🔥 Les essentiels de cette actualité
- Columbia University a laissé un administrateur et un enseignant transmettre des informations confidentielles d’examen à une candidate soutenue financièrement par Jeffrey Epstein.
- Epstein avait proposé une donation de 10 millions de dollars à Columbia, dont seulement 210 000 ont été versés : quel prix pour une admission frauduleuse ?
- Six ans après la mort d’Epstein, les deux universitaires impliqués en 2012 ont à nouveau soutenu Karyna Shuliak pour son programme postdoctoral en 2023.
- La New York State Education Department connaissait-elle le passé de Shuliak lorsqu’elle lui a délivré sa licence d’exercice dentaire en 2024 ?
Le parcours de Karyna Shuliak révèle la puissance durable du réseau Epstein. Arrivée de Biélorussie à New York avec un visa étudiant en 2011, elle rencontre Jeffrey Epstein et voit sa trajectoire universitaire profondément transformée par l’argent et les relations d’un homme déjà condamné pour une infraction sexuelle impliquant une mineure. Près de sept ans après sa mort, elle exerçait encore récemment comme dentiste à temps partiel à Brooklyn, sans que ses patients connaissent ses liens étroits avec le prédateur sexuel.
Yoonhae Kim, l’une de ses patientes, l’a consultée à deux reprises, une première fois en décembre, puis en février. Elle n’a découvert l’identité de sa dentiste qu’en reconnaissant sa photo dans les dossiers Epstein rendus publics. Son témoignage au New York Times traduit le choc provoqué par cette révélation. Mais l’émotion ne doit pas remplacer l’examen des faits : que peut-on réellement reprocher à Karyna Shuliak, et comment les institutions ont-elles permis à une bénéficiaire directe des faveurs d’Epstein de poursuivre un tel parcours ?
« J’étais tellement bouleversée. Je n’arrivais tout simplement pas à y croire. Parmi toutes les choses qui me sont arrivées, je n’ai pas gagné à la loterie : je suis tombée sur la petite amie d’Epstein. »
Les documents publiés par le ministère américain de la Justice permettent de retracer le mécanisme. Shuliak rencontre Epstein en mars 2011, par l’intermédiaire de l’une de ses victimes. Elle se montre d’abord réticente à accepter son aide, apparemment troublée par son comportement et par sa condamnation en Floride pour avoir sollicité une mineure à des fins de prostitution. Elle finit néanmoins par accepter son soutien en 2012. Epstein finance ses études et mobilise son propre dentiste, le docteur Thomas Magnani, influent ancien élève de Columbia, après le rejet de sa première candidature. Selon un document fédéral, Magnani et James Fine, administrateur de l’école dentaire, lui auraient révélé à l’avance ce qu’elle rencontrerait lors de son examen d’admission. Epstein avait parallèlement évoqué une donation pouvant atteindre 10 millions de dollars. Columbia reconnaît avoir finalement reçu 210 000 dollars provenant d’entités liées à Epstein.
Columbia : une admission irrégulière au cœur du réseau Epstein
Ce qui frappe dans cette affaire n’est pas seulement la trajectoire de Shuliak, mais le système institutionnel qui l’a rendue possible. Columbia, l’une des universités les plus prestigieuses des États-Unis, reconnaît désormais qu’une étudiante a été admise selon un « processus irrégulier », au moment même où des responsables universitaires sollicitaient des financements liés à Epstein. Des personnalités influentes de l’école dentaire auraient également communiqué à Shuliak des informations sur son examen d’admission. Il ne s’agit donc pas de quelques faveurs obtenues discrètement en marge de l’institution : les mécanismes mêmes de sélection et de contrôle ont été déformés au bénéfice d’une proche d’Epstein.
En 2023, Shuliak revient à New York pour suivre un programme postdoctoral à Columbia. Selon les informations rapportées par le New York Times, Magnani et Fine lui apportent une nouvelle fois leur soutien. Elle obtient son diplôme en mai 2025, puis sa licence de dentiste dans l’État de New York six mois plus tard. Peu après, elle décroche un poste à temps partiel dans un cabinet de Brooklyn, où elle travaille jusqu’au 12 février 2026. Son avocat, Maurice Sercarz, a déclaré au New York Times qu’Epstein, lors de son dernier appel avant sa mort en prison en août 2019, lui avait conseillé de trouver un autre endroit où loger et de « rester forte ».
La responsabilité morale de Shuliak ne doit pas être esquivée, mais elle doit être distinguée de toute responsabilité pénale. Elle a accepté l’aide matérielle et institutionnelle d’un homme dont la condamnation pour une infraction sexuelle impliquant une mineure était publique. Elle a également bénéficié d’un processus d’admission que Columbia reconnaît aujourd’hui comme irrégulier. Ces faits soulèvent de graves questions éthiques, mais ils ne permettent pas, à eux seuls, de l’accuser de fraude ou de complicité dans les crimes d’Epstein. Aucune accusation pénale contre elle n’est rapportée dans les sources consultées. Son avocat n’a pas souhaité préciser si elle occupait désormais un autre emploi.
Cette affaire révèle surtout la persistance des effets du réseau Epstein bien après sa mort. Les relations, les recommandations et les avantages obtenus de son vivant ont continué à produire leurs effets. Selon l’enquête reprise par le Daily Beast, les soutiens qui avaient facilité le parcours de Shuliak en 2012 sont de nouveau intervenus en sa faveur en 2023. Columbia affirme pourtant avoir eu connaissance, dès 2019, d’anciens échanges entre Epstein et des personnes liées à son école dentaire. L’université n’a officiellement reconnu l’admission irrégulière et sanctionné les derniers responsables encore affiliés qu’après la publication de nouveaux documents fédéraux en 2026. La véritable question n’est donc pas seulement de savoir comment Epstein ouvrait les portes, mais pourquoi les institutions ont mis autant de temps à les refermer.
Les patients n’ont aucune raison de remettre en cause des soins uniquement en raison des fréquentations passées de leur dentiste. La question essentielle concerne les institutions chargées de vérifier son parcours. L’Office of the Professions du département de l’Éducation de l’État de New York exige notamment des candidats à une licence de dentiste qu’ils présentent une « bonne moralité ». Cette administration connaissait-elle les conditions irrégulières dans lesquelles Shuliak avait été admise à Columbia lorsqu’elle lui a délivré sa licence ? A-t-elle examiné ces éléments, et les a-t-elle jugés sans incidence sur son aptitude professionnelle ? Aucune réponse publique ne permet actuellement de le déterminer. L’affaire Epstein démontre une nouvelle fois que l’opacité institutionnelle protège souvent davantage les bénéficiaires des réseaux d’influence que le public censé pouvoir faire confiance aux autorités de contrôle.
Source : thedailybeast.com

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