🔥 Les essentiels de cette actualité
- Le Brent a franchi les 102 dollars le baril avant de refluer, avec une hausse hebdomadaire atteignant 16 % la semaine précédente.
- Pourquoi les Houthis yéménites ont-ils proclamé un embargo maritime ciblant l’Arabie Saoudite en mer Rouge, ouvrant un second front logistique mondial ?
- Goldman Sachs anticipe un Brent à plus de 120 dollars au quatrième trimestre si les perturbations au détroit d’Ormuz persistent.
- Jusqu’où les marchés financiers, portés par l’IA, pourront-ils ignorer la prime de risque géopolitique avant une réévaluation brutale des actifs mondiaux ?
Le retour du pétrole au-dessus de 100 dollars le baril ne constitue pas seulement un mouvement de marché. Il révèle à quel point l’économie mondiale reste dépendante de quelques passages maritimes exposés aux guerres et aux rapports de force régionaux. Le détroit d’Ormuz est effectivement fermé dans le contexte de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, tandis que les attaques houthies contre des navires en mer Rouge font craindre une fermeture du détroit de Bab Al Mandeb. Cette double tension pousse les marchés à intégrer une prime de risque plus élevée et fait redouter un choc logistique susceptible de maintenir durablement les prix de l’énergie à un niveau élevé.
Le Brent a progressé de près de 10 % sur la semaine, après une hausse hebdomadaire de 16 % la semaine précédente. Il a bondi de 7 % jeudi pour atteindre un plus haut de deux mois à 102 dollars, avant de clôturer vendredi en baisse de 3,88 %, à 96,78 dollars le baril. Le WTI américain a terminé à 89,31 dollars, en recul de 3,12 % sur la séance, mais en hausse d’environ 8,3 % sur la semaine. Goldman Sachs estime que le Brent pourrait dépasser 120 dollars au quatrième trimestre si les perturbations dans le détroit d’Ormuz persistent. Ce niveau reste un scénario conditionnel, mais il montre que les marchés ne tablent plus automatiquement sur une normalisation rapide.
Deux détroits, une économie mondiale sous pression
Les Houthis du Yémen ont annoncé un « embargo maritime » contre l’Arabie saoudite et lancé des attaques contre des navires transportant du pétrole produit par des membres de l’OPEP. Ces opérations en mer Rouge font craindre une fermeture du détroit de Bab Al Mandeb, au moment où la guerre entre Washington et Téhéran a déjà entraîné la fermeture effective du détroit d’Ormuz. Soojin Kim, analyste chez MUFG, estime que l’exposition simultanée de ces deux routes oblige le marché à intégrer le risque d’un choc d’approvisionnement logistique plus large : « Ormuz et la mer Rouge étant désormais tous deux exposés à des perturbations, le marché intègre de plus en plus le risque d’un choc d’approvisionnement logistique plus large. Le Brent pourrait ainsi se maintenir durablement au-dessus de 100 dollars le baril si les hostilités se poursuivent. »
« Si les prix restent durablement supérieurs à 100 dollars, les conséquences pour l’économie mondiale pourraient être importantes. La hausse des coûts de l’énergie se répercuterait progressivement sur les transports, l’industrie et l’alimentation, freinant les récents progrès contre l’inflation et augmentant la probabilité que les grandes banques centrales maintiennent leurs taux élevés plus longtemps », avertit Noureldeen Al Hammoury, stratégiste en chef des marchés chez Equiti Group.
La hausse du pétrole ne reste jamais cantonnée aux marchés énergétiques. Elle renchérit les transports et les processus industriels, puis se répercute progressivement sur le prix des biens et de l’alimentation. Pour les économies importatrices, ce choc réduit le pouvoir d’achat, comprime la consommation et augmente les coûts supportés par les entreprises. Les analystes redoutent ainsi que la flambée du brut efface une partie des progrès récemment enregistrés contre l’inflation mondiale.
Les banques centrales se retrouvent ainsi prises entre une inflation susceptible de repartir et une activité économique menacée de ralentissement. Aux États-Unis, la hausse des prix à la consommation avait décéléré plus fortement que prévu en juin, notamment grâce au recul de l’énergie après un cessez-le-feu temporaire entre Washington et Téhéran. Cette amélioration est désormais menacée par la reprise des hostilités et la nouvelle flambée du brut. La Réserve fédérale a maintenu ses taux inchangés le mois dernier, mais certains responsables ont indiqué que sa prochaine décision pourrait être une hausse. Une énergie durablement chère pourrait donc retarder tout assouplissement monétaire et prolonger le coût élevé du crédit.
La résilience des marchés financiers, jusqu’à quand ?
Les marchés financiers sont jusqu’ici restés « remarquablement résistants », soutenus par l’optimisme entourant l’intelligence artificielle et par les solides résultats des entreprises. Cette résistance ne signifie pas qu’ils ignorent totalement la guerre, mais qu’ils continuent de privilégier les perspectives de bénéfices malgré la dégradation géopolitique. Noureldeen Al Hammoury identifie toutefois un point de rupture : si le pétrole se maintient au-dessus de 100 dollars au moment où l’activité économique ralentit, les investisseurs pourraient rapidement revenir aux fondamentaux macroéconomiques, « augmentant le risque d’une réévaluation plus large des actifs à l’échelle mondiale ».
Cette résistance peut se prolonger tant que les résultats des entreprises et l’enthousiasme technologique compensent la montée des risques énergétiques. Mais si la hausse du pétrole réduit les marges, freine la consommation et entretient des taux d’intérêt élevés, les investisseurs pourraient être contraints de réviser rapidement leurs valorisations. Les marchés misent encore sur la possibilité d’un apaisement : Al Hammoury estime que la prime de risque géopolitique pourrait diminuer assez vite si les tensions retombaient. Une nouvelle escalade touchant les infrastructures énergétiques ou les grandes routes maritimes produirait l’effet inverse et maintiendrait les cours à un niveau élevé.
Donald Trump a menacé l’Iran et les Houthis d’un « châtiment militaire majeur » si les attaques contre les navires se poursuivaient. Cette déclaration ajoute une nouvelle menace d’escalade à une crise dont les conséquences dépassent déjà le champ militaire. Chaque frappe supplémentaire contre une infrastructure énergétique ou une route maritime stratégique peut prolonger la hausse des prix et transmettre le coût du conflit aux économies importatrices. Pour les marchés, l’enjeu décisif n’est donc pas seulement la rhétorique de Washington, mais la capacité des infrastructures du Golfe et de la mer Rouge à continuer de fonctionner.
La question centrale est désormais de savoir combien de temps les économies importatrices pourront supporter un pétrole durablement supérieur à 100 dollars. Une telle situation alimenterait l’inflation, maintiendrait les taux d’intérêt à un niveau élevé et affaiblirait simultanément la consommation et l’activité. The National ne parle pas directement de stagflation, mais les risques qu’il décrit en réunissent les principaux ingrédients : une croissance ralentie et des prix toujours élevés. Derrière les menaces militaires et les mouvements quotidiens du baril se dessine ainsi une réalité plus large : les conséquences économiques de la guerre ne seront pas supportées uniquement par ses protagonistes, mais par l’ensemble des pays dépendants des importations d’énergie.
IMPORTANT - À lire
Ormuz, Bab Al Mandeb, la mer Rouge… ces détroits façonnent l'économie mondiale bien plus que les discours politiques. Notre revue papier décrypte chaque mois ces dynamiques géopolitiques en profondeur.
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Source : thenationalnews.com




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