🔥 Les essentiels de cette actualité
- Cookie stuffing présumé : après désactivation des fonctionnalités incriminées, les revenus journaliers de Phia ont chuté de 80 000 à 28 000 dollars maximum.
- En juin, la pratique frauduleuse représentait 51 % de la valeur marchande revendiquée par Phia. La moitié d’un modèle économique bâti sur du vent ?
- Des messages Slack datés de décembre montrent Phoebe Gates instruisant directement le dépôt automatique de cookies sur l’ensemble des sites partenaires.
- Quelles poursuites fédérales risquent personnellement Phoebe Gates et Sophia Kianni, sachant que le cookie stuffing est passible de vingt ans d’emprisonnement aux États-Unis ?
À 23 ans, Phoebe Gates avait construit autour de Phia un récit entrepreneurial très clair : diplômée de Stanford, cofondatrice de l’entreprise avec Sophia Kianni et à la tête d’une startup ayant levé 30 millions de dollars en 2025, elle affirmait vouloir réussir sans l’aide de ses parents milliardaires et disait avoir un fort désir de faire ses preuves. Ce récit est aujourd’hui sérieusement ébranlé. Phia est accusée d’avoir eu recours au « cookie stuffing », une pratique consistant à déposer des cookies d’affiliation afin de s’attribuer le mérite de ventes auxquelles l’entreprise n’aurait pas réellement contribué.
Les éléments rapportés par Bloomberg et relayés par le New York Post sont précis. Phia fonctionne notamment comme une extension de navigateur : lorsqu’un acheteur utilise l’un des codes promotionnels proposés par le service, un cookie permet d’indiquer au détaillant que Phia a contribué à la vente et peut donc toucher une commission. Le problème apparaît lorsque ce cookie est déposé alors que l’utilisateur n’a pas utilisé Phia pour réaliser son achat, permettant à l’entreprise de s’attribuer le crédit d’une vente qu’elle n’aurait pas réellement générée.
Phia : le « bug » du cookie stuffing était une fonctionnalité activable
Lorsque le problème a éclaté en juillet, Phia a affirmé n’en avoir eu connaissance que « dans les dernières 24 heures » et a promis de corriger ce qui était alors présenté comme un dysfonctionnement. Mais selon Bloomberg, les deux cofondatrices connaissaient depuis au moins sept mois le problème de surévaluation des commissions. Un tableau de bord interne présentait notamment le mécanisme comme une fonctionnalité baptisée « enable coupon auto drop », qui pouvait être activée ou désactivée. Le 18 décembre, Phoebe Gates écrivait dans Slack : « Je crains que ce soit un problème généralisé… pouvez-vous confirmer que le déclenchement automatique du dépôt de cookie est actif sur TOUS les sites avec un coupon, afin de confirmer que nous monétisons sur toute la valeur brute des marchandises ? » Ce message contredit directement l’idée d’une découverte soudaine du mécanisme au mois de juillet.
« Aux États-Unis, le cookie stuffing est généralement traité par les tribunaux comme une fraude électronique fédérale. La peine maximale peut aller jusqu’à 20 ans de prison, auxquels peuvent s’ajouter des amendes et des restitutions. », a écrit sur X Ariel Givner, fondateur du cabinet Givner Law.
Sophia Kianni aurait, de son côté, proposé une fonctionnalité permettant de déposer un cookie lorsqu’un utilisateur tentait simplement de fermer une fenêtre de Phia. Un collègue lui a alors signalé que Google Chrome interdit aux extensions de déposer des cookies d’affiliation lors de ce type d’action. Kianni aurait répondu : « J’imagine qu’on pourrait dire que l’utilisateur essaie de nous ouvrir, puis revenir en arrière en cas de plainte. » Mais une précision est essentielle : un porte-parole de Phia a assuré à Bloomberg que cette fonctionnalité n’avait jamais été mise en œuvre.
