🔥 Les essentiels de cette actualité
- Netanyahu rejette publiquement le cadre américain de paix à Gaza, exigeant le désarmement total du Hamas avant tout retrait militaire israélien.
- Pourquoi le ministre Bezalel Smotrich exerce-t-il une pression décisive sur Netanyahu, au point de dicter la ligne rouge face à Washington ?
- Deux horloges électorales s’affrontent : élections israéliennes en octobre, mi-mandat américain en novembre, chacune conditionnant la marge de manœuvre des deux dirigeants.
- Trump aurait traité Netanyahu de « fou » lors d’un appel du 1er juin. Quelles conséquences réelles sur une alliance présentée officiellement comme « solide » ?
La relation entre Washington et Israël traverse une séquence particulièrement révélatrice. Il ne s’agit pas encore d’une rupture stratégique entre les États-Unis et Israël, mais d’une tension devenue suffisamment visible pour exposer les intérêts parfois contradictoires de Donald Trump et Benjamin Netanyahu. À moins de trois mois d’échéances électorales majeures dans les deux pays, Gaza et l’Iran ne sont plus seulement des dossiers géopolitiques : ils deviennent aussi des instruments de survie politique pour deux dirigeants dont les priorités commencent à diverger.
Dimanche, Benjamin Netanyahu a publiquement rejeté le cadre approuvé par Washington pour la prochaine phase du plan de paix de Donald Trump à Gaza. Le mécanisme prévoyait un processus graduel et réciproque : le Hamas devait progressivement abandonner ses armes tandis que les forces israéliennes se retireraient par étapes des plus de 60 % de Gaza qu’elles occupent actuellement. Trump avait salué ce cadre de démilitarisation comme une avancée « historique ». Netanyahu a refusé cette logique, exigeant que toutes les armes du Hamas soient d’abord remises et que tous ses tunnels soient détruits avant tout nouveau retrait israélien.
« Nous pouvons et savons tenir bon, même face à nos meilleurs amis quand c’est nécessaire. »
Cette déclaration mérite une lecture stratégique autant que politique. Netanyahu doit composer avec la pression de l’aile la plus dure de sa coalition. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a qualifié le plan américain de « dangereux pour Israël » et exige lui aussi le désarmement complet du Hamas avant tout retrait. La politologue Gayil Talshir, de l’Université hébraïque de Jérusalem, estime que Smotrich et les parlementaires issus de la droite des colons exercent aujourd’hui une influence déterminante sur la politique du Premier ministre. Netanyahu se retrouve ainsi pris entre les engagements donnés à Trump et une droite qui refuse tout recul israélien, y compris jusqu’à la « ligne jaune » séparant les zones sous contrôle militaire israélien du reste de Gaza.
Cette contrainte intérieure est d’autant plus forte que Netanyahu se prépare à la première élection israélienne depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Les enquêtes d’opinion citées par le Washington Post indiquent qu’en l’état actuel, son camp aurait des difficultés à former une nouvelle coalition, tandis que plusieurs partis d’opposition pourraient atteindre ensemble les 61 sièges nécessaires pour contrôler la Knesset. Ses principaux rivaux comprennent notamment l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot et l’ancien Premier ministre Naftali Bennett. À cette menace électorale s’ajoute la situation judiciaire personnelle de Netanyahu, toujours poursuivi pour fraude, abus de confiance et corruption dans trois affaires ouvertes depuis plus de six ans.
Trump et Netanyahu pris au piège de deux calendriers électoraux
De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump affronte une contrainte différente. À l’approche des élections américaines de mi-mandat, sa popularité recule et son bilan international devient un problème politique, notamment en raison d’une guerre contre l’Iran de plus en plus impopulaire dans l’opinion américaine. Michael Milshtein, analyste au Centre Moshe Dayan de l’Université de Tel-Aviv, souligne que Trump a besoin de résultats visibles avant les midterms alors que les dossiers iranien et ukrainien restent enlisés. Gaza représente donc pour la Maison-Blanche l’un des rares terrains sur lesquels une avancée diplomatique rapide pourrait être présentée comme un succès.
Brent Buchanan, fondateur du cabinet républicain de sondage Cygnal, souligne de son côté que les électeurs américains restent avant tout préoccupés par l’économie et le coût de la vie. Selon lui, l’appétit du public pour de nouvelles dépenses d’énergie politique sur les crises internationales est extrêmement faible. Le problème pour Trump est donc simple : chaque mois supplémentaire passé sans résultat à Gaza ou en Iran renforce l’image d’un président entraîné dans des conflits extérieurs alors qu’une partie de sa base avait précisément voté pour une doctrine « America First » hostile aux nouvelles guerres.
