructive. Les États-Unis auraient souhaité que le nouveau dirigeant syrien engage ses forces militaires au Liban pour désarmer le Hezbollah, dans le cadre d’un plan promu par Donald Trump. Sharaa a refusé. Selon des médias israéliens, il s’est dit « ni préparé ni disposé » à mener cette offensive, craignant qu’elle n’entame sa légitimité régionale en donnant l’impression de servir les intérêts israéliens, au moment même où Israël occupe une partie de son territoire. Il a qualifié les rapports sur une telle opération de « rumeurs », affirmant vouloir mettre fin à la guerre plutôt que l’étendre.

Ce refus est politiquement rationnel. Un dirigeant syrien qui enverrait ses troupes combattre au Liban sous l’égide américaine, pendant qu’Israël contrôle des portions croissantes de son propre territoire, serait immédiatement délégitimé dans l’ensemble du monde arabe. Sharaa le sait. Et ce calcul, aussi simple soit-il, suffit à expliquer sa résistance aux pressions de Washington.

Katz, de son côté, a balayé toute idée de coopération avec Damas : « Nous n’avons pas besoin de Julani. Julani, le terroriste en costume, n’a pas à venir nous aider. » Le message est limpide : Israël n’a pas l’intention de traiter la Syrie comme un partenaire, ni même comme un interlocuteur. Il entend la traiter comme un terrain d’opérations.

Ce que révèle l’ensemble de ces déclarations, c’est une stratégie qui se passe désormais de justification défensive. Israël n’affirme plus seulement agir en réponse à une menace imminente. Il affirme agir parce qu’il le peut, parce que la Syrie est fragmentée, parce que les États-Unis couvrent diplomatiquement l’opération, et parce que l’Europe regarde ailleurs. La fenêtre d’opportunité est identifiée, et elle est exploitée méthodiquement. La question qui demeure est de savoir jusqu’où cette logique expansionniste peut aller avant de rencontrer une résistance, régionale, internationale ou interne, suffisamment forte pour l’interrompre.

Source : zerohedge.com


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