Une religieuse française a été agressée physiquement devant l’église de la Dormition à Jérusalem par un homme aux antécédents psychiatriques, la blessant au visage — un incident filmé qui a rapidement circulé dans le monde entier.
Le Centre Rossing recense, pour la seule année 2025, 61 agressions physiques, 28 cas de harcèlement verbal et 52 actes de dégradation de propriétés religieuses chrétiennes en Israël et à Jérusalem-Est.
Des prêtres présents sur place témoignent d’une dégradation progressive et quotidienne : là où les crachats étaient isolés il y a dix ans, ils sont désormais quasi systématiques dès qu’un clerc se montre en habit religieux dans la rue.
L’article soulève la question structurelle de la capacité ou de la volonté de l’État israélien à contenir une hostilité envers les chrétiens désormais documentée et en progression, au-delà de la seule arrestation de l’agresseur.
Jérusalem, ville qui se revendique carrefour des trois monothéismes, voit cette prétention mise en doute par ses propres communautés chrétiennes, qui décrivent une érosion progressive de leur liberté de présence religieuse.
La vidéo a fait le tour du monde en quelques heures. On y voit un homme pousser violemment une religieuse catholique au sol, repartir, puis revenir pour reprendre son agression, avant que des passants n’interviennent. La scène s’est produite à Jérusalem, au pied de l’église de la Dormition, à quelques mètres de la Vieille Ville. L’assaillant a été décrit par les médias israéliens comme un activiste d’extrême droite, avec des antécédents psychiatriques. La religieuse, une Française, a été blessée au visage. Elle « souffre encore », a confirmé le père Olivier Catel, qui officie à la basilique Saint-Étienne.
Le choc provoqué par cette image contraste avec la banalité qu’en ont tirée ceux qui vivent cette réalité au quotidien. « Tout le monde savait que cela arriverait un jour », a déclaré Pierre, un paroissien de trente ans, qui n’a pas été surpris par l’incident et redoute qu’une mort ne survienne si rien n’est fait. Ce n’est pas là le propos d’un militant : c’est le constat d’un habitant de Jérusalem qui observe une dégradation progressive et documentée.
Une religieuse frappée en pleine rue, des prêtres insultés chaque jour, des statistiques qui confirment une montée des violences… et pourtant, tout cela est déjà considéré comme “normal” par ceux qui vivent sur place. Ce n’est plus un incident isolé, c’est une dynamique… pic.twitter.com/RFugGPYGDc
Le Centre Rossing, association jérusalémite spécialisée dans le dialogue interreligieux, a publié en mars une étude recensant une « hostilité croissante » envers les chrétiens en Israël et à Jérusalem-Est. Pour la seule année 2025, l’organisation a comptabilisé 61 agressions physiques (crachat, spray au poivre, coups), 28 cas de harcèlement verbal et 52 actes de dégradation de propriétés religieuses. Ce ne sont plus des faits divers épars : c’est une tendance statistiquement établie.
Le père Catel en témoigne lui-même avec une précision chronologique révélatrice. Arrivé à Jérusalem il y a une dizaine d’années, il se souvient d’incidents isolés, des crachats dans son dos, une fois par an environ. « Nous n’y prêtions pas attention parce que c’étaient des incidents isolés », dit-il. Depuis trois ou quatre ans, la situation a changé de nature :
« Quand nous sortons, les gens crachent à côté de nous. »
Un prêtre britannique, qui a préféré garder l’anonymat, confirme que de tels incidents se produisent désormais chaque jour. Il ne sort jamais sans sa soutane noire et est invariablement accueilli par des crachats ou des injonctions à « rentrer chez lui ». Ce que décrivent ces témoins, ce n’est pas la violence spectaculaire d’un acte isolé, mais l’accumulation d’un mépris ordinaire, quotidien et de plus en plus assumé.
Le jour même de l’agression contre la religieuse, un prêtre se trouvait dans un supermarché lorsqu’un homme s’est arrêté devant lui. Pierre rapporte la scène :
« Il a dit à son fils, en hébreu : « Il faudrait le tuer. » Si rien n’est fait… quelqu’un finira par passer à l’acte. »
Une réponse institutionnelle attendue, une rhétorique inquiétante
Les fidèles qui sortaient de la messe dominicale à Saint-Étienne se disaient dans l’attente d’une réponse ferme des autorités israéliennes. Ils pointaient ce qu’ils décrivent comme une rhétorique de plus en plus « suprémaciste » dans le pays, y compris chez certains responsables de haut rang. Ils rappelaient également un épisode survenu récemment dans le sud du Liban, où un soldat israélien a été filmé en train de détruire une statue du Christ, une image qui a circulé sur les réseaux sociaux et aggravé le sentiment d’impunité.
Ce sentiment d’impunité est précisément ce que soulèvent les communautés chrétiennes de Jérusalem : non pas seulement l’existence d’individus radicaux, mais l’absence perçue d’une réponse proportionnée de l’État. Uriel Levisohn, un rabbin de vingt-huit ans qui s’est dit « choqué » par la banalisation de ces violences, a exprimé l’espoir que l’agression contre la religieuse serait « la dernière ». Les fidèles, eux, ne partagent pas cet optimisme.
La question qui se pose n’est pas celle de la bonne foi de tel ou tel individu au sein de la société israélienne. Elle est structurelle : dans quelle mesure l’État israélien est-il en capacité, ou en volonté, de contenir des franges de sa population dont l’hostilité envers les communautés chrétiennes est désormais documentée, répétée et en progression ? La réponse pénale à l’agression de la religieuse, un homme arrêté, ne dit rien sur la trajectoire de fond.
Le père Catel, lui, refuse de « vivre dans la peur ». Il continue de se rendre dans la Vieille Ville en habit religieux, évitant certains quartiers, mais n’ayant pas, dit-il, « changé ses habitudes ». Cette résistance tranquille est admirable. Elle ne doit pas faire écran à la réalité qu’elle affronte : une érosion progressive de la liberté de présence religieuse chrétienne dans une ville qui se revendique, pour le monde entier, comme un carrefour des trois monothéismes. La question de savoir si cette prétention est encore tenable mérite d’être posée sans détour.
Un sioniste de base qui s’assume quoi.