Aaron David Miller, ancien négociateur américain pour le Proche-Orient et aujourd’hui chercheur au Carnegie Endowment for International Peace, estime que la relation entre Washington et Israël traverse un niveau de tension exceptionnel, chacun des deux dirigeants jouant désormais pour son propre électorat. Mais il souligne également une réalité essentielle : Trump et Netanyahu restent deux hommes politiques rompus aux rapports de force et continuent d’avoir besoin l’un de l’autre, Netanyahu davantage encore que Trump. L’alliance n’est donc pas rompue. Elle entre dans une phase où chacun tente d’utiliser l’autre sans sacrifier ses propres intérêts électoraux.
C’est précisément pourquoi l’ancien ambassadeur américain en Israël Tom Nides décrit encore cette confrontation comme une forme de mise en scène politique : déclarations publiques musclées, démonstrations d’indépendance et refus ostensibles, sans rupture, pour l’instant, des fondements de la relation américano-israélienne. La Maison-Blanche n’a d’ailleurs pas publiquement riposté aux déclarations de Netanyahu. Un responsable américain cité anonymement par le Washington Post a assuré que Trump conservait une relation solide avec le Premier ministre et qu’Israël restait un allié majeur des États-Unis. Derrière le spectacle de la confrontation, l’appareil de l’alliance continue donc de fonctionner.
Gaza et Iran : les limites de l’influence américaine sur Netanyahu
Ce qui rend cette séquence particulièrement révélatrice est la difficulté rencontrée par Washington pour imposer son calendrier à un allié pourtant extraordinairement dépendant de la puissance américaine. Le différend dépasse désormais Gaza. Brian Katulis, ancien responsable américain en matière de défense et de politique étrangère aujourd’hui au Middle East Institute, estime que l’imprévisibilité revendiquée de Trump commence à affaiblir sa capacité à obtenir des résultats au Moyen-Orient. La question devient alors embarrassante pour Washington : jusqu’où la première puissance mondiale peut-elle réellement contraindre Netanyahu lorsque les intérêts politiques et militaires du dirigeant israélien cessent de coïncider avec ceux de la Maison-Blanche ?
Cette divergence était déjà apparue brutalement autour du Liban et de l’Iran. Le 1er juin, Axios a révélé un appel particulièrement tendu au cours duquel Trump s’en est pris violemment à Netanyahu, le qualifiant de « fou » selon plusieurs sources informées de la conversation. Le président américain cherchait alors à empêcher une frappe israélienne massive sur Beyrouth susceptible de compromettre ses négociations avec Téhéran. Trump a ensuite confirmé publiquement la violence de l’échange. Netanyahu a parallèlement poussé Washington à étendre les attaques contre l’Iran, tandis que, selon Aaron David Miller, Trump lui aurait fait comprendre que ce conflit n’était désormais plus le sien. Cette confrontation expose une divergence stratégique réelle : Netanyahu cherche à préserver une liberté d’action militaire maximale, tandis que Trump veut désormais convertir les rapports de force militaires en résultats diplomatiques qu’il puisse présenter à son électorat.
Sur le terrain, certains éléments du plan américain continuent pourtant d’avancer. Selon des informations de la presse israélienne citées par le Washington Post, les forces israéliennes doivent désormais obtenir l’autorisation du chef d’état-major avant certaines éliminations ciblées visant des combattants qui ne constituent pas une menace immédiate. Nickolay Mladenov, chargé de superviser le cessez-le-feu à Gaza, a également rappelé que ni Israël ni les autres parties ne sont tenus d’accomplir des mesures irréversibles avant que les étapes précédentes aient été vérifiées sur le terrain. Le processus peut donc progresser progressivement, mais également être interrompu à chaque étape.
Netanyahu devrait désormais chercher à repousser toute discussion décisive sur un retrait israélien jusqu’après les élections. Michael Milshtein estime que la véritable inconnue est de savoir si Trump acceptera de lui accorder ce délai. C’est là que la tension prend tout son sens : les deux dirigeants restent alliés, mais leurs calendriers ne coïncident plus. Netanyahu doit convaincre une droite israélienne qui lui interdit de paraître céder sur Gaza ; Trump doit montrer à son propre électorat qu’il sait mettre fin aux guerres dans lesquelles son administration s’est engagée. Derrière les sourires, les décorations et les déclarations d’amitié, l’alliance américano-israélienne révèle ainsi sa nature la plus froide : une convergence d’intérêts puissante, mais jamais inconditionnelle, qui commence à se tendre dès que le maintien au pouvoir de chacun exige quelque chose de différent de l’autre.
Source : washingtonpost.com

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