🔥 Les essentiels de cette actualité
- En avril 2025 à Jérusalem, Norm Coleman déclare publiquement que les « maîtres de l’univers » sont juifs, citant Zuckerberg, Altman et Brin comme leviers d’influence pro-israélienne.
- Nommé au Defense Policy Board par Pete Hegseth, Coleman conseille désormais les hauts responsables américains sur la stratégie de sécurité nationale.
- Pourquoi les mêmes formulations sur un contrôle juif sont-elles célébrées dans un camp et censurées sur les plateformes lorsqu’elles viennent d’un autre ?
- Quelles implications pour la souveraineté de l’espace public américain quand des PDG tech sont appelés à modifier l’opinion d’une génération entière au profit d’une politique étrangère ?
Les propos tenus par l’ancien sénateur républicain Norm Coleman lors du sommet de politique internationale du Jewish News Syndicate à Jérusalem, en avril 2025, auraient pu passer inaperçus. Ils resurgissent aujourd’hui avec une acuité particulière depuis sa nomination au poste de vice-président du Defense Policy Board, le Conseil de politique de défense américain, par Pete Hegseth. Ce que Coleman a déclaré ce jour-là mérite qu’on s’y arrête longuement, non par goût de la polémique, mais parce que ses paroles éclairent de manière saisissante les mécanismes d’influence qui structurent le débat public américain autour d’Israël.
Devant un public acquis à la cause pro-israélienne, Coleman s’est livré à une harangue dont la franchise ne laissait guère de place à l’ambiguïté : «Les maîtres de l’univers sont des Juifs ! Nous avons Altman chez OpenAI, nous avons Zuckerberg, nous avons Sergey Brin, nous avons un groupe entier dans tous les domaines. Jan Koum a fondé WhatsApp. C’est nous !» Le but affiché était d’encourager ces dirigeants de l’industrie technologique à «trouver un moyen de gagner la bataille numérique» face à la montée des opinions pro-palestiniennes chez la génération Z américaine.
«Il parle des Juifs comme d’un peuple à part, séparé du reste de la population, ce qui est, là encore, un stéréotype profondément antisémite à promouvoir. Il ne dit pas « nous les Américains » ou « nous les Israéliens », il dit « nous les Juifs, nous avons ces gens, les maîtres de l’univers, c’est nous, ce sont des Juifs ».», selon Glenn Greenwald, journaliste lauréat du prix Pulitzer.
Ce paradoxe, relevé par Glenn Greenwald, est central. Coleman, président national de la Republican Jewish Coalition, mobilise précisément le registre qu’Israël et ses soutiens désignent habituellement comme antisémite lorsqu’il est employé par des voix critiques : l’idée d’un contrôle juif sur les grandes institutions mondiales. Mais, ici, ce motif est revendiqué, célébré et présenté comme un levier d’action politique au service d’Israël. La distinction soulignée par Greenwald est chirurgicale : si un détracteur d’Israël avait prononcé ces mots, il aurait été immédiatement disqualifié. Prononcés en soutien à Israël, ils ne déclenchent pas la même mécanique d’indignation.
Une asymétrie qui révèle les règles du jeu
Ce double standard n’est pas un détail. Il montre que le débat sur Israël et la Palestine n’obéit pas aux mêmes règles selon celui qui parle. Quand une critique d’Israël évoque l’influence de réseaux pro-israéliens, elle est rapidement soupçonnée d’antisémitisme. Mais quand un responsable pro-israélien revendique lui-même cette influence comme un levier politique, le scandale disparaît. L’antisémitisme n’est alors plus seulement combattu comme une haine réelle : il devient aussi un outil de contrôle du débat public.
Ce que Coleman décrit, c’est une bataille d’influence assumée sur l’opinion publique américaine. Son objectif est clair : enrayer le recul du soutien à Israël, notamment chez les jeunes Américains. Pour y parvenir, il appelle les grands dirigeants de la tech à utiliser leur poids dans l’espace numérique afin de reprendre l’avantage dans la guerre de l’information. Greenwald résume cette logique comme une volonté de «diffuser de la propagande et ramener les Américains à soutenir Israël». La formule est dure, mais elle correspond au fond du message de Coleman : reconquérir l’opinion par les plateformes.
Le contraste devient encore plus frappant avec l’intervention de Jordana Cutler, directrice des politiques publiques de Meta pour Israël et la diaspora juive. Sur cette même scène, elle se félicitait que Facebook ait «interdit les contenus affirmant que les sionistes dirigent le monde ou contrôlent les médias». Autrement dit, Meta affirme censurer ce type de propos lorsqu’ils viennent de critiques d’Israël. Mais, dans le même temps, Coleman cite des figures majeures de la tech comme preuve que les «maîtres de l’univers sont Juifs» et appelle à utiliser cette influence pour gagner la bataille numérique en faveur d’Israël.
Une nomination qui ne passe pas inaperçue
C’est dans ce contexte que la nomination de Norm Coleman au Defense Policy Board prend tout son relief. Cette instance consultative est chargée de conseiller les hauts responsables américains sur les grandes orientations stratégiques et les enjeux de sécurité nationale des États-Unis. Y placer un homme qui a publiquement appelé des dirigeants technologiques juifs à peser dans la bataille numérique en faveur d’Israël, c’est valider une vision dans laquelle les intérêts d’un État étranger peuvent s’exercer sur les circuits d’information d’une démocratie souveraine.
La question n’est pas ici de prêter à Coleman des intentions occultes ni de verser dans une théorie du complot. Ses intentions, il les a exprimées lui-même, à voix haute, devant un public acquis, à Jérusalem. La vraie question est de mesurer ce que cela implique pour la souveraineté de l’espace public américain et pour la crédibilité des institutions censées en garantir l’intégrité. Lorsqu’un responsable politique de premier plan appelle des PDG à mobiliser leur puissance technologique non pas pour servir leurs utilisateurs, mais pour modifier les opinions d’une génération entière au profit d’une politique étrangère précise, on quitte le domaine de l’influence ordinaire pour entrer dans celui de la manipulation organisée.
Ce que les déclarations de Coleman exposent au grand jour, ce n’est pas une prétendue révélation sur un « pouvoir juif », mais la mécanique d’un soutien pro-israélien devenu institutionnel au sein de certains cercles de pouvoir américains. Le problème n’est pas l’origine ou la religion des dirigeants cités, mais l’usage politique que Coleman veut faire de leur influence dans la tech pour reconquérir l’opinion américaine au profit d’Israël.
C’est là que se trouve la contradiction centrale : lorsqu’un critique d’Israël évoque une influence organisée, il est immédiatement accusé d’antisémitisme ; lorsqu’un responsable pro-israélien revendique lui-même cette influence comme une arme politique, le scandale disparaît. Quand un système en vient à célébrer ce qu’il interdit aux autres de nommer, c’est que son discours ne protège plus la vérité : il protège un rapport de force.
Source : alexjoneslive.com

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