Menace russe : le récit de l’OTAN commence à se fissurer

Menace russe : le récit de l’OTAN commence à se fissurer Menace russe : le récit de l’OTAN commence à se fissurer

🔥 Les essentiels de cette actualité

  • Diane Abbott, députée travailliste, affirme que la menace russe imminente est une fiction de l’OTAN, déclenchant une vague de condamnations au Parlement britannique.
  • Le général américain Alexus Grynkewich, plus haut commandant de l’OTAN en Europe, reconnaît lui-même que la Russie ne cherche pas le conflit avec l’Alliance.
  • Des drones explosifs ont été découverts près d’avions transportant du matériel militaire ukrainien à l’aéroport de Leipzig : quelle est la réelle portée de la guerre hybride russe ?
  • Si une frappe mal ciblée avec des missiles britanniques frappait le sol russe, quelles lignes rouges Moscou serait-il prêt à franchir en réponse ?

Les déclarations de Diane Abbott sur la menace russe ont déclenché, au Royaume-Uni, une tempête politique prévisible. La députée travailliste de Hackney North and Stoke Newington a affirmé que « la menace imminente de la Russie est une fiction de l’OTAN », ajoutant que l’Alliance cherchait ainsi à « justifier sa capitulation complète face aux exigences de Trump en matière de dépenses militaires ». La cheffe du Parti conservateur, Kemi Badenoch, a qualifié ces propos de « répréhensibles ». L’un de ses collègues tories, Ben Obese-Jecty, a traité Abbott d’« idiote utile de Poutine ». Même des élus travaillistes ont pris leurs distances. La charge était prévisible ; elle était aussi, pour une large part, une manière d’escamoter le débat plutôt que de l’alimenter.

Car si la formulation d’Abbott est maladroite et réductrice, elle touche à une question que les gouvernements occidentaux préfèrent généralement ne pas poser publiquement : quelle est, précisément, la nature de la menace russe envers l’Europe occidentale ? Et cette menace justifie-t-elle la rhétorique d’urgence qui prévaut aujourd’hui dans les capitales de l’Alliance ?

Une menace conventionnelle qui ne résiste pas à l’examen

Sur le plan militaire conventionnel, la thèse d’Abbott, même formulée grossièrement, n’est pas sans fondement. L’armée russe est engagée depuis plus de quatre ans dans une guerre d’usure en Ukraine qui mobilise une part considérable de ses ressources humaines et matérielles. La question de savoir où Moscou trouverait une nouvelle armée capable d’attaquer l’OTAN ou de mener une campagne militaire prolongée en Europe occidentale se pose donc sérieusement.

Des voix autorisées au sein même de l’OTAN le reconnaissent sans détour. En juin dernier, le général Alexus Grynkewich, commandant suprême des forces alliées en Europe, a déclaré que « la Russie ne cherche pas le conflit » et que Moscou « comprend très bien la notion d’alliance défensive et sait que nous disposons d’un certain nombre d’avantages asymétriques ». Ce constat, formulé par le plus haut commandant américain de l’OTAN en Europe, contraste singulièrement avec la tonalité des discours politiques présentant une confrontation directe comme une menace imminente.

« La Russie ne cherche pas le conflit […]. Elle comprend très bien la notion d’alliance défensive, et elle sait que nous disposons d’un certain nombre d’avantages asymétriques. » Général Alexus Grynkewich, commandant suprême des forces alliées en Europe, juin 2026

Cela ne signifie pas que les tensions avec la Russie soient inexistantes. Les menaces formulées par Moscou ces dernières années visent avant tout à dissuader une guerre directe avec l’OTAN en Ukraine, et non à en déclencher une. La distinction est analytiquement cruciale, même si elle reste politiquement inconfortable à formuler.

Là où Abbott s’est véritablement trompée, c’est en ignorant la dimension hybride de la confrontation. Moscou est impliqué dans des opérations de cyberguerre et est également accusé d’avoir organisé des incendies criminels ainsi que des sabotages de lignes ferroviaires et de câbles sous-marins en Europe. Le mois dernier encore, des drones explosifs ont été découverts à proximité d’avions ukrainiens transportant du matériel militaire à l’aéroport de Leipzig/Halle, en Allemagne. Ces opérations constituent un risque bien plus réaliste qu’une invasion conventionnelle de l’Europe occidentale.

Leur portée reste néanmoins limitée jusqu’ici, ce qui suggère soit une réelle inefficacité opérationnelle, soit, hypothèse également avancée par UnHerd, un calibrage délibéré. Le Kremlin semble vouloir conserver une forme de déni plausible, ces actions étant davantage destinées à envoyer des avertissements qu’à provoquer des dégâts considérables ou de nombreuses victimes. Vladimir Poutine a jusqu’à présent évité de rendre ces opérations ouvertement assumées, notamment en raison du risque d’une forte augmentation du soutien occidental à l’Ukraine et, peut-être, parce que ses réflexes d’ancien officier du renseignement le portent davantage vers les opérations couvertes.

Le risque réel : l’escalade non maîtrisée

La véritable menace pour la sécurité britannique ne réside donc pas dans une invasion russe imminente, mais dans la dynamique d’escalade que pourrait provoquer l’approfondissement de l’engagement militaire de Londres aux côtés de Kyiv. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a prévenu que « la réponse aux frappes ukrainiennes menées avec des missiles britanniques sur le territoire russe pourrait viser n’importe quelle installation ou équipement militaire britannique en Ukraine, ou au-delà de ses frontières ». Une telle évolution reviendrait à rendre ouvertement assumées des actions qui, jusqu’à présent, sont restées dans le registre de la guerre hybride et de l’ambiguïté.

Mais dans les conflits armés, les accidents se produisent indépendamment des intentions. Le premier jour de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, une frappe américaine a détruit involontairement une école primaire iranienne, tuant 120 enfants. En 1988, les forces américaines ont abattu par erreur un avion de ligne iranien, faisant 290 morts. Ces précédents rappellent qu’une escalade peut résulter non d’une décision politique préméditée, mais d’une erreur aux conséquences suffisamment graves pour provoquer une réponse militaire.

C’est précisément ce scénario que les décideurs britanniques devraient avoir à l’esprit. Le soutien du Royaume-Uni à l’Ukraine est légitime, mais il ne dispense pas Londres d’une évaluation rigoureuse des conséquences possibles de son approfondissement. À l’heure actuelle, une menace russe directe contre la Grande-Bretagne est loin d’être imminente. Ce qui est nécessaire, selon l’analyse d’UnHerd, c’est un débat public réaliste sur l’escalade du soutien britannique à l’Ukraine et sur ses conséquences potentielles, accompagné d’une véritable stratégie de négociation.

Ces questions ne sont ni pro-russes ni pacifistes. Elles relèvent d’une analyse élémentaire des risques. Le tollé provoqué par les déclarations d’Abbott, aussi maladroites fussent-elles, illustre à quel point il est devenu difficile de débattre publiquement de la nature réelle de la menace russe. Soutenir l’Ukraine peut être considéré comme légitime, mais les intérêts et la sécurité du peuple britannique devraient rester la priorité des responsables politiques du Royaume-Uni.

Source : unherd.com


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