L’impact financier rapporté par Bloomberg reste considérable. Après la désactivation des fonctionnalités en juillet, le revenu quotidien moyen de Phia est passé d’environ 80 000 dollars à une fourchette comprise entre 10 000 et 28 000 dollars. En juin, le cookie stuffing représentait environ 51 % de la valeur des marchandises dont Phia revendiquait avoir généré la vente. Ce chiffre ne signifie donc pas que 51 % des revenus de Phia provenaient du cookie stuffing. L’entreprise affirme par ailleurs qu’une partie de la chute de ses revenus s’explique par la désactivation, au même moment, de la plupart de ses autres dispositifs de monétisation et estime que l’analyse de Bloomberg surestime l’effet du cookie stuffing.
Phoebe Gates et Phia : le récit de l’indépendance à l’épreuve du « cookie stuffing »
L’affaire contraste fortement avec le récit public construit autour de Phia et de sa cofondatrice. La startup a levé 30 millions de dollars en 2025 auprès d’investisseurs comprenant notamment Hailey Bieber, Kris Jenner et Sara Blakely, fondatrice de Spanx. Phoebe Gates avait de son côté insisté publiquement sur son désir de réussir sans l’aide de ses parents milliardaires et sur sa volonté de faire ses preuves par elle-même. Les révélations sur les pratiques d’affiliation de Phia placent désormais cette image d’indépendance entrepreneuriale sous une lumière beaucoup moins favorable.
Le contraste est d’autant plus embarrassant que les données internes rapportées par Bloomberg suggèrent que le cookie stuffing occupait une place importante dans les ventes dont Phia revendiquait le mérite. Mais la précision est indispensable : les quelque 51 % cités pour le mois de juin correspondent à la valeur des marchandises attribuée à Phia par ce mécanisme, et non à 51 % de ses revenus. Cela n’efface pas les questions posées par les pratiques révélées, mais empêche de présenter comme établi un modèle économique reposant pour moitié sur des commissions frauduleuses.
Le risque juridique évoqué par Ariel Givner est potentiellement lourd, mais doit lui aussi être formulé avec précision : l’avocat explique que le cookie stuffing est généralement traité aux États-Unis comme une fraude électronique fédérale et qu’une telle infraction peut théoriquement être passible d’une peine maximale de vingt ans de prison, ainsi que d’amendes et de restitutions. Des ventes concernant notamment Nike, Gap et Nordstrom apparaissent dans les éléments rapportés. Impact.com, l’un des réseaux d’affiliation utilisés par Phia, a déjà suspendu le réseau et réalloué des commissions qui avaient été mises de côté pour l’entreprise. Des reversements supplémentaires pourraient être nécessaires puisque le mécanisme aurait fonctionné de décembre à juillet.
La réponse officielle de Phia reconnaît l’existence de mauvaises attributions tout en contestant certaines conclusions tirées des données. Un porte-parole affirme que toutes les fonctionnalités responsables de ces mauvaises attributions ont été supprimées le 7 juillet, que chaque transaction est examinée, que les reversements aux partenaires concernés ont déjà commencé et qu’un responsable de la conformité est en cours de recrutement. Phia affirme vouloir tirer les leçons de l’affaire. Ces mesures interviennent toutefois après plusieurs mois durant lesquels, selon les informations rapportées par Bloomberg, les mécanismes aujourd’hui contestés étaient actifs.
La question de possibles conséquences judiciaires reste donc ouverte. Le New York Post rapporte l’avertissement d’Ariel Givner sur la peine maximale théorique applicable à une fraude électronique fédérale, mais l’article ne fait état d’aucune inculpation de Phoebe Gates ou Sophia Kianni. Les messages Slack et les données internes publiés par Bloomberg soulèvent néanmoins une question centrale : ce que les dirigeantes savaient du fonctionnement de ces mécanismes et depuis quand elles le savaient. Entre la déclaration de juillet présentant le problème comme récemment découvert et les échanges internes remontant au moins à décembre, c’est désormais cette chronologie qui place Phia et ses cofondatrices sous pression.
Source : nypost.com

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